Pas de pénurie de carburant à Kinshasa, dit le ministère, qui met en cause les embouteillages
Dans un communiqué officiel du 8 septembre 2026, le ministère des Hydrocarbures dément toute pénurie à Kinshasa, qualifie les stocks nationaux de « très largement suffisants » et impute les files d’attente aux embouteillages qui ralentissent les camions-citernes.
Pas de pénurie de carburant à Kinshasa, dit le ministère, qui met en cause les embouteillages
AFP
Le ministère des Hydrocarbures a diffusé le mardi 8 septembre 2026 un communiqué officiel intitulé « Pas de pénurie de carburants à Kinshasa ». Le document, référencé CAB/MIN-ETAT-HYD/002/2026 et signé par la cellule de communication du cabinet de la ministre d’État Acacia Bandubola Mbongo, répond aux files d’attente observées devant des stations-service de la capitale.
Il attribue ces files, non à un manque de produit, mais aux embouteillages qui ralentissent les camions-citernes.
Le ministère écrit que les stocks nationaux sont « très largement suffisants »
Le communiqué pose d’abord le démenti. « Il n’y a pas de pénurie de carburants à Kinshasa. Les stocks disponibles au niveau national sont très largement suffisants pour assurer l’approvisionnement des stations-service et répondre aux besoins des consommateurs », écrit le ministère des Hydrocarbures dans ce document daté du 8 septembre 2026.
Il désigne ensuite la cause. « La distribution des produits pétroliers se poursuit régulièrement et de manière continue. Les difficultés ponctuellement observées dans certaines stations ne résultent donc pas d’une insuffisance des stocks, mais sont notamment liées aux contraintes qui affectent l’acheminement et la distribution, en particulier les embouteillages qui ralentissent la circulation des camions-citernes et, par conséquent, les opérations de livraison », poursuit le même communiqué.
Des rotations de nuit et un recensement des stations mal desservies
Le ministère annonce deux mesures. La première est un recensement en cours : « Les services compétents poursuivent, par ailleurs, l’identification des zones et des stations qui n’ont pas encore pu être suffisamment desservies, afin de permettre leur approvisionnement dans les meilleurs délais. »
La seconde est un changement d’horaire de livraison. « Cette démarche s’accompagne d’une intensification des opérations de livraison, en vue d’assurer une desserte aussi régulière que possible de l’ensemble des stations-service, notamment par des rotations de nuit », indique le document.
Les rotations de nuit sont la réponse directe à la cause invoquée. Elles font circuler les camions-citernes aux heures où la voirie de Kinshasa est dégagée.
Le communiqué demande aux automobilistes de ne pas faire de réserves
La deuxième page du document s’adresse aux usagers. « Il n’est pas nécessaire de se précipiter vers les stations-service ni de constituer des stocks par crainte d’une éventuelle pénurie au risque d’accentuer momentanément les risques d’attente », écrit le ministère.
Suit une formule en trois temps : « Le carburant est disponible, les livraisons se poursuivent et les réserves nationales sont largement suffisantes. » Le texte se clôt sur un appel « au calme et à la sérénité » et sur l’engagement de la ministre à veiller « à la continuité de l’approvisionnement du pays et au bon fonctionnement de la chaîne de distribution des produits pétroliers ».
Aucun jour de stock, aucune station comptée
Le communiqué qualifie les réserves de « très largement suffisantes » sans les chiffrer. Il ne donne ni le volume disponible, ni le nombre de jours de consommation couverts, ni le nombre de stations concernées par les difficultés qu’il reconnaît.
Il n’indique pas non plus combien de camions-citernes assurent la desserte quotidienne de Kinshasa, ni sur quelle durée les rotations de nuit sont prévues.
Le même démenti a été formulé en mars 2024 et en octobre 2025
La formule n’est pas nouvelle. En mars 2024, le gouvernement affirmait déjà qu’il n’y avait « nullement pénurie de carburant à Kinshasa », en réponse à des rumeurs de rareté.
En octobre 2025, après plusieurs jours de files d’attente, le gouvernement et les sociétés pétrolières appelaient conjointement au calme. Le communiqué du 8 septembre 2026 est le troisième épisode de cette séquence en deux ans et demi.
L’État doit 146,7 millions de dollars aux pétroliers pour le seul deuxième trimestre
La chaîne de distribution que le communiqué dit vouloir préserver repose sur un mécanisme de compensation. Les sociétés pétrolières vendent à un prix administré inférieur à leur prix de revient, et l’État leur rembourse la différence, appelée manque à gagner.
BETO a établi que 146,7 millions de dollars de pertes ont été certifiées aux pétroliers pour le seul deuxième trimestre 2026, alors que le chapitre 29802 du budget de l’État, intitulé « Subvention pétrolière », est doté de 5 604 739 523 francs congolais pour l’année entière, soit environ 2,5 millions de dollars.
C’est dans cet écart que se logent les tensions d’approvisionnement récurrentes de Kinshasa, indépendamment de l’état de la circulation un jour donné.
Ce qui reste à établir
- Le niveau des stocks nationaux en jours de consommation n’est publié par aucune autorité.
- Le nombre de stations-service de Kinshasa touchées par les difficultés n’est pas communiqué.
- Les sociétés de distribution n’ont pas fait de déclaration publique sur cet épisode.
- Le communiqué ne dit pas si les prix affichés à la pompe sont restés conformes à la structure officielle pendant les files d’attente.
- Aucune donnée publique n’indique si les files d’attente ont cessé après la diffusion du communiqué.