Ebola en RDC : plus de 100 millions de dollars engagés, l’accès aux zones de conflit reste le principal obstacle à la riposte
En deux semaines, plus de cent millions de dollars ont été engagés contre Ebola. L'argent commence à être décaissé, mais il bute sur l'accès aux zones tenues par l'AFC/M23.

Ebola en RDC : plus de 100 millions de dollars engagés, l’accès aux zones de conflit reste le principal obstacle à la riposte
AFP
En deux semaines, la Banque mondiale, l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni ont porté à plus de cent millions de dollars les fonds engagés contre la dix-septième épidémie d’Ebola. L’argent commence à être décaissé. Reste l’obstacle qu’aucun chèque ne lève : atteindre les zones tenues par l’AFC/M23.
Le 2 juillet, à l’Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa, le directeur pays de la Banque mondiale, Albert G. Zeufack, a chiffré l’engagement de l’institution devant les présidents Félix Tshisekedi et Cyril Ramaphosa. « Les ressources que nous mettons à disposition pour cette crise vont ainsi se chiffrer à 73 millions de dollars américains », a-t-il déclaré. Sur ce total, 46 millions financent déjà le plan national. « Il ne s’agit pas d’une promesse de financement. Ces ressources sont disponibles et en cours de décaissement », a-t-il précisé.
La somme s’ajoute à une série de contributions annoncées en quelques jours. Le même 2 juillet, en visite de solidarité à Kinshasa, l’Afrique du Sud a confirmé 13,5 millions de dollars, portés par Cyril Ramaphosa, désigné en 2021 Champion de l’Union africaine pour la riposte aux pandémies. Une semaine plus tôt, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le Royaume-Uni avait promis jusqu’à 26 millions. Ces annonces répondent à une courbe qui monte : au 4 juillet, le bilan officiel atteignait 1 561 cas confirmés et 506 décès, soit une létalité proche d’un tiers, pour une souche, Bundibugyo, contre laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué.
L’argent, pourtant, se heurte à un mur que la médecine ne franchit pas seule. Les trois provinces frappées, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri, sont aussi les théâtres de la guerre entre les forces congolaises et la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda. En posant son chèque, Londres a posé une condition. « Nous appelons toutes les parties à garantir un accès humanitaire complet et sans entrave, conformément au droit international, afin de permettre cette réponse vitale en matière de santé publique », a déclaré Jennifer MacNaughtan, ministre conseillère britannique. La formule vise les combats qui coupent des villages entiers des équipes de dépistage.
Le terrain donne la mesure de l’obstacle. Le 30 juin, le centre de transit de Nia-Nia a été saccagé, et deux cas confirmés ainsi que sept cas suspects se sont enfuis, soustraits au suivi des contacts. Ailleurs, des attaques contre le personnel soignant ont interrompu la détection des cas. La Mission des Nations unies, la Monusco, sert de courroie pour acheminer les fournitures vers les zones les plus exposées, faute d’accès direct et continu des humanitaires.
À l’échelle du continent, le décalage entre les promesses et l’argent réellement versé reste béant. Le directeur de l’Africa CDC, Jean Kaseya, a chiffré à près de 1,4 milliard de dollars le besoin de la riposte régionale, tout en reconnaissant que 13 % seulement avaient été décaissés. Le Programme des Nations unies pour le développement estime, lui, que l’épidémie pourrait faire basculer près d’un million de personnes dans la pauvreté, en asséchant les marchés et les revenus des zones bouclées.
Face à ces chiffres, les autorités congolaises rejettent tout alarmisme et rappellent avoir maîtrisé seize épidémies d’Ebola avant celle-ci. Le système de santé qui doit absorber les millions reste pourtant fragile : la RDC compte 0,8 médecin pour 10 000 habitants, et, à Kinshasa, Médecins sans frontières vient de mettre fin à ses activités de prise en charge du VIH et de la tuberculose dans la zone de santé de Biyela, faute de relais.
Trois inconnues commanderont l’efficacité de cette manne. La part des 46 millions de la Banque mondiale effectivement décaissée à ce jour, et les zones de santé qu’elle atteint. Le canal par lequel les ONG parviennent, ou non, aux territoires contrôlés par l’AFC/M23. La nature, don ou prêt, de la contribution sud-africaine. Autant de réponses qui diront si ces cent millions financent une riposte ou une intention.
Le 6 juillet, le premier centre de traitement d’Ebola de Beni est devenu opérationnel. Les fonds, eux, doivent encore franchir la ligne de front.
