Droits humains Surpopulation carcérale : 44 536 détenus en RDC, dont environ 7 sur 10 en attente de jugement

Surpopulation carcérale : 44 536 détenus en RDC, dont environ 7 sur 10 en attente de jugement

Le parc pénitentiaire congolais comptait 44 536 personnes détenues dans 142 établissements en décembre 2022, dernier décompte national publié, avec un taux d'occupation de 322,8 % relevé la même année sur le périmètre des prisons prioritaires. La loi de finances 2026 ouvre 5,93 milliards de francs de fonctionnement pénitentiaire.

Surpopulation carcérale : 44 536 détenus en RDC, dont environ 7 sur 10 en attente de jugement
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 12:51 WAT · 5 min de lecture

La République démocratique du Congo comptait 44 536 personnes détenues en décembre 2022, réparties dans 142 établissements. Le chiffre vient de l’administration pénitentiaire nationale et figure dans la fiche pays du World Prison Brief. Environ 70 % de ces détenus, soit à peu près 31 175 personnes, attendaient alors un jugement.

322,8 % d’occupation dans les prisons prioritaires, septième taux du classement mondial

La capacité officielle recensée pour les seules prisons dites prioritaires s’élevait à 7 070 places au 26 octobre 2021. Sur ce périmètre, le taux d’occupation atteignait 322,8 %. Dans le classement du World Prison Brief, qui renseigne 195 juridictions, la RDC occupe le septième rang mondial, derrière six juridictions dont la République du Congo (616,9 %) et le Cambodge (409,1 %). La capacité théorique des 142 établissements ne fait l’objet d’aucune publication.

De 82 % de prévenus en 2010 à 70 % en 2022, de 18 000 à 31 175 personnes

La même base recensait environ 22 000 détenus en 2010 et 20 550 en 2015 : l’effectif a plus que doublé entre 2015 et décembre 2022, quand le taux de détention s’établissait à 46 pour 100 000 habitants. La part des détenus non jugés recule pendant que leur nombre augmente : environ 18 000 personnes et 82 % en 2010, environ 15 000 et 73 % en 2015, environ 31 175 et 70 % en décembre 2022.

Le droit encadre cette détention. L’article 18 de la Constitution du 18 février 2006 dispose que « la garde à vue ne peut excéder quarante huit heures ». Le décret du 6 août 1959 portant Code de procédure pénale pose à son article 28 que « la détention préventive est une mesure exceptionnelle » et fixe à cinq jours le délai de comparution devant le juge après un mandat d’arrêt provisoire. Son article 31 précise que l’ordonnance autorisant la détention « est valable pour 15 jours, y compris le jour où elle est rendue ».

Le 23 septembre 2024, Yves Kisombe, porte-parole du ministre d’État en charge de la Justice, exposait à Radio Okapi le ressort de ces libérations : « Quand vous êtes détenus de manière irrégulière sans que le parquet donc la chambre du conseil c’est-à-dire les juges n’aient décidé vous devez être libéré. »

Makala : 1 500 places à l’ouverture, 7 400 détenus en 2016, plus de 13 500 en 2023

Bâtie par le pouvoir colonial dans les années 1950 pour 1 500 pensionnaires, la prison centrale de Makala, à Kinshasa, en logeait 6 000 en 2014, 6 600 en 2015 et 7 400 au 15 janvier 2016. En septembre 2020, Radio Okapi y dénombrait 8 043 détenus. En décembre 2023, la Fondation Bill Clinton pour la paix, présidée par Emmanuel Cole, avançait le chiffre de plus de 13 500, dont une majorité de prévenus.

Plus de 2 500 détenus sont sortis de Makala en deux mois, entre juillet et septembre 2024. Le 18 février 2026, le Parquet général près la Cour de cassation annonçait 125 libérations conditionnelles supplémentaires, après une inspection du procureur général Firmin Mvonde Mambu, alors qu’une épidémie de choléra est signalée dans l’établissement. « Il n’y a aucun lien avec l’épidémie de choléra. C’est une opération ciblée pour désengorger la prison conformément à la loi », a indiqué Mme Situzolana, conseillère en communication du procureur général.

505 décès à Makala en onze mois de 2023, 93 morts dans huit prisons en 2022

La mortalité en détention ne fait l’objet d’aucune statistique nationale consolidée. En 2013, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme dénombrait au moins 211 civils morts en détention entre janvier 2010 et décembre 2012, et imputait ces décès principalement au surpeuplement, à la malnutrition et à l’accès limité aux soins ; 24 cas étaient attribués à la torture ou aux mauvais traitements. « Il ne devrait jamais être permis qu’une personne privée de liberté meure de faim ou de mauvais traitements », déclarait alors la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay.

Au 31 août 2022, un rapport du Secrétaire général des Nations unies au Conseil de sécurité comptait 93 décès dans huit prisons, dont 32 à Goma, 28 à Makala et 23 à Bunia. Pour 2023, la Fondation Bill Clinton pour la paix a monitoré au moins 505 décès à Makala en onze mois.

5,93 milliards de francs de fonctionnement pénitentiaire en 2026, 365 francs par détenu et par jour

La loi de finances initiale pour 2026 ouvre trois chapitres de fonctionnement à l’appareil pénitentiaire : 3 065 557 597 francs congolais aux « Services Pénitentiaires » (34205), 2 307 611 690 aux « Productions Pénitentiaires » (34210) et 558 502 995 à la Direction de l’administration pénitentiaire (27228). Soit 5 931 672 282 francs. La sous-fonction budgétaire dite « Administration pénitentiaire » ne recouvre pas cet ensemble : elle porte 3 188 502 995 francs, soit 0,01 % d’un budget général arrêté à 48 969 279 573 100 francs, et n’agrège que cette Direction et 2 630 000 000 francs pour un établissement de garde et d’éducation de l’État à Mbenseke Futi.

Douze lignes d’investissement pénitentiaire du même document totalisent 23 384 511 191 francs, dont 5 087 076 042 de construction de prisons et 4 637 655 009 pour la réhabilitation de la prison de Matadi. Rapportés aux 44 536 détenus recensés en décembre 2022, dernier décompte national publié, les crédits de fonctionnement de 2026 représentent 133 188 francs par détenu et par an, soit 365 francs par jour, ou 0,13 dollar au taux budgétaire de 2 859,2 francs. Investissement compris, le rapport atteint 1 803 francs par jour.

Le 26 juillet 2026, le centre de santé de la prison centrale de Kasapa, à Lubumbashi, a brûlé. Le ministère de la Justice a ouvert le jour même une enquête administrative et judiciaire. L’établissement compte plus de 2 500 détenus.

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B
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