Politique « Il rêve ou quoi » : quand Colette Braeckman démonte les ambitions présidentielles de Corneille Nangaa
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« Il rêve ou quoi » : quand Colette Braeckman démonte les ambitions présidentielles de Corneille Nangaa

« Il rêve ou quoi » : quand Colette Braeckman démonte les ambitions présidentielles de Corneille Nangaa
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 JUILLET 2026 - 12:56 WAT · 4 min de lecture

Interrogée sur les ambitions de Corneille Nangaa, qui revendique de marcher sur Kinshasa pour renverser le pouvoir, la journaliste belge Colette Braeckman n’a pas caché son scepticisme. « On peut toujours rêver », a-t-elle lancé, avant d’enfoncer le clou, « il rêve ou quoi ». Les propos ont été tenus dans un entretien accordé au journaliste congolais Pero Luwara et diffusé sur sa chaîne CPL TV. Spécialiste des Grands Lacs, longtemps à la tête de la rubrique Afrique du quotidien Le Soir, Braeckman y dresse un portrait sans complaisance du coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo.

Le cœur de son argument tient à une comparaison. L’intervieweur rapproche Nangaa de Laurent-Désiré Kabila, autre homme parti de l’Est pour prendre Kinshasa. Braeckman refuse le parallèle. « Dans sa tête, oui, mais pas dans la réalité », répond-elle. Elle rappelle que Kabila avait « lutté dans son maquis », forgé ses idées politiques dès les années 1960 dans le sillage de Patrice Lumumba, quand Nangaa « a présidé la Commission électorale indépendante ». « Il n’a pas du tout le même parcours », tranche-t-elle. Sa conclusion sur l’ambition présidentielle est nette, « c’est une illusion, il se trompe lui-même ».

La journaliste ne ferme pourtant pas complètement la porte, mais à une condition qui vide la fonction de son sens. « C’est un homme charmant, je le connais, il était intelligent. Après tout, pourquoi pas, il pourrait devenir président, mais alors il devra obéir à ses maîtres », affirme-t-elle. Selon elle, un tel scénario se heurterait à la mémoire des électeurs. « Il oublie que les Congolais ne vont pas se faire rouler deux fois », dit-elle, évoquant la méfiance qui avait entouré l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila avant qu’il ne convainque de son nationalisme.

C’est ce précédent que Braeckman pousse jusqu’à son terme. Porté au pouvoir en 1997 par une coalition appuyée par le Rwanda, Laurent-Désiré Kabila avait rompu l’année suivante avec ses parrains, déclenchant une nouvelle guerre, avant d’être assassiné dans son bureau en janvier 2001. « Laurent-Désiré Kabila n’a pas voulu obéir à ceux qui l’ont conduit à Kinshasa et il en est mort », rappelle-t-elle, posant la question de savoir si Nangaa aurait, lui, le courage de désobéir à ceux qui le porteraient au pouvoir.

Corneille Nangaa, âgé de 56 ans, a présidé la Commission électorale nationale indépendante de 2015 à 2021, avant de proclamer la victoire contestée de Félix Tshisekedi à la présidentielle de 2018. Il a pris en décembre 2023 la tête de l’Alliance Fleuve Congo, coalition politico-militaire dont le M23 est le bras armé. La justice congolaise l’a condamné à mort par contumace le 8 août 2024, pour trahison, participation à un mouvement insurrectionnel et crimes de guerre. Depuis Goma, sous contrôle rebelle, il a déclaré à la chaîne CNN que son objectif était « d’aller à Kinshasa » et de renverser « ce régime corrompu ». Il présente son mouvement comme une révolution congolaise et rejette l’accusation d’être un instrument de Kigali.

Dans le même entretien, Braeckman rapporte une anecdote plus grave, qu’elle dit tenir de sources et que BETO n’a pas pu vérifier de manière indépendante. Lors d’un passage à la télévision à Lubumbashi, des accompagnateurs rwandais de Nangaa auraient, selon son récit, téléphoné à Paul Kagame après des déclarations non prévues du coordonnateur, en évoquant l’hypothèse de le « liquider », avant de décider de le laisser poursuivre sous surveillance. Aucun élément indépendant ne corrobore ce récit, présenté par la journaliste comme la preuve, à ses yeux, que Nangaa avance sous contrôle.

L’entretien n’est pas neutre. Pero Luwara, ancien journaliste de Digital Congo exilé en Belgique après un mandat d’arrêt en 2022, anime une chaîne très critique du pouvoir de Kinshasa, et ses relations avec Corneille Nangaa ont elles-mêmes été publiquement tendues. Le jugement de Braeckman, lui, s’appuie sur trois décennies de couverture de la région. Sa formule résume sa lecture des ambitions du chef rebelle, « c’est une illusion, il se trompe lui-même ».

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B
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