Politique La Marche des chrétiens
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Politique

La Marche des chrétiens

Le 16 février 1992, des Congolais sortent dans la rue avec, pour seules armes, des bibles, des chapelets et des chants, pour réclamer la réouverture de la Conférence nationale souveraine.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Le 16 février 1992, des Congolais sortent dans la rue avec, pour seules armes, des bibles, des chapelets, des branches et des chants. Ils marchent pour une cause simple : la réouverture de la Conférence nationale souveraine, suspendue par le pouvoir. Cette journée restera dans la mémoire du pays sous le nom de Marche des chrétiens, et elle se terminera dans le sang. C’est l’un des moments où la rue congolaise, désarmée, a payé de sa vie le droit de réclamer la démocratie.

Le contexte est celui d’une transition qui s’enlise. La Conférence nationale, grand espoir d’ouverture, a été interrompue, et le pouvoir de Mobutu joue la montre. Face à ce blocage, ce sont les Églises, force morale et l’une des rares institutions encore crédibles aux yeux de la population, qui prennent l’initiative. Des laïcs catholiques, rejoints par d’autres confessions, appellent à une marche pacifique. L’idée est forte : opposer à la force brute du régime la dignité d’une foule en prière. La rue devient une chaire, la marche une liturgie politique.

La réponse du pouvoir est la violence. Les forces de sécurité ouvrent le feu sur des manifestants pacifiques. Il y a des morts, des blessés, une onde de choc dans tout le pays et au-delà. Le nombre exact des victimes a fait l’objet d’estimations divergentes, et la mémoire de cette journée a longtemps été disputée, mais le fait central ne l’est pas : des citoyens non armés, venus prier et marcher, ont été abattus pour avoir réclamé la tenue d’un débat national. C’est cette image qui s’imprime, durable, dans la conscience collective.

La Marche des chrétiens dit quelque chose d’essentiel sur le Congo. D’abord la place centrale des Églises, qui ne sont pas seulement des lieux de culte mais des acteurs majeurs de la vie publique, capables de mobiliser quand les partis sont muselés. Cette histoire annonce, des décennies à l’avance, le rôle que jouera l’Église catholique dans les grandes crises électorales ultérieures, comme médiatrice et comme conscience critique. Ensuite, elle révèle le courage d’une population prête à affronter les balles à mains nues pour un principe.

Cette journée n’a pas immédiatement fait plier le régime, mais elle a laissé une trace morale décisive. Elle a montré la nature répressive du pouvoir au moment où il prétendait s’ouvrir, et elle a donné à la lutte démocratique des martyrs, c’est-à-dire une mémoire. Dans un pays où l’on a souvent tué sans rendre de comptes, la Marche des chrétiens reste une plaie ouverte et une référence, brandie chaque fois que la rue redescend pour défendre ses droits.

Soixante-six ans après l’indépendance, le souvenir du 16 février 1992 garde une charge particulière. Il rappelle que la démocratie congolaise, là où elle a avancé, a souvent été arrachée par des citoyens ordinaires au prix fort, et non octroyée par le pouvoir. Il rappelle aussi le rôle des Églises comme contre-pouvoir, que cette série retrouve dans une autre histoire. À l’heure où le pays continue de débattre de ses institutions et de la place de la contestation, cette marche désarmée et endeuillée demeure l’une des grandes leçons de courage civique de l’histoire congolaise.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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