Entre conditions et menaces: l’impossible dialogue politique ne RDC
Opposition, Églises et Union africaine réclament un dialogue. Le 30 juin, Félix Tshisekedi a répondu sans dire non : porte ouverte, mais paix d'abord, cadre institutionnel, Kabila et M23 exclus. Décryptage d'un « oui » qui n'en est pas tout à fait un.
Entre conditions et menaces: l’impossible dialogue politique ne RDC
AFP
Opposition, Églises, Union africaine : depuis des mois, le pays réclame un dialogue. À la veille de l’indépendance, le président a répondu. Il n’a pas fermé la porte. Il l’a déplacée dans une pièce dont il tient la clé.
Le mot est sur toutes les lèvres. La coalition Article 64 le brandit, la Conférence épiscopale et l’Église du Christ au Congo en ont fait une feuille de route, Moïse Katumbi n’accepte qu’un dialogue sous leur égide, et le président burundais Évariste Ndayishimiye a convoqué à Bujumbura ceux qui l’exigent. Le 29 juin, veille de l’indépendance, Félix Tshisekedi a pris la parole devant la nation. Beaucoup attendaient un refus. Ils ont eu une définition.
La porte, d’abord, est ouverte, et le président l’a dit sans ambiguïté. « La République ne ferme la porte à aucun de ses enfants, dès lors qu’il choisit la voie de la paix, du dialogue, du respect des institutions et de la loyauté envers la nation », a-t-il déclaré. La phrase est accueillante. Ce sont les mots qui la suivent qui la referment à demi.
Premier verrou : la séquence. Le dialogue viendra, mais après la paix à l’Est, pas avant. Or la guerre ne reflue pas ; elle s’étend, au moment où l’AFC/M23 annonce vouloir pousser jusqu’au Katanga. Conditionner la discussion au retour du calme, c’est la renvoyer à une échéance que personne ne maîtrise. Et le président a refusé par avance qu’elle serve d’échappatoire aux armes. « La paix ne peut être ni une mise entre parenthèses de la vérité, ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes contre la République, encore moins un compromis sur notre souveraineté ou notre intégrité territoriale », a-t-il posé. Traduction : pas de table qui récompenserait la conquête.
Deuxième verrou : le cadre. Le dialogue que conçoit Félix Tshisekedi passe par les institutions et par la loi, et par elles seules. Il a écarté l’idée qu’une contestation vaille droit à négocier. « Le recours à la violence, aux armes, à la haine, à la désinformation ou à toute forme d’atteinte à notre souveraineté et à notre intégrité territoriale ne saurait constituer un mode d’expression politique », a-t-il tranché, refusant que le dialogue devienne un « outil de pression ou de contournement constitutionnel ». C’est le point de friction exact avec l’opposition, qui veut précisément mettre sur la table la révision de la Constitution.
Troisième verrou : les convives. Dans le schéma présidentiel, esquissé depuis le début de l’année, deux acteurs restent à la porte : Joseph Kabila et l’AFC/M23. « Aucune stratégie de conquête ou de contestation du pouvoir ne doit fragiliser la souveraineté du peuple congolais », a résumé le chef de l’État. Un dialogue qui exclut les belligérants ne peut pas mettre fin à la guerre ; un dialogue qui exclut l’ancien président ne peut pas refermer la fracture intérieure. Le président assume ce paradoxe : pour lui, s’asseoir avec ceux qu’il tient pour les auteurs de l’agression reviendrait à valider celle-ci.
En face, le même mot recouvre un tout autre objet. Les deux Églises portent une feuille de route pour un dialogue inclusif assorti de mécanismes de justice transitionnelle, tout en rejetant l’impunité. Le cardinal Fridolin Ambongo, qui juge le changement de Constitution sans « nécessité, ni urgence, ni opportunité », a prévenu que « toute initiative qui se limite à des arrangements entre politiciens est vouée à l’échec et provoquera d’autres crises ». Katumbi ne reconnaît de crédibilité qu’à un dialogue piloté par la CENCO et l’ECC, hors des institutions que contrôle le pouvoir. Dès février, l’opposition avait opposé une fin de non-recevoir aux conditions présidentielles. Deux camps disent « dialogue » et ne désignent pas la même salle : l’un veut un cadre institutionnel qu’il maîtrise, l’autre une médiation extérieure qui rebattrait les cartes.
Pendant que le mot reste en suspens, le président gouverne autour de la demande. Le 30 juin, au Palais de la Nation, il a lancé « Debout Jeunes Congolais », un programme d’emploi doté de 1,3 milliard de dollars sur six ans. À la colère sociale qui nourrit la rue, il oppose une promesse de travail plutôt qu’une concession politique. Et sur le terrain constitutionnel, il a renvoyé la loi référendaire à la Cour constitutionnelle, transformant un bras de fer politique en procédure dont il maîtrise le calendrier. Deux manières de répondre sans négocier.
Rien, dans ce discours, ne s’apparente à une porte claquée. Félix Tshisekedi n’a pas dit non au dialogue ; il en a fixé le prix, la paix d’abord, les institutions ensuite, l’impunité jamais. Ses adversaires, de leur côté, posent leurs propres préalables, un médiateur qu’ils choisissent et une justice transitionnelle qu’ils réclament. L’impasse ne naît pas d’un refus, mais de deux oui qui ne se rencontrent pas.
Reste l’essentiel, que le discours du 30 juin a rendu limpide. Le président n’a pas fermé la porte du dialogue. Il l’a placée à l’intérieur des institutions qu’il dirige, et en a suspendu la clé à une paix qui n’est pas revenue. Tout le monde continue de réclamer le dialogue. Plus personne ne parle de la même pièce.
