AGOA : Washington annonce le retrait du Rwanda au 1er janvier 2027, cinq jours après ses sanctions contre son armée
Donald Trump a notifié au Congrès son intention de retirer le Rwanda et l’Afrique du Sud du programme de préférences commerciales AGOA à compter du 1er janvier 2027. Pour le Rwanda, Washington invoque six motifs, dont les menaces pour ses intérêts de sécurité et de politique étrangère « dans la région ». La RDC, elle, reste éligible.
La RDC et le Rwanda ont signé jeudi l’accord de paix sous l’égide de Washington | ©️ Présidence RDC via X
AFP
Le président américain Donald Trump a notifié au Congrès et aux gouvernements du Rwanda et de l’Afrique du Sud son intention de retirer ces deux pays du programme de préférences commerciales African Growth and Opportunity Act, l’AGOA, à compter du 1er janvier 2027. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, l’a annoncé dans une déclaration publiée le 2 novembre 2026 à Washington.
La décision procède de la revue interagences annuelle d’éligibilité des pays d’Afrique subsaharienne, conduite par le bureau du représentant au commerce. « Sur la base de cet examen, le président Trump a constaté que les gouvernements du Rwanda et de l’Afrique du Sud se livrent à des pratiques incompatibles avec les critères d’éligibilité de l’AGOA », déclare Jamieson Greer. Il cite notamment « des barrières qui portent atteinte au commerce et à l’investissement américains et des pratiques qui menacent les intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis dans la région ».
Pour le Rwanda, le document énumère six motifs de préoccupation :
- les barrières au commerce et à l’investissement ;
- l’État de droit ;
- le pluralisme politique ;
- les droits des travailleurs internationalement reconnus ;
- les droits humains ;
- les menaces pour la sécurité nationale et les intérêts de politique étrangère des États-Unis.
Pour l’Afrique du Sud, trois motifs sont retenus : les barrières au commerce et à l’investissement américains, la corruption et les menaces pour la sécurité nationale et les intérêts de politique étrangère des États-Unis.
Soixante jours, le minimum légal
La date retenue n’est pas arbitraire. Du 2 novembre 2026 au 1er janvier 2027, il s’écoule exactement soixante jours, le délai que l’administration américaine avait elle-même retenu lors du précédent rwandais. Le 29 mars 2018, Washington avait notifié au Congrès et à Kigali son intention de suspendre des avantages « au terme de soixante jours ».
La comparaison dit autre chose. En 2018, la proclamation présidentielle n’était intervenue que le 30 juillet, soit cent vingt-quatre jours après la notification. Cette fois, l’échéance est fixée au minimum.
Ce qu’il reste à retirer au Rwanda
Le Rwanda n’est déjà plus un bénéficiaire complet de l’AGOA. Depuis le 31 juillet 2018, le traitement en franchise de droits est suspendu pour l’ensemble de ses produits d’habillement, à la suite d’un différend sur les droits de douane que Kigali applique aux vêtements d’occasion importés, relevés selon Washington de plus de mille pour cent. Le pays avait conservé les avantages portant sur les produits non vestimentaires.
Ce sont ces avantages résiduels que le retrait du 1er janvier 2027 ferait disparaître. La liste américaine des pays éligibles portait encore, pour 2025, la mention de la suspension de 2018 à côté du nom du Rwanda.
Cinq jours après les sanctions contre l’armée rwandaise
La séquence est serrée. Le 28 octobre, le département d’État qualifiait le soutien du ministère rwandais de la Défense au M23 de violation des accords de Washington, étendait l’exigence de retrait à tout groupe armé successeur et nommait Rubaya. Deux jours plus tard, Human Rights Watch estimait que ces sanctions ne suffiraient pas à protéger les civils. Le 2 novembre, c’est l’accès au marché américain qui est visé.
La déclaration de Jamieson Greer ne nomme ni la République démocratique du Congo ni le M23. Elle parle des « intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis dans la région ».
Ce que Kinshasa conserve
La RDC, elle, figure sur la liste des pays éligibles à l’AGOA. Elle y conserve son accès privilégié au marché américain, et le programme a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2028 par la loi promulguée le 2 septembre 2026. Le retrait du Rwanda interviendrait donc deux ans avant l’échéance du dispositif.
Les volumes congolais restent modestes au titre de l’AGOA proprement dit. Le bureau du représentant au commerce chiffrait à 92 millions de dollars les importations américaines sous AGOA en provenance de la RDC en 2022, essentiellement du minerai de cuivre et ses dérivés. Le chiffre de 1,411 milliard de dollars revendiqué par Kinshasa pour le premier semestre 2026 porte, lui, sur l’ensemble des importations américaines depuis la RDC, tous régimes confondus. Les deux mesures ne se recouvrent pas.
Rédaction
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