Ebola : au Sud-Kivu, le compte à rebours silencieux vers une première sortie
Miti-Murhesa a franchi 53 jours sans nouveau cas d'Ebola. Le Sud-Kivu pourrait être la première province à sortir de l'épidémie. La règle des 42 jours, et ses limites.
Ebola : au Sud-Kivu, le compte à rebours silencieux vers une première sortie
AFP
Pendant que la 17e épidémie d’Ebola bat des records de vitesse dans l’est de la République démocratique du Congo, une province fait exception par son silence. Au Sud-Kivu, une seule zone de santé a jamais été touchée, Miti-Murhesa, avec trois cas confirmés et un décès. Surtout, cette zone a franchi, au 19 juillet, son cinquante-troisième jour sans nouveau cas confirmé, selon le rapport de situation n°66 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique. Dans une épidémie qui a dépassé les 2 400 cas et les 960 décès sur cinq provinces, le Sud-Kivu pourrait devenir le premier territoire à en sortir.
Pour comprendre ce qui se joue, il faut regarder un compteur particulier, celui des 42 jours. C’est le délai retenu par l’OMS pour déclarer la fin d’une épidémie d’Ebola : deux fois la durée maximale d’incubation du virus, estimée à vingt et un jours. Passé ce cap sans qu’aucun nouveau cas confirmé n’apparaisse, on considère que les dernières chaînes de transmission se sont éteintes, faute de porteur résiduel encore capable de déclencher une contamination. Avec 53 jours écoulés, Miti-Murhesa a, sur le papier, dépassé ce seuil.
Ce que le compteur dit, et ce qu’il ne dit pas
La prudence reste toutefois de mise, pour deux raisons. D’abord, une déclaration de fin ne se limite pas à une zone : elle vaut pour un territoire entier. Le Sud-Kivu a l’avantage de n’avoir qu’une seule zone affectée, ce qui rapproche la province du but, mais toute déclaration officielle appartient aux autorités sanitaires nationales, appuyées par l’OMS, et suppose la confirmation que la surveillance a bien fonctionné pendant toute la période. Un silence statistique n’a de valeur que s’il repose sur un dépistage actif, non sur l’absence de tests.
Ensuite, une province apaisée n’est pas une province à l’abri. Le pays qui l’entoure connaît la flambée la plus rapide de son histoire, et les frontières provinciales n’arrêtent ni les malades ni les dépouilles. L’Organisation internationale pour les migrations alerte précisément sur ces déplacements de corps le long des corridors de mobilité. « Il n’y a pas eu de transfert de corps vers un autre pays, mais nous avons constaté de nombreux transferts de corps à l’intérieur du pays », relève son expert Andrew Mbala. Un seul convoi funéraire mal sécurisé suffirait à rallumer un foyer que 53 jours de vigilance avaient éteint.
Un précédent régional
Le scénario n’a rien d’abstrait. De l’autre côté de la frontière, l’Ouganda, touché par la même souche Bundibugyo, a officiellement entamé mi-juillet son propre compte à rebours de 42 jours, après que son dernier patient confirmé a obtenu un second test négatif et quitté l’hôpital. La sortie d’épidémie n’est donc pas une hypothèse d’école : elle est déjà à l’œuvre dans la région, zone par zone.
Reste que le contraste, à l’échelle congolaise, est saisissant. Le rythme national demeure vertigineux. « À titre de comparaison, l’épidémie d’Ebola de 2018-2019 en RDC avait mis plus de dix mois pour atteindre les 2 000 cas confirmés », rappelait récemment le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, à propos d’un seuil franchi cette fois en deux mois. Dans ce paysage, les 53 jours de Miti-Murhesa font figure d’îlot.
Ils rappellent aussi une vérité opérationnelle : une zone dotée d’un seul foyer, dépistée tôt et suivie de près, peut refermer la porte du virus. La question, pour la riposte, est de savoir si ce qui a fonctionné au Sud-Kivu, sur une échelle réduite, pourra être répliqué là où l’épidémie s’emballe. Le compteur des 42 jours, lui, continue de tourner, discret témoin d’une éventuelle première victoire.
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