RDC : après le sit-in dispersé du 12 juin, le parquet ouvre une information judiciaire et met en garde contre les « faux bruits »
Le procureur général près la Cour de cassation a annoncé, le 19 juin, l'ouverture d'une information judiciaire sur les violences du sit-in de l'opposition du 12 juin, à Kinshasa, qui a fait, selon l'ONU, au moins un mort et 38 blessés. Le même communiqué menace de poursuites les auteurs de « faux bruits ».
RDC : après le sit-in dispersé du 12 juin, le parquet ouvre une information judiciaire et met en garde contre les « faux bruits »
AFP
KINSHASA — Une semaine après les heurts, la justice est entrée dans le dossier. Le 19 juin, le procureur général près la Cour de cassation a rendu public un communiqué annonçant l’ouverture d’une information judiciaire sur les incidents survenus lors du sit-in organisé le 12 juin devant le Palais du Peuple, par une partie de l’opposition, contre le projet de révision constitutionnelle.
L’office du procureur dit chercher à établir les responsabilités. « À la suite des incidents survenus lors du sit-in devant le Palais du Peuple en date du 12 juin 2026 à Kinshasa, son office a procédé à l’ouverture d’une information judiciaire au cours de laquelle des investigations rigoureuses sont en cours, en vue d’établir les responsabilités pénales relatives aux dégâts tant matériels qu’humains enregistrés à cette occasion », indique le texte de la cellule de communication du parquet général. À ce stade, aucune personne n’est inculpée : l’enquête, ouverte sur les dégâts matériels comme humains, vise à « identifier les éventuels responsables ».
Le communiqué comporte un second volet. Le procureur général « met fermement en garde toute personne qui se rendrait coupable de la propagation de rumeurs, d’allégations mensongères ou d’informations infondées ». De tels actes, ajoute le texte, « s’analysent en infraction de propagation de faux bruits qui expose leurs auteurs à des poursuites judiciaires ». Cet avertissement intervient alors que de nombreux récits contradictoires circulent sur la journée du 12 juin.
Ce qui s’est passé le 12 juin
Le rassemblement était porté par la Coalition Article 64 (C64), du nom de la disposition constitutionnelle qui fait de l’opposition à toute prise du pouvoir par la force un devoir citoyen. La plateforme réunit plusieurs figures de l’opposition — Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, ainsi que Moïse Katumbi, en exil. Partie en direction du Parlement, la marche a été dispersée par la police à coups de gaz lacrymogène, et a tourné aux affrontements entre militants de l’opposition, partisans du pouvoir et forces de l’ordre.
Plusieurs responsables ont été touchés. Selon plusieurs médias, Martin Fayulu a reçu un coup de matraque à la tête et Delly Sesanga a été blessé par balle à la jambe. Le récit d’une opposition réprimée par les forces de l’ordre est, à ce stade, celui des organisateurs et des comptes rendus de presse ; la part exacte des responsabilités relève de l’enquête ouverte par le parquet.
Un mort selon l’ONU, pas de bilan officiel
Le bilan humain le plus précis vient des Nations unies. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) a fait état d’au moins un mort et de 38 blessés, dont quatre leaders de l’opposition, et a appelé Kinshasa à garantir les libertés d’expression, d’association et de manifestation pacifique en vue des élections de 2028. Le HCDH a réclamé des enquêtes effectives, indépendantes, transparentes et impartiales. L’Union européenne et la Belgique ont, elles aussi, déploré la répression. Les autorités congolaises n’ont, à ce jour, pas publié de bilan chiffré qui leur soit propre.
Le sit-in s’inscrit dans le bras de fer ouvert par le projet de révision de la Constitution, porté par la majorité présidentielle et contesté par l’opposition comme par l’Église catholique. Au lendemain de l’annonce du parquet, le ministère des Droits humains a convoqué une concertation réunissant la majorité, l’opposition et la société civile sur la liberté de manifestation. C’est dans ce cadre, autant que dans le prétoire, que se jouera la lecture des journées de juin.
Ce que l’on sait, ce qui reste à établir. Le fait acquis : le parquet a ouvert, le 19 juin, une information judiciaire et mis en garde contre les « faux bruits ». Le bilan d’« au moins un mort et 38 blessés » émane du HCDH et demeure provisoire, faute de décompte officiel congolais. Les responsabilités dans les violences — qui a tiré, qui a frappé — ne sont pas tranchées : c’est l’objet même de l’enquête. Une information judiciaire n’est ni une inculpation, ni un jugement.
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