Santé Choléra en RDC : 3 124 morts et seize provinces, quatre décomptes officiels qui ne concordent pas
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Choléra en RDC : 3 124 morts et seize provinces, quatre décomptes officiels qui ne concordent pas

Le bilan diffusé le 31 juillet 2026 annonce 3 124 morts du choléra en RDC depuis janvier. Trois séries officielles publiées cette année donnent un rythme trois fois plus lent, et une carte différente à chaque document.

Le site de l’Unité de Traitement du Choléra (UTC) de Médecins Sans Frontières (MSF) érigé à Pakadjuma, dans la zone de santé de Limete.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 14:55 WAT · 10 min de lecture

Le 31 juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé a diffusé un bilan du choléra en République démocratique du Congo : 106 401 cas et 3 124 décès « depuis le début de l’année ». Huit semaines plus tôt, dans sa mise à jour épidémiologique 38 du 30 juin, la même organisation arrêtait le décompte congolais de l’année 2026 à 28 567 cas et 815 décès au 31 mai, pour une létalité de 2,9 %. Entre les deux documents, l’écart est de 77 834 cas. Rapporté aux soixante jours qui les séparent, il supposerait environ 9 000 nouveaux cas par semaine. Le premier trimestre 2026, mesuré par le bureau congolais de l’OMS, en comptait 1 461 par semaine.

Les deux bilans portent la même signature institutionnelle. Ils ne décrivent pas la même épidémie.

Le rythme hebdomadaire est connu, et il n’a pas décuplé

La série la plus fine dont dispose le pays n’est pas publiée sous forme de bulletin : elle est lue chaque semaine en Conseil des ministres par le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, et reprise dans le compte rendu du porte-parole du gouvernement.

Le 23 janvier 2026, ce compte rendu faisait état de 1 638 cas suspects sur la semaine, contre 1 348 la semaine précédente, avec 8 décès et une létalité de 0,5 %. Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, commentait : « Cette hausse est alarmante par rapport à la semaine précédente. La vigilance et la coopération de toutes les parties prenantes restent indispensables pour combattre efficacement ces menaces sanitaires ». Le 8 mai, à la semaine épidémiologique 17, le compte descendait à 1 008 cas suspects contre 1 196 sept jours plus tôt, pour 12 décès et une létalité de 1,2 %, avec 204 nouveaux cas et deux décès au Nord-Kivu et un foyer carcéral de 168 cas cumulés et 13 décès à la prison de Mbanza-Ngungu, au Kongo Central. Le 31 juillet, devant la 94e réunion du Conseil des ministres tenue dans le Haut-Lomami, le même exercice donnait 1 331 cas suspects contre 1 010 la semaine précédente, et 14 décès.

Sur sept mois, la série gouvernementale oscille donc entre mille et mille six cents cas par semaine. Trente semaines à ce rythme produisent un ordre de grandeur compris entre trente mille et quarante-cinq mille cas, pas cent six mille. Le bilan du 31 juillet ne peut pas décrire l’année 2026 seule.

Il décrit autre chose, et le bureau congolais de l’OMS en donne la clé sans le vouloir. Son bulletin trimestriel du programme des urgences sanitaires, publié pour la période janvier-mars 2026, ouvre sa section épidémies par cette phrase : « Choléra demeure l’urgence principale, avec 83 266 cas et 2 384 décès entre la semaine 1-2025 et la semaine 8-2026 ». Ce cumul-là court sur quatorze mois. Entre son arrêt et le 30 juillet, il reste vingt-deux semaines. Les combler jusqu’à 106 401 cas demande 23 135 cas supplémentaires, soit environ 1 030 par semaine. Les combler jusqu’à 3 124 décès demande 740 morts supplémentaires, soit environ 33 par semaine. Ces deux rythmes correspondent exactement à ce que le Conseil des ministres lit chaque vendredi.

Les 3 124 morts sont réels. Ils ne sont pas ceux de sept mois. Le bilan de l’année 2025, établi à 71 200 cas et 2 070 décès par l’OMS, entre pour l’essentiel dans le total annoncé fin juillet.

Selon le document qu’on ouvre, l’épidémie touche 16, 17 ou 21 provinces

Le décompte du 30 juillet situe l’épidémie dans 56 zones de santé réparties sur 16 des 26 provinces, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu concentrant 52 % des malades, avec une alerte sur la zone de Zongo, au Sud-Ubangi, où 270 cas suspects ont été rapportés en une seule semaine.

La mise à jour épidémiologique de l’OMS arrêtée au 31 mai en dénombre 17 sur 26, avec le Nord-Kivu à 35 %, le Sud-Kivu à 24 % et Kinshasa à 8 %. Le bulletin trimestriel du bureau congolais écrit, lui : « Entre la semaine 1 et la semaine épidémiologique 13 de l’année 2026, 18 992 cas et 522 décès ont été rapportés dans 210 zones de santé de 21 provinces ». Et il place l’épicentre ailleurs que les deux autres : « Kinshasa reste l’épicentre avec 30 % des cas ». En octobre 2025, Médecins sans frontières comptait 20 provinces sur 26 pour 58 000 cas et plus de 1 700 décès en neuf mois, des rives du Tanganyika à Shabunda.

Ces quatre cartes ne se contredisent pas au sens strict : elles ne mesurent pas la même chose. Une zone de santé qui a notifié un cas en janvier entre dans un cumul trimestriel et sort d’un état des lieux de fin juillet. Une province « touchée » sur une carte de flambée n’est pas une province « touchée » sur une carte de cumul annuel. Aucun des documents publiés ne précise laquelle des deux définitions il applique, et la liste nominative des 56 zones de santé retenues fin juillet n’est pas publiée. Le lecteur qui compare deux bilans compare deux règles qu’on ne lui donne pas.

Le seul point sur lequel les quatre décomptes s’accordent tient en une ligne du bulletin trimestriel : « Depuis la semaine épidémiologique 30 de l’année 2024, plus de 500 cas sont notifiés chaque semaine ». Deux ans de plancher, sans interruption.

Ce que le décompte compte : des cas suspects, très peu de confirmations

Tous ces chiffres, à une exception près, comptent des cas suspects. Le laboratoire n’intervient qu’à la marge, et l’État l’écrit lui-même. Le Plan stratégique multisectoriel d’élimination du choléra et de contrôle des autres maladies diarrhéiques 2023-2027, adopté en mars 2023, note : « Progressivement le taux de prélèvement d’échantillons de selles a évolué de 1,80% en 2017 à 23,6% en 2021 ». Trois quarts des malades comptés dans les statistiques nationales n’ont donc jamais fait l’objet d’un prélèvement, même après ce redressement. Le même plan range parmi ses défis à venir : « Le faible taux de confirmation biologique et les difficultés d’élargissement de la surveillance vers une approche globale intégrant la surveillance environnementale, resteront des défis à relever ».

L’écart de définition se retrouve dans les objectifs du plan, qui visent moins de 500 nouveaux cas confirmés par an dans les provinces de l’Est et moins de 50 à l’Ouest, pour un budget de 192,5 millions de dollars sur cinq ans. La cible est exprimée en cas confirmés, la surveillance produit des cas suspects. Le plan classe 39 zones de santé en priorité 1, dont 9 de type A et 30 de type B, 23 en priorité 2 et 459 en priorité 3 : une géographie de risque à 521 entrées qui ne recoupe ni les 210 zones du premier trimestre ni les 56 de fin juillet.

Cette imprécision ne date pas de 2026 et ne relève pas d’un seul producteur de données. Pour la seule année 2025, trois bilans officiels coexistent. L’Institut national de santé publique, dans le premier numéro de son Bulletin de Santé Publique, écrit : « 71.922 cas suspects de choléra dont 2024 décès soit une létalité de 2,81 ». L’OMS, dans un communiqué du 4 mars 2026, retient que « 2 070 personnes ont péri sur plus 71 200 cas de choléra enregistrés en RDC, au cours de l’année 2025 ». Le bilan diffusé le 31 juillet 2026 ramène la même année à « un peu moins de 65 000 cas » et « un peu plus de 1 880 décès ». Sept mille cas et près de deux cents morts séparent la fourchette haute de la fourchette basse, pour un exercice clos depuis sept mois.

Le décompte est un outil de riposte, et il oriente l’argent

L’enjeu n’est pas comptable. Le bulletin trimestriel indique que « L’OMS a mobilisé plus de 911 000 USD pour accompagner l’intensification de la réponse choléra dans les provinces de Kinshasa, Equateur, Mai-Ndombe, Tshopo, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema, Sankuru et Haut-Lomami ». Neuf provinces servies, seize déclarées touchées fin juillet, vingt et une créditées d’au moins un cas au premier trimestre : la liste qui sert de base à l’allocation dépend du décompte retenu.

Le bulletin établit aussi que les causes ne sont pas les mêmes d’un bout à l’autre du pays : « À l’Ouest du pays, elle est liée à la forte densité urbaine, aux inondations, à l’insalubrité, à l’insuffisance d’eau potable et aux campements de pêche sur les îlots ou les rives du fleuve Congo ». L’Institut national de santé publique décrit de son côté une maladie qui « sevit à l’Est de la RDC le long du fleuve congo et autour des lacs internes ». Deux moteurs distincts, deux ripostes distinctes, et une seule enveloppe qui se répartit selon des cartes qui ne coïncident pas, dans un pays qui promet 60 % d’accès à l’eau potable en 2035 sans savoir d’où il part.

Devant le Conseil des ministres du 31 juillet, Samuel Roger Kamba a énuméré les leviers activés par le gouvernement : « gratuité des soins dans certaines provinces, le renforcement de la surveillance épidémiologique ainsi que l’intensification des activités de sensibilisation et de mobilisation communautaire ». Il a redit « l’engagement du gouvernement à maintenir des dispositifs de riposte opérationnels afin de maîtriser l’épidémie et de protéger la santé des populations ». Le renforcement de la surveillance figure donc déjà parmi les priorités affichées. La même semaine, il rendait compte de 49 zones de santé touchées par Ebola sur 140, épidémie déclarée le 15 mai 2026, dont la létalité officielle a triplé en huit semaines et qui mobilise l’essentiel des moyens d’urgence.

Ce qui manque

Le bulletin hebdomadaire national Situation épidémiologique du choléra et des autres maladies diarrhéiques en RDC, qui donnait jusqu’en 2024 le cumul semaine par semaine et zone par zone, n’a plus de livraison publique en 2026. La série nationale ne circule plus que par les comptes rendus du Conseil des ministres, qui donnent le chiffre de la semaine mais jamais le cumul depuis janvier.

Aucune note méthodologique n’accompagne le bilan de 106 401 cas et 3 124 décès : ni la période exacte, ni la définition de cas, ni le statut des zones comptées. Le nombre de cas confirmés en laboratoire pour 2026, seul chiffre comparable aux objectifs du plan d’élimination, n’est pas publié. La liste des 56 zones de santé en épidémie au 30 juillet ne l’est pas davantage.

La prochaine mise à jour épidémiologique de l’OMS sur l’épidémie multi-pays permettra de trancher : si elle arrête le compte congolais de 2026 autour de 40 000 cas, le bilan de 3 124 morts couvrait bien dix-neuf mois, et non sept.

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B
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