Éducation & Formation Le Génocost à l’école : trois ateliers, et des nouveaux programmes nationaux

Le Génocost à l’école : trois ateliers, et des nouveaux programmes nationaux

Trois ateliers ministériels depuis mai, aucun arrêté. Les deux programmes nationaux encore mis en ligne par le ministère datent de 2005 et 2007, et ne contiennent pas une occurrence du mot Génocost.

La Première ministre Judith Suminwa Tuluka et la ministre de l'Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, côte à côte, servent des repas aux élèves dans une école à Kalemie. Photo sous droits réservés.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 14:57 WAT · 5 min de lecture

Trois ateliers ministériels se sont tenus depuis le mois de mai pour préparer l’enseignement du Génocost dans les écoles congolaises. Aucun texte n’en est sorti. À un mois de la rentrée, aucune classe, aucune discipline, aucun volume horaire et aucun manuel n’ont été arrêtés publiquement, et les deux programmes nationaux encore mis en ligne par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté datent respectivement de 2005 et d’avril 2007.

Le premier atelier s’est ouvert le 9 mai à Kinshasa, avec des inspecteurs-formateurs centraux, sous la présidence du vice-ministre Théodore Kazadi Muayila. Le deuxième a été lancé le 15 juin par la ministre d’État Raïssa Malu Dinanga, pour quatorze jours, consacré aux outils pédagogiques des clubs de veille citoyenne, avec l’appui de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes. Un troisième, les 6 et 7 mai à l’Institut national des arts, portait sur l’enseignement supérieur.

L’intention est posée par la ministre d’État : « Il est important d’aider les élèves à connaître leur histoire, à comprendre les souffrances traversées par notre peuple et à rejeter les mécanismes de haine, de division et de déshumanisation. L’objectif est de former une génération attachée à la vérité, à la paix et aux valeurs républicaines. » Sa collègue de l’Enseignement supérieur situe l’origine de la commande : « Les travaux que nous lançons aujourd’hui s’inscrivent dans les orientations formulées au plus haut sommet de l’État notamment lors (…) du conseil des ministres où il a été demandé aux ministères concernés d’engager une réflexion commune sur l’intégration des narratifs historiques, ceux relatifs au Génocost dans les programmes de l’enseignement supérieur et universitaire ».

Ce que disent les programmes en vigueur

Reste à savoir ce qui est enseigné aujourd’hui. Le ministère met en ligne ses programmes nationaux. Le programme d’histoire de l’enseignement secondaire tient en vingt-neuf pages et porte en couverture la mention « KINSHASA 2005 », sous un en-tête qui désigne encore l’ancien ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel. Extrait en texte et passé en recherche plein texte, il ne contient aucune occurrence du mot Génocost.

Son chapitre IX, intitulé synthèse de l’histoire du Congo, s’achève sur trois lignes : « 9.7.1. La 1ère république : 1960-1965 / 9.7.2. La 2e république : 1965-1997 / 9.7.3. La Transition de 1990 à 2006 ». Aucune leçon n’est consacrée à la guerre de 1996-1997, ni à celle qui s’ouvre le 2 août 1998, celle-là même que la journée commémore.

Le programme d’éducation civique et morale du secondaire, vingt-huit pages, porte la mention « Kinshasa, avril 2007 » et celle de son bailleur : « Financé par le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ». Il ne contient pas davantage le mot.

Aucun texte, et une loi qui n’en demande pas

La recherche d’un acte réglementaire ne donne rien. Ni arrêté, ni décret, ni programme national révisé portant spécifiquement sur l’enseignement du Génocost n’a pu être retrouvé, ni sur le site du ministère, ni dans les compilations juridiques, ni dans la presse congolaise.

Le texte le plus proche est d’une autre nature. Un communiqué du 11 avril annonce la signature d’un arrêté instituant des clubs de veille citoyenne dans tous les établissements primaires et secondaires, inscrit au plan quinquennal 2024-2029 du ministère, axe promotion de la citoyenneté. Le numéro de cet arrêté, sa date de signature et son texte n’ont pas été retrouvés non plus. Aucun livrable des trois ateliers n’a été rendu public.

La loi de 2022 elle-même n’impose rien de tel. Ses articles 27 et 28, ceux qui traitent de la mémoire, ne comportent aucune obligation d’enseignement scolaire. La seule obligation matérielle qu’ils mettent à la charge de l’État tient en une phrase, au troisième alinéa de l’article 28 : « L’État crée des sites à vocation commémorative et mémorielle. » L’enseignement du Génocost n’est donc pas une application de la loi. C’est une décision administrative, prise en Conseil des ministres, dont la trace écrite reste à établir.

La seule orientation pédagogique annoncée publiquement est que la matière serait traitée comme un thème transversal, réparti entre plusieurs disciplines et adapté à l’âge des élèves. Elle n’a reçu aucune traduction réglementaire.

Qui pilote, et sous quelle autorité

Le dispositif d’appui est institutionnel. La Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes est créée par l’article 20 de la loi : « Il est institué une Commission consultative dénommée Commission interinstitutionnelle d’Aide aux Victimes et d’Appui aux Réformes placée sous l’autorité du Président de la République. Elle est élargie aux associations des victimes. » Le mot du texte est « interinstitutionnelle », là où la presse écrit fréquemment « interministérielle ». Son coordonnateur, François Kakese, résume la raison d’être du projet : « Pour que les crimes ne se reproduisent plus, il faut nourrir la conscience nationale. L’éducation est la voie par excellence pour alimenter cette mémoire ».

L’agence de presse de l’État a mentionné un « Directoire de Génocost » parmi les entités formulant les attendus de l’atelier universitaire. Ni sa composition, ni sa base juridique, ni son mandat ne sont établis dans les documents accessibles.

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B
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