Comment la RDC a fait trembler l’Angleterre avant de céder à Harry Kane
Une heure de rêve, un Mpasi en état de grâce, un Cipenga voleur de 7e minute, puis le doublé d'Harry Kane. Le débrief du Coach na Beto.
Comment la RDC a fait trembler l’Angleterre avant de céder à Harry Kane
AFP
Ce soir mérite qu’on en parle longtemps même s’il finit dans les larmes. La RD Congo a perdu 2-1 contre l’Angleterre, elle est éliminée en seizièmes de finale, et pourtant je n’ai pas honte. J’ai le cœur gonflé comme après un premier baiser. Laissez le vieux Coach vous raconter ce qu’il a vu, parce qu’il en a vu, des matchs, et celui-là, il le rangera dans le tiroir des soirs qu’on n’oublie pas.
Une heure durant, nous avons fait trembler la Reine
On nous donnait huit pour cent de chances. Huit. De quoi remplir un dé à coudre. Et voilà que dès la 7e minute, un gamin qui fêtait sa dixième sélection, Brian Cipenga, va planter sa lame dans le ventre des Three Lions. Pickford n’a rien vu passer, moi non plus d’ailleurs, j’ai renversé ma bière. Ce n’était pas un coup de chance. C’était une équipe qui avait décidé, pour une fois, de ne pas jouer à cache-cache dans sa surface. Vous vous souvenez de la Colombie, cette prudence qui m’avait fait avaler ma toque de travers ? Oubliez. Là, les Léopards ont mordu.
Le plus fou, ce n’est pas le but. C’est la 62e minute, quand la RD Congo, qui menait déjà contre l’Angleterre, s’est mise à l’assiéger. Vous avez bien lu. Des enfants de Kinshasa qui poussent Thomas Tuchel et ses millionnaires contre leur propre but. Mbuku qui tente une frappe enveloppée pour faire lever tout un continent. Un attaquant qui remplace un attaquant quand on mène contre l’Angleterre : voilà l’audace que j’attendais depuis des années. On a joué sans complexe, comme un homme qui invite la plus belle du bal sans regarder ses chaussures.
Mpasi le mur, et le duel dans le duel
Si nous avons rêvé si longtemps, c’est à cause d’un homme entre les poteaux. Lionel Mpasi a livré un match dans le match contre Jude Bellingham, et croyez-moi, le petit prince anglais est sorti de ce duel les oreilles rouges. Deux fois il l’a dégoûté, deux fois. Ajoutez Tuanzebe et Wan-Bissaka qui dégagent sur leur propre ligne comme on chasse une mouche du repas, et vous comprenez pourquoi, à la pause, un pays entier n’osait plus respirer. J’ai connu des gardiens qui gagnaient des matchs à eux seuls. Mpasi, ce soir, a failli voler un huitième de finale à la nation qui a inventé ce sport.
Il y a même eu ce moment de comédie que j’ai savouré comme un dessert : Harry Kane qui se jette dans la surface en réclamant un penalty, et la VAR qui lui répond non, avec un carton jaune en prime pour la simulation. Le meilleur buteur de la planète transformé en acteur du dimanche. J’ai ri. J’ai eu tort de rire trop tôt.
Puis Kane est passé, et le football a repris ses droits
Parce que les grands joueurs, mes frères, ne vous pardonnent jamais deux fois. À la 75e, sur un ballon de la tête, Kane égalise. À la 86e, il remet ça et fait basculer la soirée. Onze minutes, deux coups de couteau, et notre rêve qui se vide de son sang. Ce n’est pas un renoncement qui nous a tués, ce n’est pas la peur, c’est un renard qui a fait ce pour quoi on le paie une fortune. On peut défendre comme des lions, on ne se relève pas toujours d’un homme de cette trempe. Desabre a tout tenté, Elia, Bongonda, Edo Kayembe, Mayele, il a vidé son sac. Mais quand Kane sent l’odeur du sang, même le vieux Coach range ses conseils.
Le verdict du Coach
On m’a appris la patience à des écoles dures, alors je ne vais pas pleurer devant vous. Cette RD Congo a mené une heure contre l’Angleterre, elle a fait douter une nation-favorite, elle est sortie par la très petite porte d’un doublé de génie, pas par la grande porte de la lâcheté. C’est une défaite, oui. Mais c’est la défaite d’une équipe qui a enfin cru en elle, dans la lignée de ce long retour qu’on n’espérait plus. Gardez le fil de cette soirée, montrez-le à vos enfants. On leur dira qu’un premier juillet, à Atlanta, les Léopards ont regardé l’Angleterre dans les yeux. Et que la prochaine fois, on ne se contentera pas de la regarder. Le Coach a parlé.