Diplomatie 39 personnes renvoyées par Kigali comme FDLR: ce que révèle cette affaire entre le Rwanda et la MONUSCO

39 personnes renvoyées par Kigali comme FDLR: ce que révèle cette affaire entre le Rwanda et la MONUSCO

Kigali a renvoyé le 29 juillet trente-neuf personnes que le programme DDRRR avait rapatriées au Rwanda. La MONUSCO dit n’avoir pris aucune part à ce retour. Ce que le programme prévoit, et ce que ce renvoi place autour du protocole FDLR.

James Swan, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU et chef de la MONUSCO depuis mars 2026

39 personnes renvoyées par Kigali comme FDLR: ce que révèle cette affaire entre le Rwanda et la MONUSCO
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 31 JUILLET 2026 - 17:30 WAT · 6 min de lecture

Le mercredi 29 juillet 2026, les autorités rwandaises ont renvoyé en République démocratique du Congo trente-neuf personnes qui avaient auparavant été rapatriées au Rwanda dans le cadre du programme de désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation de la MONUSCO. Le lendemain, la Mission a publié un communiqué pour dire une chose et une seule : elle n’y a pris aucune part.

La formulation est nette et tient en trois négations : la MONUSCO indique n’avoir participé à aucune étape de ce retour vers la RDC, n’avoir pas été présente lors du transfert du 29 juillet, et n’être impliquée à aucun titre dans une opération menée par les autorités rwandaises.

Ce que le programme prévoit, et qui décide

Le DDRRR est un mandat confié à la Mission par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il accompagne le désarmement volontaire, la réinstallation et le rapatriement des combattants étrangers présents sur le territoire congolais, ainsi que de leurs personnes à charge.

La procédure décrite par la Mission comporte plusieurs verrous. Chaque rapatriement fait l’objet d’un processus de vérification en plusieurs étapes, destiné à évaluer l’éligibilité des personnes concernées avant leur inscription sur une liste. Cette liste est ensuite transmise à la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, qui procède à l’examen et à l’approbation finale avant le départ des intéressés de la RDC.

L’autorité qui approuve la sortie est donc rwandaise, et c’est la même autorité qui a organisé le renvoi du 29 juillet. Trente-neuf personnes ayant franchi ce filtre en 2025 ou en 2026 sont revenues en sens inverse, sans que l’organisme qui les avait accompagnées à l’aller soit informé du retour.

Les chiffres du programme

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la MONUSCO daté du 19 mars 2026 donne l’échelle. Sur la période considérée, la Mission a facilité, en collaboration avec les autorités congolaises et la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, le rapatriement de Goma vers le Rwanda de 101 ex-combattants affiliés aux FDLR et à d’autres groupes armés étrangers, ainsi que de 115 personnes à leur charge.

Le rapport explique cette progression en ces termes : « Cette tendance à la hausse traduit le niveau plus élevé de sensibilisation parmi la population et procède d’une meilleure analyse contextuelle et d’une collaboration active avec les parties prenantes. » Dans ses observations finales, le Secrétaire général écrit que « l’augmentation récente du nombre de combattants des FDLR et de membres de leurs familles rapatriés au Rwanda constitue une étape encourageante », et annonce que la Mission continuera de consolider ces acquis dans le cadre de son soutien à la mise en œuvre des Accords de Washington.

La logistique suit cette priorité. La Mission a fermé la base opérationnelle temporaire d’Amee, en Ituri, remise au gouvernement le 4 décembre, puis deux bases situées aux environs de Goma les 12 décembre 2025 et 20 février 2026. Dans le même temps, écrit le rapport, « la MONUSCO a maintenu des positions stratégiques autour de Goma, de Kiwanja et de Kitchanga afin de faciliter le désarmement, la démobilisation et le rapatriement volontaires d’éléments des FDLR ».

Trente-neuf renvois, rapportés aux 101 ex-combattants rapatriés sur la période du rapport, représentent l’équivalent de 39 % de ce flux, ou de 18 % si l’on y ajoute les 115 personnes à charge. Le sens de la circulation, lui, s’est inversé.

Ce que le calendrier place autour

Le renvoi tombe à une semaine près sur la séquence congolaise. Le mardi 28 juillet, le gouvernement de la RDC a annoncé avoir obtenu des Forces démocratiques de libération du Rwanda la signature d’un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement, au titre de ses engagements pris dans l’accord de paix signé avec le Rwanda à Washington.

Kigali a qualifié ce protocole de non-événement et en conteste la portée. Le gouvernement congolais a de son côté fait valoir que cinq des six zones identifiées comme abritant les FDLR se trouvent sous le contrôle du Rwanda et de l’AFC/M23, ce qui rend l’exécution de l’engagement congolais tributaire d’un terrain que Kinshasa ne tient plus. C’est le verrou géographique qui bloque ce dossier depuis le lancement de l’opération du 30 mars.

Le renvoi de trente-neuf personnes présentées comme d’anciens rapatriés du DDRRR intervient donc le lendemain de la contestation rwandaise, et le surlendemain de l’annonce congolaise. Trois actes en quatre jours, du 28 au 30 juillet, sur le même dossier.

Ce qui reste à établir

L’identité et le statut des trente-neuf personnes ne sont pas publics : rien n’indique s’il s’agit d’ex-combattants, de personnes à charge, ou des deux, ni sous quel régime elles ont été admises au Rwanda puis renvoyées le 29 juillet. Le motif du renvoi n’a pas été communiqué par Kigali, non plus que le lieu et les conditions de leur remise du côté congolais, ni l’autorité congolaise qui les a reçues.

La MONUSCO réaffirme son engagement à garantir l’indépendance, l’intégrité et la transparence du programme DDRRR, et annonce poursuivre sa collaboration avec l’ensemble des parties prenantes. Son communiqué ne dit pas si ce renvoi la conduit à modifier son processus de vérification en plusieurs étapes, ni si d’autres cas comparables ont été enregistrés depuis le lancement du programme.

Ces questions sont adressées à la MONUSCO, au ministère congolais des Affaires étrangères, au programme national de désarmement, et à la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration.

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B
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