La diaspora : partir, envoyer, revenir, influencer
Des millions de Congolais forment une diaspora vaste et active. Elle envoie de l'argent, influence la politique, rêve de retour, et pèse à distance sur le destin du pays.
Il y a un autre Congo, qui vit loin du Congo. En Europe, en Amérique du Nord, en Afrique australe, au Moyen-Orient, des millions de Congolais forment une diaspora vaste et active, partie chercher ailleurs ce que le pays ne pouvait offrir : la sécurité, le travail, les études, l’avenir. Cette diaspora n’a pas coupé le lien. Elle envoie de l’argent, elle influence la politique, elle rêve de retour, elle pèse, à distance, sur le destin du pays. Comprendre le Congo, c’est aussi comprendre ce Congo de l’extérieur, indissociable de l’intérieur.
Le premier lien, le plus concret, est financier. Les transferts d’argent des Congolais de l’étranger vers leurs familles représentent des sommes considérables, un flux vital qui, mis bout à bout, pèse lourd dans l’économie du pays, parfois davantage que certaines aides ou investissements. Chaque mois, des migrants privés de beaucoup envoient une partie de leurs revenus pour payer une scolarité, des soins, un loyer, une construction au pays. Cet argent de l’amour et du devoir soutient des familles entières et amortit la pauvreté là où l’État est absent. La diaspora est l’un des premiers filets sociaux du Congo.
Le deuxième lien est politique, et il est plus complexe. Une partie de la diaspora est intensément engagée dans les affaires du pays, suit l’actualité de près, se mobilise, manifeste, prend position. Ce militantisme de l’étranger, parfois passionné jusqu’à l’excès, a donné naissance à des phénomènes spécifiques, dont celui des combattants, ces militants de la diaspora qui ont multiplié les actions contre des figures du pouvoir et même contre des artistes jugés proches du régime. Ce phénomène, qu’il faut décrire avec prudence et exactitude, illustre la charge émotionnelle et la division que la politique congolaise suscite jusque dans l’exil. La distance n’éteint pas les passions, elle les attise parfois.
Le troisième lien est celui du savoir et du talent. La diaspora compte des médecins, des ingénieurs, des chercheurs, des entrepreneurs, des artistes, formés et accomplis à l’étranger. Cette fuite des cerveaux est une perte sèche pour le pays, qui a financé une partie de leur éducation sans bénéficier de leurs compétences. Mais elle peut aussi devenir un atout, si ces talents reviennent, investissent, transmettent, montent des projets au pays. Le débat sur le retour, sur la manière d’attirer et de réintégrer ces compétences, est l’un des enjeux d’avenir. Une diaspora bien reliée à sa terre d’origine peut être un formidable moteur de développement.
Le rapport de la diaspora au pays est fait d’amour et de frustration. Amour d’une terre que l’on n’oublie pas, dont on suit chaque soubresaut, vers laquelle on rêve de revenir un jour. Frustration devant une situation qui ne s’améliore pas assez vite, devant les obstacles au retour, devant le sentiment de ne pas être assez écouté ou reconnu par les autorités. La diaspora veut compter, contribuer, peser sur l’avenir, et elle supporte mal d’être sollicitée pour son argent sans être associée aux décisions. Construire une vraie relation entre le pays et ses enfants de l’étranger reste un chantier.
Soixante-six ans après l’indépendance, la diaspora incarne à la fois une blessure et une ressource. Blessure, parce que son existence même rappelle pourquoi tant de Congolais ont dû partir. Ressource, parce qu’elle apporte de l’argent, des compétences, des idées, une ouverture sur le monde. Le Congo de demain se construira aussi avec ce Congo de l’extérieur, s’il sait le reconnaître, l’associer, et lui donner des raisons de revenir ou de contribuer. Partir, envoyer, revenir, influencer : la diaspora écrit, à sa manière, un chapitre essentiel de l’histoire nationale, depuis l’étranger mais jamais loin du cœur.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
Ebola en RDC: un cas positif détecté à Kisangani après le transport d’un corps depuis l’épicentre de Niania
Ituri : huit décès en trois jours au camp de déplacés de Kigonze, sur fond de peur d’Ebola