Carburant : 146,7 millions de dollars de pertes certifiées aux pétroliers au deuxième trimestre 2026, contre 43,7 millions au premier
Le budget de l'État congolais pour 2026 comporte un chapitre 29802, intitulé « Subvention Pétrolière », logé dans la section Économie nationale. Il est doté de 5 604 739 523 francs congolais pour l'année entière, soit environ 2,5 millions de dollars au cours de la Banque centrale du 31 juillet.
Carburant : 146,7 millions de dollars de pertes certifiées aux pétroliers au deuxième trimestre 2026, contre 43,7 millions au premier
AFP
Le budget de l’État congolais pour 2026 comporte un chapitre 29802, intitulé « Subvention Pétrolière », logé dans la section Économie nationale. Il est doté de 5 604 739 523 francs congolais pour l’année entière, soit environ 2,5 millions de dollars au cours de la Banque centrale du 31 juillet. C’est la seule ligne du budget général qui porte ce nom.
Les 13 et 14 août, le Comité de suivi des prix des produits pétroliers a siégé deux jours pour certifier les pertes et manques à gagner des sociétés pétrolières au titre du deuxième trimestre. Le communiqué n°158/2026 du ministère de l’Économie nationale, daté du 14 août, en donne le résultat : « un montant total de -146 723 912,42 dollars américains au titre des PMAG pour l’ensemble du territoire national ». Converti au même cours, cela représente environ 330,5 milliards de francs congolais. Le chapitre 29802 ne finance pas ce montant : le ministère indique que les pertes certifiées sont réglées par la parafiscalité et les lignes de stock de sécurité, hors budget général.
Un règlement adossé à la parafiscalité et aux stocks de sécurité
Le prix du carburant à la pompe en RDC n’est pas un prix de marché. Il est construit par une structure des prix validée par le comité de suivi puis confirmée par arrêté, qui additionne le prix moyen frontière, la logistique, les marges, la fiscalité douanière et d’accises et la parafiscalité. Quand le prix ainsi calculé dépasse le prix autorisé à la pompe, l’écart devient une perte pour l’opérateur, certifiée trimestriellement. Le mécanisme joue dans les deux sens : au quatrième trimestre 2025, la zone Ouest a dégagé un gain de 22 311 802,43 dollars en faveur de l’État, et le second semestre 2025 un gain de 44 434 356 dollars sur les zones Sud, Est et Nord.
Le communiqué n°125/2026 du 4 mai, consacré à la zone Est, rapporte les propos du vice-Premier ministre en charge de l’Économie : les mécanismes mis en place, « notamment à travers les ressources parafiscales et les stocks de sécurité, permettent de soutenir le secteur sans recourir aux ressources du Trésor public ». Dans le communiqué du 14 août, le coordonnateur du Comité de réglementation des prix des produits stratégiques crédite « la rigueur dans l’utilisation rationnelle des ressources des lignes de stock de sécurité » d’avoir réduit le niveau réel des pertes du trimestre.
À ces ressources s’ajoutent des prêts bancaires syndiqués. Le Fonds monétaire international en recense deux, de 145 millions de dollars décaissés en février 2024 et de 214 millions décaissés en janvier 2025, et précise que leur remboursement est garanti par une fraction de la charge parafiscale incluse dans la structure des prix des carburants.
Depuis avril, l’État verse des acomptes avant même de connaître le montant dû. Le comité de suivi, réuni les 15 et 16 avril, « a retenu le principe du paiement anticipé des avances au titre des PMAG, en amont du processus de certification trimestrielle, afin de tenir compte des contraintes de trésorerie liées à la conjoncture actuelle ». Le président du Comité professionnel des pétroliers nationaux à la Fédération des entreprises du Congo, Joseph Makondo Maboko, en tire le bilan dans le communiqué du 14 août : « Le processus de certification s’est bien déroulé et les conclusions sont positives. L’octroi d’avances par le ministère de l’Économie nationale a permis aux sociétés pétrolières de fonctionner dans de bonnes conditions. Sans cet accompagnement, nous aurions pu enregistrer des pertes beaucoup plus importantes. »
Un pic du brut au premier trimestre, une perte certifiée au deuxième
Le montant du deuxième trimestre est 3,36 fois celui du premier, certifié les 28 et 29 mai à 43,7 millions de dollars. Cumulés, les deux trimestres de 2026 portent à environ 190,5 millions de dollars les pertes certifiées depuis janvier. La ventilation du deuxième trimestre place 110 427 792,32 dollars sur les zones Ouest et Nord réunies, 31 188 382,63 sur la zone Sud et 5 107 737 sur la zone Est.
La flambée du brut ne coïncide pas avec le trimestre où la perte apparaît. La série de la Banque centrale du Congo situe le baril de Brent à 60,90 dollars le 31 décembre 2025, 118,35 dollars le 31 mars 2026, puis 110,40 fin avril, 91,12 fin mai et 72,95 le 30 juin. La série se poursuit au-delà du trimestre : 84,95 dollars le 15 juillet, 100,69 le 23 juillet, 86,88 le 30 juillet. Les cargaisons payées au sommet de mars et d’avril ont été écoulées aux prix fixés à la mi-avril, 2 635 francs le litre de gasoil et 2 640 francs celui d’essence dans la structure générale, la zone Est recevant pour sa part une structure réaménagée entrée en vigueur le 5 mai. Le communiqué du 14 août situe la hausse des cours internationaux des produits raffinés sur le trimestre à 63 % pour l’essence, 82 % pour le gasoil et 88 % pour le Jet A1 et le kérosène.
Le taux de change a joué en sens inverse. Le franc congolais s’établissait à 2 252,43 pour un dollar à l’indicatif le 31 juillet, quand la loi de finances retenait une hypothèse de 2 900,3 francs en moyenne annuelle. Le Fonds monétaire international citait l’appréciation du franc, dans son rapport de janvier 2026, parmi les amortisseurs des pertes de 2025.
308 millions de dollars payés en 2025, selon le Fonds monétaire international
Le seul document qui isole publiquement l’arriéré pétrolier congolais est un tableau du Fonds monétaire international. Dans son rapport n°26/2 de janvier 2026, l’institution chiffre le stock d’arriérés intérieurs certifiés au titre de la subvention pétrolière à 246 millions de dollars fin 2024 et 32 millions estimés fin 2025, en précisant en note que cette ligne représente les passifs nets envers les sociétés pétrolières. Le même rapport indique que « most 2024 liabilities to oil companies have been cleared (remaining USD 3.8 million), with payments totaling approximately US$308 million in 2025 and US$288 million in 2024 to settle arrears ».
L’État a donc payé en dehors du chapitre qui porte le nom de la dépense. Sur l’ensemble des arriérés intérieurs, et non sur le seul poste pétrolier, le Fonds relève une limite de suivi : « Overall, arrears tracking remains fragmented, with limited capacity to keep a timely record of new domestic non-VAT arrears. »
Le ministère du Budget, dans sa Déclaration sur les risques budgétaires 2026-2028, inscrit à sa liste de synthèse un risque intitulé « Augmentation de la subvention pétrolière », avec la mention « nd » en probabilité, en impact et en niveau de risque pour 2026, 2027 et 2028. Cette ligne figure dans le bloc consacré aux risques liés à la guerre russo-ukrainienne, dont toutes les entrées portent la même mention. Le même tableau chiffre en revanche la hausse du manque à gagner lié à la fiscalité pétrolière, à 14,3 % de probabilité et 1 324,3 milliards de francs d’impact en 2026, puis 37,0 % et 2 167,4 milliards en 2028, en niveau de risque moyen.
Le même document chiffre ce qui entoure la dépense : 809,2 milliards de francs de manque à gagner lié à la fiscalité pétrolière en 2024, dont 70 % de droits de consommation, contre 3 043,2 milliards en 2023, et rappelle qu’« en 2022, les dépenses fiscales liées aux exonérations de taxes sur les carburants ont atteint 3 403,5 milliards de CDF, soit environ 2,7 % du PIB. Les subventions budgétaires versées aux importateurs pétroliers ont dépassé les prévisions initiales de 700,3 %. »
De 288,7 millions de pertes en 2023 à 31,6 millions en 2024
Les pertes certifiées sont passées de 288 674 000 dollars en 2023 à 31 564 242 dollars en 2024, soit une baisse de 89 %, chiffres avancés le 6 mai 2025 par le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, et rapportés par Radio Okapi. Le chef de mission du Fonds monétaire international pour la RDC, Calixte Ahokpossi, déclarait le même jour : « Nous avons observé que les pertes et manques à gagner ont sensiblement diminué ; ce qui a un impact très positif sur les finances publiques. Nous encourageons le gouvernement à poursuivre les efforts entrepris pour réduire ces pertes. »
La Déclaration sur les risques budgétaires attribue ce reflux aux réformes engagées, « notamment celle relative à la vérité des prix des produits pétroliers ». Pour 2025, le Fonds monétaire international désigne un autre levier, un arrêté interministériel de mai 2025 excluant de la subvention les carburants terrestres et d’aviation destinés à l’activité minière, auquel il attribue une réduction des passifs et un surcroît de recettes douanières d’environ 228 milliards de francs. L’article 12 de la loi de finances 2026 inscrit cette exclusion dans le code des accises et dispose que « les carburants terrestres et d’aviation destinés à l’activité minière et/ou cédés aux entreprises minières et à leurs sous-traitants sont exclus de la subvention accordée par l’Etat ». Les miniers de la zone Sud achètent depuis avril 2026 le gasoil à 3,12 dollars le litre et l’essence à 2,55 dollars.
En février, après la certification des gains du second semestre 2025, le président de la Commission des hydrocarbures de la Fédération des entreprises du Congo au Haut-Katanga, Joseph Twite Maloba, décrivait une situation renversée devant le comité de suivi, dans des propos repris par le communiqué n°106/2026 du 19 février : « Nous sommes contents de ces résultats. Nous sommes dans un jeu gagnant-gagnant et, actuellement, c’est le gouvernement qui détient une créance sur nous, les pétroliers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous pensons que les travaux doivent se poursuivre dans cet élan de transparence et de paiement rapide des PMAG. »
Six mois plus tard, le solde est de nouveau en faveur des pétroliers. Le ministère indique avoir versé des avances au titre du deuxième trimestre, sans en chiffrer le montant, et le baril de Brent est remonté à 100,69 dollars le 23 juillet.
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