Au Nord-Kivu, 287 malades d’Ebola pour 220 lits
Le rapport de situation n° 117 de l’INSP, publié le 9 septembre, porte le bilan à 6 843 cas et 3 310 décès. Il décrit une « sursaturation » au Nord-Kivu, où 287 malades occupent 220 lits, et une rupture de vaccin à Buta.
Au Nord-Kivu, 287 malades d’Ebola pour 220 lits
AFP
Au Nord-Kivu, 287 malades d’Ebola étaient pris en charge le 8 septembre 2026 dans des structures qui comptent 220 lits. Le taux d’occupation atteint 130,5 %, une situation que l’Institut national de santé publique qualifie lui-même de « sursaturation » dans son rapport de situation numéro 117, publié le 9 septembre.
Le même jour, l’épidémie a franchi le seuil des 6 800 cas confirmés.
6 843 cas, 3 310 décès, une létalité de 48,4 %
Au 8 septembre 2026, la dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola totalisait 6 843 cas confirmés et 3 310 décès confirmés, soit une létalité de 48,4 %. Elle touche six provinces et 61 zones de santé sur 151, soit 40,4 % du réseau national.
La journée du 8 septembre a enregistré 86 nouveaux cas confirmés, dont 19 décès communautaires, répartis entre l’Ituri (55), le Nord-Kivu (27), le Haut-Uélé (2) et la Tshopo (2). Vingt-quatre décès sont survenus dans les centres de traitement, dont 21 en Ituri, portant le total du jour à 43 morts. Vingt et un patients ont été déclarés guéris.
En trois jours, du 6 au 8 septembre, la courbe s’alourdit de 157 cas confirmés et de 84 décès.
Le Nord-Kivu tue deux malades sur trois, l’Ituri moins d’un sur deux
L’Ituri concentre 5 461 cas et 2 481 décès, soit 79,8 % des cas cumulés du pays, pour une létalité de 45,4 %. Le Nord-Kivu compte 1 093 cas et 709 décès, pour une létalité de 64,9 %. Suivent le Haut-Uélé (258 cas, 107 décès), la Tshopo (24 cas, 9 décès), le Bas-Uélé (4 cas, 3 décès) et le Sud-Kivu (3 cas, 1 décès).
Trois zones de santé du Nord-Kivu portent l’essentiel du bilan provincial : Katwa avec 477 cas et 305 décès, Butembo avec 217 cas et 148 décès, Beni avec 185 cas et 138 décès. À Beni, la létalité atteint 74,6 %.
En Ituri, 471 patients occupaient 983 lits, soit un taux de 47,9 %, et trente patients étaient dans un état critique. Le contraste entre les deux provinces est celui d’un réseau qui a des lits là où la mortalité est la plus basse, et qui n’en a pas là où elle est la plus haute.
Le vaccin manque à Buta, et la Tshopo a reçu 3 000 doses pour 11 000 demandes
Le rapport de situation signale une rupture de stock d’Ervebo à Buta, dans le Bas-Uélé, qui a entraîné la suspension temporaire de la vaccination des prestataires et du personnel de première ligne. Aucun micro-plan n’existe dans les six zones de santé prioritaires de la province : Aketi, Ango, Bili, Buta, Ganga et Viadana.
À la Tshopo, 1 582 personnes ont été vaccinées sur 11 703 cibles, soit un taux de couverture de 14 %. Le document identifie explicitement la cause : 3 000 doses reçues pour 11 000 demandées.
La vaccination reste par ailleurs encadrée par une réserve scientifique. Le comité d’experts de l’Organisation mondiale de la santé a conclu, le 19 août, que les preuves disponibles restent insuffisantes pour un usage programmatique d’Ervebo contre la souche Bundibugyo, celle qui circule en République démocratique du Congo. BETO a documenté ce que cette conclusion implique pour la campagne en cours.
Une équipe de riposte attaquée à Kisangani
Le rapport du 9 septembre documente une attaque contre les équipes de riposte dans l’aire de santé de Bethsaïda, zone de santé de Mangobo, à Kisangani, sur fond de rumeurs d’« Ebola business ». Onze contacts refusent le suivi à Matete, dans la même zone.
Ailleurs, un refus de dénombrement est signalé à Tely, dans la zone d’Isiro, où circule aussi la rumeur selon laquelle les malades seraient enfermés sous les tentes de l’hôpital général de référence. Un cas confirmé s’est évadé après confirmation à Masereka, au Nord-Kivu. Des résistances aux enterrements dignes et sécurisés sont relevées à Bunia, Nizi, Nia-Nia et Aru.
Le suivi des contacts s’établit à 86,5 %, soit 21 723 personnes vues sur 25 108 à suivre, en dessous de la cible de 95 %. Sur 408 cas suspects validés, tous investigués, 229 seulement ont été transférés vers un centre de traitement.
106 millions de dollars britanniques, pour deux pays
Le 6 septembre, le Royaume-Uni a porté son engagement à 78,7 millions de livres sterling, soit environ 106 millions de dollars, annoncés devant la Chambre des communes par la ministre chargée du Développement, Kirsty McNeill. La somme doit financer les opérations de terrain en République démocratique du Congo et en Ouganda.
Le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, le docteur Jean Kaseya, a réagi dans un communiqué du 6 septembre 2026, ici traduit de l’anglais par BETO : « Ce soutien arrive à un moment important. Nous travaillons étroitement avec la RDC, les pays voisins et les partenaires pour arrêter la transmission, protéger les communautés et soutenir les agents de santé en première ligne. »
Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies avait chiffré, le 26 juin, les besoins de la riposte régionale à 1,4 milliard de dollars. L’engagement britannique en couvre 7,6 %.
Sur le rapport entre les lits et la mortalité, l’Organisation mondiale de la santé avait écrit, dans son rapport hebdomadaire de situation externe numéro 17 du 8 septembre 2026, ici traduit de l’anglais par BETO : « La proportion croissante des décès communautaires, malgré l’extension de la capacité en lits, suggère donc qu’augmenter la capacité en lits seule peut être insuffisant. »
Ce qui reste à établir
- Aucune autorité sanitaire n’a répondu publiquement à la sursaturation des structures du Nord-Kivu.
- La ventilation des 408 décès survenus dans les centres de traitement de l’Ituri n’est pas encore établie par l’Institut national de santé publique.
- La répartition des 106 millions de dollars britanniques entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda n’est pas publiée, non plus que le canal de décaissement.
- La date de reprise de la vaccination à Buta n’est pas annoncée.
- Le ministère de la Santé publique n’a pas commenté l’attaque contre les équipes de riposte à Mangobo.