23 millions de Congolais ne savent ni lire ni écrire, selon le gouvernement
Ève Bazaiba chiffre à 23 millions le nombre de Congolais qui ne savent ni lire ni écrire, soit près de 20 % de la population, et l’impute aux conflits, aux épidémies et aux chocs climatiques. La matrice du Cluster Éducation quantifie exactement ces causes.
23 millions de Congolais ne savent ni lire ni écrire, selon le gouvernement
AFP
Au moins 23 millions de personnes ne savent ni lire ni écrire en République démocratique du Congo, soit un taux d’analphabétisme proche de 20 % de la population. Le chiffre a été présenté le 8 septembre 2026 par la ministre d’État chargée des Affaires sociales, Ève Bazaiba, à l’occasion de la soixantième Journée mondiale de l’alphabétisation.
Le gouvernement en désigne trois causes : la persistance des conflits armés, les crises épidémiques et les chocs climatiques, qui provoquent des déplacements massifs de population.
Le déplacement est présenté comme le premier facteur
« Arrachées de leur cadre de vie habituel, les personnes déplacées internes et les réfugiés subissent des conditions d’existence particulièrement précaires qui compromettent durablement leur accès à l’éducation », a déclaré Ève Bazaiba le 8 septembre 2026, dans une déclaration restituée par Radio Okapi le 9 septembre.
Le thème retenu pour cette édition est « Alphabétisation pour le peuple, la planète et la prospérité ». Le cadre de référence invoqué est l’objectif de développement durable numéro 4 de l’Agenda 2030 des Nations unies.
La matrice du Cluster Éducation quantifie ces mêmes causes
Les trois causes avancées par le gouvernement ont été chiffrées, la veille, par un autre document. Le Cluster Éducation, structure de coordination humanitaire copilotée par l’UNICEF et Save the Children, a publié le 8 septembre 2026 son état des lieux des incidents contre l’éducation, arrêté au 31 juillet.
Sa typologie des incidents majeurs place en tête « Insécurité, guerre à répétition dans la zone : 43 % », devant l’école détruite (25 %), l’école occupée (9 %) et l’école utilisée comme abri (7 %). La ligne « Épidémies : 5 % » y fait son apparition.
Le même document recense 6 745 incidents, 2 325 370 enfants directement affectés et 1 131 écoles toujours fermées, qui laissent 491 578 enfants hors de tout système scolaire.
Un demi-million d’enfants hors de l’école, aujourd’hui
Les 23 millions d’analphabètes recensés par le gouvernement sont le résultat accumulé de décennies. Les 491 578 enfants actuellement déscolarisés par les fermetures d’écoles en sont l’alimentation présente.
Ces fermetures se concentrent au Sud-Kivu (462 écoles), au Nord-Kivu (241), en Ituri (129), au Tanganyika (115), en Tshopo (94) et au Haut-Uélé (59). Ce sont les provinces où se conjuguent la guerre, l’occupation par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda, et l’épidémie d’Ebola.
Les mesures annoncées ne sont pas chiffrées
Le gouvernement annonce quatre chantiers : l’actualisation et le renforcement des programmes de rattrapage scolaire et d’alphabétisation, la production de supports pédagogiques et andragogiques, la professionnalisation des éducateurs sociaux, et le développement des compétences professionnelles.
Aucun de ces quatre chantiers n’est assorti d’un budget, d’un calendrier ou d’une cible chiffrée de personnes à alphabétiser.
Ce qui reste à établir
- La source statistique des 23 millions n’est pas indiquée, non plus que l’année de l’enquête dont ils sont tirés.
- La ventilation par sexe et par province n’est pas publiée.
- Aucune comparaison n’est fournie avec le chiffre antérieur, qui permettrait de dire si l’analphabétisme progresse ou recule.
- Le budget alloué aux quatre chantiers annoncés n’est pas communiqué.
- Le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique n’a pas commenté ces chiffres.
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