Politique « Une armée étrangère n’est pas une partie » : la « neutralité » du pasteur Nsenga face au Rwanda provoque un tollé
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« Une armée étrangère n’est pas une partie » : la « neutralité » du pasteur Nsenga face au Rwanda provoque un tollé

Le porte-parole de l'ECC, le pasteur Éric Nsenga, revendique une médiation « neutre » face au narratif désignant le Rwanda comme agresseur. Sur les réseaux, la colère des Congolais a été immédiate : « une armée étrangère n'est pas une partie ».

« Une armée étrangère n’est pas une partie » : la « neutralité » du pasteur Nsenga face au Rwanda provoque un tollé
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 16:19 WAT · 5 min de lecture

Une phrase a suffi. En expliquant que la médiation religieuse du dialogue national devait rester « neutre » à l’égard du narratif qui désigne le Rwanda comme agresseur, le pasteur Éric Nsenga, porte-parole de l’Église du Christ au Congo, a déclenché sur les réseaux sociaux une vague de rejet immédiate. Dans un pays qui compte ses morts à l’Est, l’idée qu’un médiateur congolais s’abstienne de qualifier l’agression a été reçue comme une provocation.

Les propos, rapportés le 20 juillet par le journaliste Stanis Bujakera, qui animait un espace de discussion sur le réseau X, tenaient en une distinction. Il reviendrait au président de la République, dans l’exercice de ses prérogatives constitutionnelles, de qualifier d’agression la présence d’une armée étrangère sur le sol national ; il ne reviendrait pas au médiateur de le faire. Le rôle de l’Église, dans cette lecture, serait d’écouter toutes les parties sans juger leurs revendications. De cette posture, le responsable protestant tirait une conséquence qu’il assumait : la médiation n’exclut personne, pas même ceux qui ont pris les armes. « Ceux qui sont à Goma sont nos frères », aurait-il déclaré, évoquant les déplacements des délégations religieuses dans la ville tenue par la rébellion et à Kigali.

La réplique des internautes a été cinglante, et elle a tourné autour d’une même objection. « Une armée étrangère sur le sol de votre pays n’est pas une « partie ». Il faut le dire en quelle langue ? », s’étranglait l’un. « S’agit-il ici d’un dialogue entre Congolais et Rwanda pour observer une neutralité ou d’un dialogue entre Congolais ? […] La neutralité face au Rwanda vient faire quoi dans une affaire purement congolaise ? », interrogeait un autre. Un troisième renvoyait l’Église à son ancrage : « Votre pays est occupé par des troupes étrangères qui pillent, tuent et violent vos frères, vos sœurs et vos enfants. À quel moment vous dites-vous : je dois rester neutre et ne pas condamner l’agression ? […] L’Église sert quel peuple ? Celui du Congo, oui ou non ? »

Derrière la colère, un argument de fond, et il n’est pas sans force : en droit international, une armée non invitée sur un territoire souverain n’est pas un point de vue, c’est une agression. Or celle du Rwanda, et son soutien à l’AFC/M23, sont établis par les rapports successifs des Nations unies. Pour ceux qui protestent, mettre ce fait sur le même plan que les « revendications » des autres acteurs, au nom de la méthode, revient à le diluer. La neutralité, dans cette lecture, cesse d’être une vertu de médiateur pour devenir un déni de l’évidence.

La logique du pasteur Nsenga, pourtant, n’est pas dénuée de cohérence, et c’est ce qui rend le malentendu si vif. Un médiateur qui jugerait d’avance les torts de chacun cesserait d’être un médiateur ; sa valeur tient à ce qu’il parle à tout le monde, y compris à ceux que l’État désigne comme ses ennemis. Pour ramener les acteurs de l’Est à une table, il faut d’abord accepter de leur parler : c’est la condition même d’un dialogue qui se veut inclusif. Dans cette optique, la neutralité revendiquée n’est pas une complaisance, mais un outil de travail, et « nos frères » relève d’un langage pastoral de réconciliation, non d’une caution donnée à la rébellion.

Mais cette grammaire de l’Église se heurte à celle de la nation. L’État, et avec lui l’opinion, raisonne en termes de souveraineté et d’ennemi ; le médiateur, en termes de brebis à ramener. Là où le pouvoir voit une ligne à ne pas franchir, la neutralité envers l’agresseur, l’Église voit une porte à ne pas fermer, celle du dialogue avec tous. Les deux positions peuvent s’exposer ; elles ne s’entendent pas, et c’est un peuple meurtri qui arbitre.

La contestation n’est d’ailleurs pas seulement venue de la rue numérique. Quelques jours plus tôt, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, avait déjà reproché à la CENCO et à l’ECC d’avoir donné, après leur visite à Goma, « l’impression d’être tolérantes » à l’égard de ce qui s’y passe, et posé comme condition d’entrée au dialogue de « couper le lien » avec l’agresseur. La sortie du pasteur Nsenga, et le tollé qu’elle a nourri, prolongent ce bras de fer entre les Églises et une partie de l’opinion sur un même point : peut-on médier une guerre en refusant de nommer celui qui l’a déclenchée ?

Le pasteur Nsenga a assuré que les deux Églises, « qui ont une respectabilité et une notoriété nationale et internationale, ne vont pas s’engager dans une affaire pour aller perdre le prestige de leur existence ». La séquence dira si ce prestige résiste. Car en revendiquant la neutralité au moment où le pays attend qu’on prenne son parti, la médiation a rappelé une vérité inconfortable : dans une nation agressée, celui qui refuse de désigner l’agresseur ne convainc pas aisément de son impartialité. Il s’expose à ce qu’on lui demande de quel côté il se tient.

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B
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