Politique Commémoration du Génocost : Denis Mukwege réclame un Tribunal pénal international pour la RDC
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Commémoration du Génocost : Denis Mukwege réclame un Tribunal pénal international pour la RDC

Le Docteur Denis Mukwege, célèbre gynécologue de l’hôpital de Panzi. PHOTO DROITS TIERS.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 AOÛT 2025 - 10:31 WAT · 4 min de lecture

À l’occasion de la commémoration du début de la deuxième guerre du Congo, célébrée ce samedi 2 août 2025, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a réclamé la création d’un Tribunal pénal international pour la République démocratique du Congo.

Le célèbre médecin de l’hôpital de Panzi estime que la justice demeure la condition sine qua non d’une paix véritable et durable.

«La diplomatie congolaise se distinguerait davantage en exigeant un Tribunal pénal international pour la RDC, en déployant des efforts continus pour réclamer des sanctions internationales contre les agresseurs, et en réclamant la mise en œuvre de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il déclaré.

Un génocide économique planifié

S’appuyant sur les conclusions du dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, Mukwege alerte sur « l’accaparement des ressources minières congolaises », identifié comme le principal moteur de la résurgence du M23, un mouvement soutenu par l’armée rwandaise.

Cette exploitation illégale, insiste-t-il, « compromet sérieusement l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement des minerais stratégiques essentiels à l’économie mondiale ». Il qualifie cette dynamique d’« extermination planifiée », dénonçant la banalisation d’un Génocost — terme forgé pour désigner un génocide motivé par la cupidité économique.

Le prix Nobel congolais ne mâche pas ses mots envers les autorités de Kinshasa. Il les accuse de sacrifier la souveraineté nationale en signant des « accords de paix précipités, opaques et non inclusifs », notamment les accords de Washington et de Doha.

Pour lui, ces initiatives diplomatiques ne sont que des paravents masquant un processus de légalisation du pillage et de légitimation de l’occupation. Il va jusqu’à dénoncer « une logique extractiviste néocoloniale choquante », incarnée notamment par certaines entreprises chinoises présentes en RDC.

Une justice en attente, un pays en sursis

Mukwege appelle la diplomatie congolaise à sortir de sa torpeur et à réorienter ses priorités. Il insiste :« Elle se distinguerait davantage en exigeant un Tribunal pénal international pour la RDC. »

À ses yeux, seule la justice – et non les arrangements géopolitiques de circonstance – peut garantir une paix durable et digne.

Son constat sur l’évolution de la situation dans l’Est du pays est glaçant. Selon lui, après l’occupation militaire, les rebelles de l’AFC/M23 instrumentalisent la terreur pour promouvoir un fédéralisme, qu’il considère comme un prélude à la balkanisation. Il évoque la mise en place d’administrations parallèles dans les zones minières conquises, affirmant qu’un plan concerté vise à faire naître un nouvel État dans l’Est de la RDC, face à un État central qu’il juge en faillite.

Un appel à la conscience nationale

Denis Mukwege ne se limite pas à dénoncer : il appelle à un sursaut collectif.

«Si notre population ne se réveille pas aujourd’hui, nous risquons d’être la dernière génération à avoir grandi dans les frontières actuelles de la RDC », avertit-il.

Dans un pays où l’espérance en l’État est régulièrement trahie, il réaffirme que l’espoir et la solution résident dans la conscience collective et la mobilisation populaire.

En cette journée de commémoration du Génocost, le médecin de Panzi salue les initiatives prises à travers le monde – de Kinshasa à Goma, de Paris à New York, en passant par São Paulo – pour honorer la mémoire des millions de victimes congolaises. Il rappelle avec force que :

«La justice pour les victimes congolaises est non négociable, et tout processus de paix qui la sacrifie est voué à l’échec. »

« Personne ne viendra sauver le Congo à notre place »

Mukwege conclut avec gravité : «Aucun dirigeant du monde ne placera notre souffrance au rang de ses priorités. » Dès lors, affirme-t-il, c’est au peuple congolais, et à lui seul, de se prendre en charge, de défendre sa terre, de rétablir sa souveraineté et de tourner la page des ténèbres.

C. Timothée Ézéchiel

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