AGOA prolongé jusqu’en 2028, la RDC en tête des importations américaines
Le président des États-Unis a promulgué le 2 septembre la loi qui prolonge de deux ans les préférences AGOA, jusqu’au 31 décembre 2028. La RDC y arrive en première place des fournisseurs africains, avec 1,411 milliard de dollars d’importations américaines au premier semestre.
Julien Paluku lors des assises de 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tenue le 30 mars à Yaoundé (Cameroun). Photo droit aux tiers.
AFP
Le président des États-Unis a promulgué le mercredi 2 septembre la loi de financement fédéral qui prolonge de deux ans les préférences commerciales accordées aux pays d’Afrique subsaharienne et à Haïti. La Chambre des représentants avait adopté le texte la veille par 370 voix contre 48, les républicains se prononçant à 193 voix contre 19 et les démocrates à 176 contre 29, après un vote du Sénat par 90 voix contre 6. L’African Growth and Opportunity Act, dont la RDC est devenue au premier semestre le premier fournisseur africain du marché américain, court désormais jusqu’au 31 décembre 2028.
C’est la deuxième fois en un an que le régime est sauvé par un véhicule législatif qui ne lui était pas destiné. L’AGOA avait expiré le 30 septembre 2025. Il a été réautorisé le 3 février 2026, de façon rétroactive à sa date d’expiration, mais pour onze mois seulement, jusqu’au 31 décembre 2026. La loi promulguée le 2 septembre est un texte de financement provisoire de l’État fédéral, qui couvre les dépenses américaines jusqu’au 11 décembre 2026 et auquel la prorogation des préférences a été attachée.
1,411 milliard de dollars au premier semestre
Les deux communiqués publiés par le ministère du Commerce extérieur les 17 et 18 août donnent les chiffres sur lesquels Kinshasa fonde sa revendication de première place. Les importations américaines de marchandises en provenance de la RDC ont atteint 1,411 milliard de dollars entre janvier et juin 2026, contre 1,017 milliard sur la même période de 2025, soit une progression de 38,7 % en un an. Ce niveau place la RDC en tête du classement des pays africains éligibles à l’AGOA à la mi-année 2026.
Le communiqué du 17 août replace ce semestre dans une trajectoire plus longue. Les échanges bilatéraux entre les deux pays ont atteint 2,15 milliards de dollars en 2025, contre 541 millions en 2024, soit une multiplication par près de quatre en un an. Les importations américaines en provenance de la RDC en représentent 1,93 milliard, les exportations américaines vers la RDC 223,8 millions. Rapportés à 2020, année qui précède la réintégration de la RDC dans le régime, les 181,9 millions de dollars d’échanges d’alors ont été multipliés par près de douze. Le ministère projette un commerce bilatéral supérieur à 4,3 milliards de dollars en 2030.
Vingt et une chaînes de valeur non minières sur vingt-six
Le ministère du Commerce extérieur a arrêté vingt-six chaînes de valeur prioritaires à l’exportation vers les États-Unis. Cinq relèvent des minerais, à savoir le cuivre, le cobalt, l’or, le diamant et les 3T, l’étain, le tantale et le tungstène. Les vingt et une autres sont non minières et comprennent le cacao, le café, l’huile de palme, le textile et le cuir.
« L’objectif du président Tshisekedi est de transformer les partenariats stratégiques en débouchés pour les produits congolais, en investissement productif, en transformation locale, en emplois et en davantage de prospérité pour notre population », déclare Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur, dans le communiqué du 18 août. Il y ajoute que « atteindre la première place est un accomplissement historique, mais ce n’est pas notre destination finale ». Dans le communiqué de la veille, il liait la performance à la sécurité des approvisionnements américains : « La croissance du commerce bilatéral démontre que notre partenariat produit des bénéfices économiques tangibles pour les deux nations, tout en renforçant des chaînes d’approvisionnement résilientes et sûres. »
Le dispositif institutionnel congolais existe depuis le décret n° 24/16 du 10 novembre 2024, qui a créé le Comité national AGOA. Le régime américain ouvre l’accès en franchise de droits et sans quota à plus de six mille produits, pour une trentaine de pays d’Afrique subsaharienne. La RDC en avait été suspendue avant d’y être réintégrée en 2021.
Deux ans, et un examen annuel
La prorogation obtenue le 2 septembre ne vaut pas reconduction du régime dans sa forme actuelle. Le jour de la réautorisation de février, le représentant américain au Commerce avait annoncé une renégociation. « L’AGOA du XXIe siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et produire davantage d’accès au marché pour les entreprises, les agriculteurs et les éleveurs américains, en s’appuyant sur les bénéfices qu’il a historiquement apportés à l’Afrique et aux États-Unis », déclarait Jamieson Greer le 3 février. « Nous devons aussi nous assurer que le programme renforce le commerce entre les États-Unis et l’Afrique, et nous travaillerons avec le Congrès au cours de l’année qui vient pour moderniser le programme et l’aligner sur la politique commerciale America First du président Trump. »
À cette échéance de 2028 s’ajoute une contrainte propre au régime : l’éligibilité de chaque pays bénéficiaire est réexaminée chaque année par le président des États-Unis, au regard de critères de gouvernance, d’État de droit et de droits des travailleurs. C’est à ce titre que la RDC avait été écartée du dispositif avant 2021.
La question posée par les deux ans qui s’ouvrent porte sur la composition du flux. La première place que revendique Kinshasa s’appuie sur un montant global d’importations américaines de marchandises. Les vingt et une chaînes non minières que le ministère érige en priorité, du cacao au textile, sont celles qui font le sujet même de l’AGOA, un régime conçu pour la transformation et l’emploi. Ce sont aussi celles dont le ministère ne publie pas la part dans les 1,411 milliard de dollars du premier semestre.
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