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Contrôle technique à Kinshasa : ce que la mise en règle coûte avant le bouclage du 31 août

Un propriétaire de moto qui présente son engin dans un centre agréé de Kinshasa en repart avec une facture de 54 dollars et de 14 000 francs congolais. Au cours officiel de 2 265,15 francs pour un dollar publié le 21 août par la Banque centrale du Congo, l'add

Contrôle technique à Kinshasa : ce que la mise en règle coûte avant le bouclage du 31 août
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 AOÛT 2026 - 20:59 WAT · 7 min de lecture

Un propriétaire de moto qui présente son engin dans un centre agréé de Kinshasa en repart avec une facture de 54 dollars et de 14 000 francs congolais. Au cours officiel de 2 265,15 francs pour un dollar publié le 21 août par la Banque centrale du Congo, l’addition dépasse 60 dollars. Elle est due deux fois par an. La Régie des fourrières et de contrôle technique des véhicules de Kinshasa a prolongé le 18 août, sur instruction du gouverneur Daniel Bumba, le délai du contrôle volontaire jusqu’au 30 août, et fixé au 31 le début du bouclage. « Un bouclage systématique et généralisé sera organisé dans toute la ville de Kinshasa et aucun report ne sera accordé », avertit le communiqué signé par son directeur général, Joseph Kasinzi.

54 dollars pour une moto, 87,68 pour un camion, et 14 000 francs à chaque passage

La grille appliquée dans la capitale a été rendue publique le 27 octobre 2025. Elle distingue quatre catégories. Une motocyclette est facturée 50 dollars, auxquels s’ajoutent 4 dollars de TVA. Un petit véhicule paie 60 dollars et 5,28 dollars de TVA, une camionnette, une jeep ou un minibus 70 dollars et 5,56, un camion 80 dollars et 7,68. Chaque catégorie acquitte en plus 14 000 francs congolais de frais bancaires, soit environ 6,2 dollars au cours du 21 août. Le wewa qui gagne sa journée à la course règle donc les mêmes frais bancaires que le propriétaire d’une jeep.

La facture réelle par passage va de 60,2 dollars pour une moto à 93,9 dollars pour un camion. Le contrôle étant semestriel, le propriétaire de la moto verse environ 120 dollars sur une année, celui du camion près de 188. Le communiqué du 8 juillet 2026 délimite le champ : motos à deux, trois et quatre roues, voitures, camionnettes et camions de moins de vingt tonnes, véhicules de l’administration publique, organismes internationaux et ambassades accréditées. La régie justifie l’obligation par la sécurité routière, la vérification de l’état technique des véhicules et la réduction des accidents dus aux défaillances mécaniques.

La régie a moins de dix-huit mois et a déjà annoncé trois bouclages

L’institution qui délivre ces certificats est née de l’arrêté provincial SC/0072/CAB/GVK/DBL/2025 du 20 mars 2025, portant création, organisation et fonctionnement de la RFCK. Six semaines plus tard, le 2 mai, elle suspendait tout : contrôle technique et activité de fourrière, sur toute l’étendue de la ville, jusqu’à nouvel ordre. La suspension était prise en application du même arrêté.

Le dossier a rouvert le 21 octobre 2025. Le communiqué de la régie fixait alors la date limite au 1er novembre. « Passé ce délai, un bouclage général sera lancé à partir du 3 novembre sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa, sans aucune exception », prévenait-il. L’arrêté ministériel enregistré sous la référence VPM/MTVCD/CAB/085/2025, que la régie invoque aujourd’hui comme seconde base réglementaire, est daté du 12 novembre 2025. Il est donc postérieur de neuf jours au premier bouclage annoncé.

L’échéance du 3 novembre n’a pas clos l’affaire. Par communiqué du 7 mai 2026, la régie ouvrait une deuxième phase, entrée en vigueur le 1er avril, gelait les amendes le temps d’une période de courtoisie routière et renvoyait la sanction à un bouclage généralisé dont le gouverneur annoncerait la date. Cent cinquante agents avaient été formés fin avril, cinq jours durant, au maniement des équipements et à la déontologie.

Puis vint le communiqué du 8 juillet 2026. « Les usagers de la route sont invités à se conformer volontairement à cette exigence en soumettant leurs véhicules dans les différents centres agréés jusqu’au samedi 8 août 2026 », écrivait la régie, qui annonçait le bouclage pour le 10 août. Le 18 août, une nouvelle prolongation est tombée, et le 31 a remplacé le 10.

Une amende de 50 000 à 100 000 francs, et la fourrière au bout

Le communiqué du 7 mai 2026 cite sept centres agréés, installés à la Gombe, à Limete, à Masina, à Ngaliema, à Mont-Ngafula, à N’djili et à Kintambo, soit sept des vingt-quatre communes de la capitale. Le conducteur pris sans certificat encourt une amende de 50 000 à 100 000 francs congolais, entre 22 et 44 dollars, à laquelle s’ajoute la mise en fourrière prévue par le code de la route. Cette amende ne remplace pas le tarif : un taximan intercepté le 31 août devra payer la contravention, puis le contrôle, puis récupérer son véhicule.

Le 26 janvier, bus et taxis se sont raréfiés dans la capitale

La ville a déjà mesuré ce que produit une opération de contrôle lancée sans délai d’adaptation. Le 26 janvier 2026, premier jour des contrôles routiers annoncés par l’autorité urbaine, bus, taxis-bus et motos se sont raréfiés dans la capitale. Les prix des courses ont grimpé, et une usagère a parcouru à pied les quatorze kilomètres qui séparent l’UPN de Kintambo Magasin, faute de véhicule.

Deux jours plus tard, les organisations de la société civile demandaient la suspension du dispositif. « L’opération de contrôle lancée par le gouverneur de la ville de Kinshasa est vouée à l’échec, car elle vise davantage la mobilisation des recettes que la résolution du problème des embouteillages », estimait Jonas Tshiombela, coordonnateur de la Nouvelle Société civile congolaise, qui relevait aussi qu’« aucun numéro vert n’a été mis en place pour dénoncer les abus des agents, les feux de signalisation sont inexistants dans plusieurs quartiers ».

Annie Bambe, présidente de la FODJEC et membre de la Coalition Beijing +25, visait la méthode : « La communication tardive de l’autorité urbaine, intervenue en plein test pratique du permis de conduire, n’a fait qu’aggraver la confusion. » Le coordonnateur de la Coalition DESC, Jean Bosco Puna, s’inquiétait des trois mille agents déployés et résumait la critique en une phrase : « Une mesure prise sans le peuple est une mesure contre le peuple. »

564 dollars par an pour rouler en règle

Le contrôle technique n’arrive pas seul. Le décompte publié le 28 janvier 2026 par actualite.cd chiffre à 564 dollars le coût annuel des documents exigés d’un automobiliste kinois : 120 dollars pour le permis de conduire, 70 pour la vignette, 80 pour le contrôle technique, 294 pour l’assurance obligatoire. Ce décompte retient 80 dollars par an pour le contrôle, quand la grille en vigueur, appliquée deux fois dans l’année, en réclame 143 pour un petit véhicule. À supposer les autres postes inchangés, la charge réelle dépasse donc les 564 dollars du décompte, et le contrôle technique reste le seul poste réclamé deux fois par an.

C’est cette fréquence qu’attaque Martin Fayulu. Dans une publication du 7 août sur X, le président de l’ECiDé écrivait : « Le contrôle technique des véhicules à Kinshasa ressemble de plus en plus à une arnaque. S’il est indispensable pour prévenir les accidents, comment justifier qu’il soit imposé deux fois par an à tous les véhicules, pour un coût de 30 à 80 dollars (hors taxes), dans un contexte où le pouvoir d’achat est parmi les plus faibles ? » Il poursuivait : « Les autorités de la ville de Kinshasa ont le devoir d’expliquer, chiffres à l’appui, la nécessité de cette fréquence et les raisons qui justifient ces tarifs. La sécurité routière est une exigence, mais elle ne doit pas servir à imposer une charge insoutenable aux ménages, surtout à la veille de la rentrée scolaire. Il est temps de revoir la fréquence et le coût du contrôle technique à Kinshasa. » La rentrée scolaire est fixée au 1er septembre, deux jours après l’expiration du délai.

Le 31 août ouvrira le troisième bouclage annoncé en dix mois. Deux chiffres diront cette fois si le dispositif a changé de nature : le nombre de véhicules interceptés dans les premiers jours, et celui des certificats délivrés par les centres agréés depuis le 1er avril.

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B
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