Partis & Coalitions Dialogue en RDC : Joseph Kabila peut-il s’asseoir à la table sans se rendre ?

Dialogue en RDC : Joseph Kabila peut-il s’asseoir à la table sans se rendre ?

Le dialogue se veut inclusif, mais Joseph Kabila est condamné à mort. Pour lui, la question n'est pas d'y aller, mais de revenir sans être arrêté.

Dialogue en RDC : Joseph Kabila peut-il s’asseoir à la table sans se rendre ?
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUILLET 2026 - 15:54 WAT · 4 min de lecture

Quand le cardinal Fridolin Ambongo a annoncé, le 17 juillet, l’ouverture d’un dialogue « entre les fils et les filles du Congo », il a désigné, sans le nommer, un absent encombrant. Car parmi ces fils, il en est un que l’État congolais ne cherche pas à convier, mais à juger : Joseph Kabila, ancien président de la République, condamné à mort. Pour lui, la question du dialogue ne se pose pas dans les mêmes termes que pour les autres. Elle n’est pas de savoir s’il veut s’asseoir à la table, mais s’il le peut sans, du même geste, se livrer.

Pour Martin Fayulu, Moïse Katumbi ou les autres figures de l’opposition, la participation est un choix : y aller ou non, ensemble ou séparément, à quelles conditions. Pour Kabila, c’est d’abord un risque physique. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à la peine de mort par contumace, le jugeant, en son absence, pour trahison et collusion avec les rebelles de l’Est. Revenir sur un sol tenu par Kinshasa, c’est s’exposer à l’exécution d’une peine capitale. Aucun autre invité potentiel du dialogue ne porte ce poids.

Sa géographie dit déjà l’impasse. Depuis la fin du mois de mai 2025, l’ancien président a refait surface à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu passé sous le contrôle du M23, et il entretient, selon Africa Intelligence, le flou sur ses déplacements. Il se trouve donc en RDC, mais dans une zone que l’État ne contrôle pas, protégé de fait par l’avancée même qu’on l’accuse d’avoir soutenue. Entre lui et la table d’un dialogue tenu à Kinshasa s’étend une ligne de front.

C’est là que le mot « inclusif » rencontre sa limite. Le dialogue est convoqué par le pouvoir qui a obtenu la condamnation. Pour l’État, Kabila est un traître jugé, dont la place est devant une cour, pas autour d’une table. Pour sa plateforme, Sauvons la RDC, la sentence est « nulle et de nul effet », et l’homme un opposant persécuté. Ces deux lectures ne se rejoignent nulle part. Un même dialogue ne peut être à la fois une table et un tribunal ; il faudrait, pour y asseoir Kabila, que l’État suspende ou vide une décision de justice qu’il présente comme souveraine.

Chacune des issues a son prix. L’inclure supposerait une amnistie ou une grâce, geste politiquement explosif qui donnerait, aux yeux d’une partie du pouvoir, raison à ceux qui qualifient le procès de politique. L’exclure, à l’inverse, laisse hors du dialogue non seulement un ancien chef de l’État, mais l’aile politique que le rapport du groupe d’experts de l’ONU associe à l’AFC/M23. Il faut ici s’en tenir à la présomption d’innocence : Kabila conteste ces accusations, il a été jugé sans être présent, et une condamnation par contumace n’établit pas une preuve. Mais la question posée au dialogue n’est pas celle de sa culpabilité ; elle est celle de sa présence.

Le cas déborde d’ailleurs la seule personne de Kabila. Un dialogue qui se veut inclusif tire sa légitimité de ce qu’il ne laisse personne à la porte. Or il existe, dans le paysage politique congolais, toute une famille, celle qui gravite autour de l’ancien président et de son mouvement, pour laquelle la porte n’est pas entrouverte, mais verrouillée par une décision de justice. Tant que ce verrou tient, l’inclusivité reste une promesse qu’un seul cas suffit à démentir.

La première question du dialogue n’est donc peut-être ni la Constitution, ni la guerre, ni le partage des responsabilités. C’est de savoir si un État peut s’asseoir pour parler avec un homme qu’il a condamné à mort. De la réponse dépendra le sens que l’on voudra donner au mot inclusif.

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B
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