Santé Santé : à 0,8 médecin pour 10 000 habitants, un système congolais pris entre grèves et Ebola
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Santé : à 0,8 médecin pour 10 000 habitants, un système congolais pris entre grèves et Ebola

Pendant que l'Ituri affronte Ebola, les hôpitaux publics congolais se vident de leurs médecins en grève. Deux fronts distincts, qui exposent la même fragilité, celle d'un système à bout de souffle.

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AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 18:29 WAT · 4 min de lecture

Le 3 juillet 2026, le Syndicat des médecins du Congo, le SYMECO, a lancé une grève générale dans les hôpitaux publics, ne maintenant que les urgences. « Le SYMECO a déposé le 25 juin 2026 un préavis de grève à Son Excellence Madame la Première ministre, tout en espérant avoir des négociations crédibles pour rencontrer les attentes sociales minimales d’un médecin. Il se fait malheureusement que ce préavis a expiré ce 1er juillet 2026 sans la moindre réaction du gouvernement », a expliqué son secrétaire général, le docteur Juvénal Muanda. Ce mouvement n’est pas isolé, mais le troisième en quelques semaines.

Il faut ici distinguer les acteurs, car la presse les confond souvent. Le Syndicat libre des médecins avait ouvert le bal le 11 juin, réclamant l’intégration à la paie de plus de deux mille médecins. Le Syndicat national des médecins avait suivi le 24 juin, à Kinshasa et au Kasaï-Central, exigeant le paiement d’arriérés estimés à cent soixante et un jours de salaire. Le SYMECO a fermé la marche début juillet. Trois sigles, trois calendriers, une même colère, celle de soignants qui s’estiment sous-payés et mal considérés.

Les effets se lisent au chevet des malades. À Kananga, l’hôpital général de référence de Ndesha a suspendu une partie de ses consultations. « Il y a des diagnostics qui nécessitent seulement des médecins. Alors les médecins sont en grève et, à notre niveau, on ne sait quoi faire », témoignait une infirmière, Bernadette Tuseku. Une patiente, Julie Njiba, résumait sa détresse. « Je ne suis pas bien traitée parce qu’il n’y a pas de médecin. C’est pénible. » Le mouvement, surtout documenté à Kinshasa et au Kasaï-Central, touche l’ouest et le centre du pays.

À l’autre bout du territoire, un second front mobilise le système. Depuis la mi-mai, l’Ituri affronte la dix-septième épidémie d’Ebola du pays, causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe aucun vaccin homologué. Au 23 juin, l’Organisation mondiale de la santé y recensait plus de mille cas confirmés et faisait état d’une saturation des structures. « Les centres de traitement actuels sont sous pression, avec 84 % des lits actuellement occupés », relevait le directeur des opérations d’alerte de l’OMS, Abdi Mahamud. La riposte exige des soignants formés, des équipes de traçage et des laboratoires, autant de ressources rares.

Les deux crises ne se recouvrent pas géographiquement, et rien n’indique que les soignants engagés contre Ebola en Ituri soient en grève. Mais elles frappent le même corps, un système de santé exsangue. La République démocratique du Congo compte environ 0,8 médecin pour dix mille habitants, très loin du seuil critique de 2,3 fixé par l’OMS, et forme à peine sept cents nouveaux médecins par an pour une population proche de cent millions d’habitants. Selon une étude de l’OMS reprise par la presse, près de six abandons de poste sur dix seraient liés à la précarité financière. La grève et l’épidémie ne sont pas le même problème, mais elles révèlent la même pénurie.

Face à Ebola, le gouvernement défend sa riposte. Le ministre de la Santé, le docteur Samuel Roger Kamba, a écarté les analyses jugées alarmistes, assurant à la mi-juin que la profondeur du mal ne dépassait pas la capacité de réponse, et mettant en avant des laboratoires décentralisés et le suivi des contacts. Sur les revendications salariales, en revanche, la réponse tarde, le préavis du SYMECO ayant expiré sans négociation, alors qu’un accord conclu en octobre 2024 promettait déjà l’alignement de la prime de risque de milliers d’agents.

Pour Kinshasa, ces deux fronts posent la même équation, comment soigner un pays quand ceux qui soignent manquent, et quand ceux qui restent réclament d’être payés. L’épidémie finira par refluer, la grève par se dénouer. Mais la fragilité de fond demeurera, un médecin pour douze mille habitants, des salaires qui poussent à l’exil, des hôpitaux qui dépendent des bailleurs. Répondre à l’urgence ne suffit pas. Tant que le métier de soigner ne sera pas rendu vivable, chaque épidémie et chaque grève rouvriront la même plaie.

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B
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