Cobalt : comment les quotas de la RDC ont fait flamber les prix, au risque d’un retour de bâton
En un an, la RDC a fait bondir les prix du cobalt de 130 % en suspendant puis contingentant ses exportations. Mais les géants comme CMOC accumulent des stocks invendus, et des voix, à Madrid, jugent les quotas « économiquement non viables ».
Cobalt : comment les quotas de la RDC ont fait flamber les prix, au risque d’un retour de bâton
AFP
En un an, la République démocratique du Congo a retourné un marché du cobalt qui suffoquait sous les excédents. Premier producteur mondial, le pays a d’abord suspendu ses exportations, puis instauré des quotas, provoquant une envolée des cours. Sur douze mois, le prix du métal a bondi de 130 % pour clôturer 2025 à 24,75 dollars la livre, tandis que l’hydroxyde de cobalt, livré en Asie, grimpait de 328 %. Un redressement spectaculaire, obtenu alors même que le surplus physique n’a pas disparu.
Le mécanisme est administratif avant d’être économique. Fin 2024, l’excédent mondial atteignait 48 000 tonnes, près d’un cinquième de la demande, et les prix étaient tombés sous 11 dollars la livre, leur plus bas niveau en neuf ans. Pour tarir l’offre, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS) a décrété un embargo total sur les exportations en février 2025, remplacé en octobre par un régime de quotas courant jusqu’à fin 2027. Le plafond, fixé à 96 600 tonnes par an, correspond à environ la moitié des volumes exportés en 2024, et 10 % des tonnages sont réservés à des projets de transformation locale.
L’effet a été immédiat sur les prix, mais il laisse les géants du secteur avec des stocks qu’ils ne peuvent écouler. CMOC, premier producteur mondial avec 117 549 tonnes en 2025, n’a reçu qu’un quota de 31 200 tonnes pour 2026, tout en maintenant une prévision de production comprise entre 100 000 et 120 000 tonnes, dont plus de 30 000 déjà extraites au premier trimestre. Le suisse Glencore accumule lui aussi le cobalt excédentaire dans le pays, dans l’attente d’une fenêtre d’exportation. Cette masse latente constitue une pression permanente sur les cours, susceptible de peser lourd si Kinshasa venait à assouplir sa politique.
La méthode nourrit des critiques ouvertes. Au congrès annuel du Cobalt Institute, à Madrid, le dirigeant du chinois MMG, Aaron Chen, a jugé le quota attribué à son entreprise « économiquement non viable » pour sa mine de Kinsevere. Les allocations, calculées en grande partie sur les historiques d’exportation de 2022 à 2024, pénalisent les acteurs dont la montée en puissance est plus récente. Pour Elisabeth Caesens, de l’organisation Resource Matters, elles auraient dû intégrer « d’autres facteurs comme les investissements planifiés et les standards environnementaux, plutôt que de favoriser mécaniquement les producteurs qui avaient contribué à l’excédent mondial ».
Reste un pari sur l’avenir. Les prix évoluent désormais en décalage avec la demande réelle, le marché restant excédentaire de 19 000 tonnes sur une consommation mondiale de 276 000 tonnes. Le cobalt dépend surtout des véhicules électriques, premier débouché avec 39 % de la demande, mais les constructeurs accélèrent le déploiement de batteries lithium-fer-phosphate, pauvres en cobalt. Un basculement massif réduirait la base de demande, et donc les recettes que la RDC tire aujourd’hui de la remontée des prix. Kinshasa se réserve le droit d’ajuster ses quotas chaque trimestre : l’exercice d’équilibriste entre prix élevés et stabilité durable ne fait que commencer.