Bunia : la détresse des jeunes déplacées atteint un seuil alarmant
Bunia : la détresse des jeunes déplacées atteint un seuil alarmant
AFP
À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, la misère des déplacés de guerre prend des formes dramatiques. Livrées à elles-mêmes, des dizaines de jeunes filles, dont de nombreuses mineures, se tournent vers le commerce de leur corps pour survivre. Un cri d’alarme se fait entendre face à l’inaction des protecteurs de l’enfance.
Dans les rues principales de la ville, la présence de ces jeunes déplacées illustre l’ampleur de la crise. Privées de ressources de base, elles adoptent des stratégies de survie précaires, exposant leur santé à de graves risques, comme la propagation d’infections sexuellement transmissibles et l’augmentation des grossesses précoces.
Olivier Karba, porte-parole des déplacés de guerre en Ituri, décrit une situation de plus en plus préoccupante dans les 68 sites de la province. Selon lui, le manque de protection laisse les mineures vulnérables à des pratiques contraires aux droits de l’enfant et à la loi.
« Nous lançons un appel à tous ceux qui défendent le droit des enfants et des filles mineures : il faut multiplier les campagnes de sensibilisation dans les sites de déplacés et effectuer des vérifications régulières. Dans chaque case, des mariages précoces ont lieu selon la coutume, ce qui est condamné par la loi », explique-t-il.
Les témoignages sur le terrain confirment que des enfants de 12 à 14 ans se retrouvent prématurément responsables d’un foyer, souvent à cause de mariages précoces organisés au sein des sites. Certaines pratiques coutumières priment sur la loi nationale, laissant ces jeunes filles sans protection face à un cycle de précarité.
« Nous avons des filles mères dès l’âge de 12 ou 14 ans. Selon certaines coutumes, un garçon de 14 ans qui engrosse une fille de 12 ans est obligé de l’épouser. Pourtant, la loi interdit de telles pratiques. Ces filles sont abandonnées et exposées à de grands dangers, notamment la prostitution », ajoute Karba.
Les représentants des déplacés appellent à faire de la protection des enfants une priorité. Ils plaident pour des campagnes de sensibilisation sur les droits de l’enfant dans les sites et pour des contrôles réguliers par les autorités afin d’identifier et protéger les mineures en danger. Un soutien socio-économique direct aux familles est également nécessaire pour s’attaquer aux causes profondes de cette détresse.
La situation des déplacés en Ituri requiert une intervention coordonnée des autorités nationales et des organisations internationales pour garantir la sécurité et la dignité des générations futures.
Azarias Mokonzi