Société Transport à Kinshasa : le tarif est fixé par arrêté, le prix se négocie à l’arrêt de bus
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Transport à Kinshasa : le tarif est fixé par arrêté, le prix se négocie à l’arrêt de bus

1 000 francs le matin, 4 000 le soir pour le même trajet. Un arrêté fixe la grille et interdit le demi-terrain depuis janvier 2025. Dix-huit mois plus tard, le prix se décide à l’arrêt, entre un receveur et une foule pressée.

Transport à Kinshasa : le tarif est fixé par arrêté, le prix se négocie à l’arrêt de bus
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 14:10 WAT · 5 min de lecture

À Kintambo-Magasin, la course vers l’UPN se paie 1 000 ou 1 500 francs congolais le matin. En fin d’après-midi, quand la circulation s’épaissit, le même trajet monte à 3 000 ou 4 000 francs, annoncés par le receveur avant que le passager ne monte. Le constat est celui de reporters de Radio Okapi, sur le terrain le 28 avril 2026.

Ce prix ne figure dans aucun texte réglementaire, il est fixé à l’arrêt, à la voix, et il varie du simple au quadruple dans la même journée sur le même itinéraire.

Ce que la réglementation prévoit

La tarification des transports en commun de Kinshasa est réglementée depuis au moins vingt-six ans. Un arrêté de l’Hôtel de ville daté du 9 février 2000, référencé SC/019/BGV/DIV.EC.TC/ML/2000, fixait déjà le tarif des transports en commun et des courses en voiture-taxi sur toute l’étendue de la ville.

En janvier 2025, le gouverneur Daniel Bumba a publié une nouvelle grille tarifaire. Le même texte interdit formellement aux chauffeurs le sectionnement des itinéraires, cette pratique connue à Kinshasa sous les noms de « demi-terrain », « abonnés », « Solola bien » ou « direct », qui consiste à découper une course officielle en tronçons facturés séparément. Dix-huit mois après sa signature, le demi-terrain reste la règle sur la plupart des axes, et les chauffeurs appliquent leurs propres prix.

Ce que disent les usagers

Le mécanisme décrit par les passagers est toujours le même : le receveur annonce un prix élevé, la foule proteste, puis cède, retenue par la fatigue et par la crainte de rentrer tard. Une passagère rencontrée à un arrêt le 28 avril en décrit l’engrenage complet : « Nos chauffeurs jouent avec la température du pays. Dès qu’il pleut, ils augmentent le prix du transport. Ils te demandent l’argent avant de monter, puis quand il y a les embouteillages et que l’heure avance, tu es obligé de descendre pour prendre une moto. L’argent donné ne sera jamais remboursé. Il faut encore payer pour arriver à domicile. Il n’y a pas de solution. »

Le paiement d’avance produit une double dépense quand le trajet est interrompu : le passager a payé le bus qu’il quitte, entre 1 500 et 4 000 francs selon l’heure, et paie ensuite la moto qui le remplace, sur un itinéraire qu’il avait déjà réglé en totalité.

Ce que répondent les chauffeurs

Les conducteurs contestent la lecture spéculative et invoquent leur compte d’exploitation. « Fixer le prix à 1 500 FC dans les embouteillages, c’est une perte de temps et de carburant. Le prix du transport est fixé par heure. Partout à Kinshasa, il n’y a pas de tarif officiel respecté. Nous demandons l’argent avant pour empêcher les hommes en uniforme de monter sans payer », explique l’un d’eux à Radio Okapi.

Le même met en cause trois responsabilités publiques : l’absence de bus publics en nombre suffisant, la dégradation des routes et le coût du carburant. Sa conclusion est une condition : « Que l’État arrange les routes et baisse le prix du carburant, le prix de la course va baisser aussi. »

L’offre, et ce qui la réduit

Le prix monte aussi parce que l’offre diminue. Le contrôle technique lancé par l’Hôtel de ville a retiré des véhicules de la circulation, réduisant le nombre de bus disponibles aux heures de pointe. Les grèves de chauffeurs ont produit le même effet : une reprise timide du transport en commun avait suivi le mouvement de mars 2026, et une nouvelle grève avait été annoncée en juin, à la veille de l’examen d’État.

Du côté de l’offre publique, le train urbain de Kinshasa a été relancé en juin 2026 après quinze ans d’arrêt. Sa capacité rapportée aux flux quotidiens de la capitale n’a pas été publiée.

Ce que cela pèse dans un budget

Le trajet domicile-travail est devenu, pour beaucoup de Kinois, le poste le plus imprévisible de la journée. Un aller-retour facturé 1 500 francs le matin et 4 000 le soir représente 5 500 francs pour une journée de travail, soit environ 2,4 dollars au taux courant, avant tout autre dépense. Rapporté au mois, sur vingt-deux jours ouvrés, ce seul trajet approche 121 000 francs, ce que BETO a déjà mis en regard du budget d’un ménage kinois, logement et école non compris.

Ce qui manque pour trancher

Aucune autorité ne publie de relevé des prix effectivement pratiqués sur les axes de Kinshasa, ni de comparaison entre la grille arrêtée en janvier 2025 et le terrain. Le nombre de véhicules retirés par le contrôle technique n’est pas connu, ni la durée prévue de l’opération, ni le nombre de procès-verbaux dressés depuis dix-huit mois pour non-respect du tarif ou pour pratique du demi-terrain.

La capacité de transport public de la ville, tous modes confondus, train urbain relancé en juin 2026 compris, n’est pas chiffrée publiquement pour une agglomération de près de dix-sept millions d’habitants, ce qui empêche de mesurer le déficit d’offre que chauffeurs et usagers invoquent l’un contre l’autre. Ces questions sont adressées à l’Hôtel de ville de Kinshasa, à la division urbaine des Transports, à l’Association des chauffeurs du Congo et à la Ligue des consommateurs.

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B
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