Ebola en RDC : la riposte en Ituri rattrapée par les salaires impayés de ses soignants
À Rwampara (Bunia), les prestataires du centre de traitement d'Ebola ont fait grève faute de salaires ; les autorités reconnaissent les retards et promettent de régulariser.
Ebola en RDC : la riposte en Ituri rattrapée par les salaires impayés de ses soignants
AFP
La riposte contre l’épidémie d’Ebola en Ituri bute sur un maillon faible qui n’a rien de médical : l’argent qui n’arrive pas jusqu’aux soignants. Le 13 juillet, les prestataires du Centre de traitement d’Ebola de l’Hôpital général de référence de Rwampara, à Bunia, ont durci leur grève et abandonné les malades sur leurs lits, brûlant des pneus devant l’entrée pour dénoncer le non-paiement de leurs salaires et primes. Selon les grévistes, les arriérés s’accumulent depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai.
Le contraste est frappant. Devant les députés, le 16 juillet, le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, vantait une réponse d’ampleur : « La réponse que nous avons développée en deux mois, selon les déclarations de l’OMS, a été très robuste, avec plus de 14 laboratoires et plus de 700 lits déployés en un mois et demi. » Sur le terrain, ceux qui font tourner ces lits affirment travailler sans équipements de protection adaptés et sans être payés depuis deux mois.
« Pas un problème de financement », selon les autorités
Réunis en point de presse le 18 juillet à Bunia, les responsables de la riposte ont reconnu les retards, tout en assurant qu’ils ne tenaient pas à un manque de financement. Ils invoquent l’intégration d’agents non prévus dans les listes initiales, des différences de barèmes entre le gouvernement et certains partenaires, et des difficultés d’acheminement des fonds vers des zones minées par l’insécurité. Le lendemain, le 19 juillet, ils se sont engagés à régulariser la situation, promettant la validation des listes du personnel et une digitalisation des paiements.
L’enjeu dépasse la seule paie. Pour les acteurs locaux, la paralysie d’un centre de traitement fait courir un double risque : l’abandon de patients hautement contagieux et la dispersion de cas contacts, donc une propagation dans les communautés. Kamba lui-même situe le maillon décisif dans la rapidité : « tous les cas sont aujourd’hui testés et le diagnostic est donné souvent dans les 24 heures par l’INRB. » Encore faut-il que les équipes chargées d’isoler et de soigner soient à leur poste.
Le mouvement de Rwampara n’est pas isolé : des débrayages similaires ont été signalés dans d’autres centres de la province. Alors que le bilan officiel atteint 2 344 cas et 930 décès au 18 juillet, la riposte joue une part de sa crédibilité sur un terrain prosaïque, celui des salaires versés à temps. La souche Bundibugyo ne disposant d’aucun vaccin ni traitement homologué, la chaîne humaine du dépistage, de l’isolement et des soins reste la seule barrière : elle ne tient que si ceux qui la composent restent à leur poste.
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