Ebola en RDC : le suivi des contacts, ce que révèle le décrochage du Haut-Uélé
Le suivi des contacts atteint 81,1 % au niveau national mais tombe à 52,3 % au Haut-Uélé, et plus de 80 % des cas surgissent hors des listes. Le maillon faible.
Ebola en RDC : le suivi des contacts, ce que révèle le décrochage du Haut-Uélé
AFP
C’est l’indicateur le moins spectaculaire de la riposte, et sans doute le plus décisif. Suivre les contacts, c’est-à-dire retrouver et surveiller pendant vingt et un jours toutes les personnes ayant approché un malade, est le seul moyen de couper les chaînes de transmission d’Ebola quand aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe contre la souche Bundibugyo. Au 19 juillet, ce suivi atteignait 81,1 % à l’échelle nationale, selon le rapport de situation n°66 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique : 8 531 personnes vues sur 10 519 recensées. Un taux honorable en apparence, qui masque des fractures profondes.
La première fracture est géographique. Là où la riposte est la plus dense, en Ituri et au Nord-Kivu, le suivi dépasse 81 % et atteint même 83,8 % dans le Nord-Kivu. Mais au Haut-Uélé, province périphérique où l’épidémie s’est étendue plus récemment, il tombe à 52,3 %. Près d’un contact sur deux y échappe donc à la surveillance, dans un territoire qui compte déjà 16 cas confirmés et 10 décès répartis sur quatre zones de santé, de Wamba à Isiro. C’est précisément dans ces marges, où les moyens arrivent en dernier, que le virus gagne le droit de circuler sans être vu.
Quand la contamination précède la liste
La seconde fracture est plus inquiétante encore, car elle touche au cœur du dispositif. Selon l’OMS, plus de 80 % des nouvelles infections dues au virus Bundibugyo sont aujourd’hui détectées en dehors des listes de contacts connues. Traduit en clair : la plupart des nouveaux malades n’étaient pas sous surveillance au moment de leur contamination. La maladie va plus vite que les enquêteurs, et chaque cas hors liste signale une chaîne de transmission entière restée invisible.
Le COUSP ne le dissimule pas. Dans son rapport, le centre reconnaît noir sur blanc que « les performances du suivi des contacts restent insuffisantes et nécessitent un renforcement des activités de surveillance ». L’aveu est rare dans un document officiel, et il pointe le talon d’Achille d’une riposte qui, sur d’autres fronts, revendique des résultats.
Un système poussé à ses limites
Ce décrochage n’est pas le fruit d’un relâchement, mais d’une saturation. Le système de surveillance congolais a été conçu pour repérer les cas précocement grâce à de solides réseaux communautaires. L’ampleur de la 17e épidémie, cumulée à d’autres urgences sanitaires comme le choléra et le paludisme, l’a débordé. « Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle », constate Trish Newport, responsable du programme d’urgence de Médecins sans frontières. L’organisation décrit un système de surveillance poussé à ses limites par l’ampleur de la 17e épidémie.
Les restrictions de circulation ajoutent leur poids. La fermeture de certaines frontières, les obligations d’autosurveillance et les mesures visant le personnel humanitaire compliquent le déploiement et la rotation des équipes spécialisées, au moment même où il faudrait densifier la recherche des contacts dans les zones neuves.
L’enjeu dépasse la statistique. Chaque point de suivi perdu au Haut-Uélé ou ailleurs prépare les foyers de demain, à l’image de l’apparition, dans le rapport du 19 juillet, d’une nouvelle zone de santé affectée en Ituri, Adja, qui a notifié dix cas d’emblée. La riposte a multiplié les laboratoires et les lits ; il lui reste à regagner la course contre la transmission silencieuse. Tant que huit nouveaux cas sur dix surgiront hors des listes établies, le tableau des contacts restera un miroir en trompe-l’œil, rassurant au centre, aveugle sur les bords.
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