« Armes contre objets de développement » : l’opération de désarmement qui s’ouvre le 22 septembre
Trois mois, six zones, trois incitants : anonymat total, amnistie judiciaire et contrepartie matérielle. Ce que le Conseil des ministres a annoncé, et ce qu'il n'a pas dit.
« Armes contre objets de développement » : l’opération de désarmement qui s’ouvre le 22 septembre
AFP
Une opération de désarmement civil volontaire se tiendra du 22 septembre au 22 décembre 2026 dans six zones stratégiques du pays. Le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, l’a annoncée au Conseil des ministres du 28 août 2026, en présentant son rapport sur l’état et l’administration du territoire national.
L’opération s’inscrit dans la campagne africaine « Faire taire les armes », projet phare de l’Union africaine inscrit à l’Agenda 2063, dont l’échéance initiale de 2020 a été reportée à 2030. Selon le compte rendu, elle « vise à récupérer et détruire les armes illicites détenues par la population ».
Trois incitants, dont une amnistie
C’est le dispositif qui fait l’intérêt de l’annonce. Le gouvernement offre aux participants « l’anonymat total, l’amnistie judiciaire, et une contrepartie matérielle selon l’approche « armes contre objets de développement » ».
L’anonymat signifie que celui qui rend une arme ne sera pas identifié, et l’amnistie judiciaire le protège des poursuites. La contrepartie matérielle remplace la prime en numéraire par un bien à finalité productive, formule retenue ailleurs sur le continent pour éviter que l’argent des primes ne serve à racheter des armes. Le compte rendu ne précise pas l’étendue de cette amnistie, ni si elle couvre la seule détention illégale d’arme ou également les faits commis avec elle. La distinction n’est pas mineure : le chef de l’État a déclaré la veille, le 27 août, en annonçant le Dialogue national, que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves ne pourront être effacés par une amnistie générale. Les six zones concernées ne sont pas nommées, et le compte rendu ne donne ni l’objectif chiffré de collecte, ni le budget de l’opération, ni l’autorité chargée de la conduire, ni les modalités de destruction des armes récupérées.
La police va être recomptée
Le rapport annonce également le début imminent de la phase opérationnelle de l’identification biométrique et du contrôle physique des effectifs de la Police nationale congolaise, dans les vingt-six provinces, Kinshasa servant de phase pilote. L’objectif est énoncé sans détour : « fiabiliser les fichiers des effectifs, à maîtriser la masse salariale et à assainir la gestion administrative de la police ». Autrement dit, savoir combien de policiers existent réellement et combien sont payés.
Le chantier n’est pas neuf. Le contrôle biométrique des effectifs de la police a été lancé à Kinshasa le 9 juillet 2026, et le Conseil des ministres du 10 juillet avait été informé des résultats préliminaires d’un audit faisant état de 63 817 dossiers jugés prioritaires. Ce qui est annoncé aujourd’hui est la phase opérationnelle de ce processus, étendue aux vingt-six provinces. Aucun effectif de référence n’est communiqué, ni calendrier de déploiement au-delà de la phase kinoise.
Une mission d’identification dans trois provinces du Nord
Le gouvernement a par ailleurs été informé qu’une mission a été diligentée dans le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et le Nord-Ubangi. Selon le compte rendu, elle a pour objet de « procéder à l’identification des éleveurs Mbororo qui sèment la désolation auprès de nos populations ».
La formule est celle du gouvernement. Les Mbororo sont des éleveurs transhumants dont les mouvements de troupeaux à travers les frontières de la République centrafricaine, du Soudan du Sud et de la RDC nourrissent depuis des années des conflits avec les agriculteurs du nord du pays. L’armée avait appelé en Haut-Uélé les autorités provinciales à soutenir leur cantonnement. Le compte rendu ne précise ni la composition de la mission, ni sa durée, ni ce qui doit suivre l’identification.
Le climat de la semaine
Le rapport ouvre sur l’état d’esprit de la population, que le ministre décrit comme marqué par deux faits. D’abord « l’adresse du Président de la République chef de l’État, relative à la convocation imminente du dialogue », prononcée le 27 août. Ensuite le déploiement d’effectifs sur le terrain, notamment à Minembwe, au Sud-Kivu, dans le cadre du mécanisme conjoint de vérification et de contrôle du cessez-le-feu, dont la première mission s’est tenue le 24 août. Le vice-Premier ministre a conclu sa communication en brossant la situation aux frontières, dont le compte rendu ne restitue pas le contenu.
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