EDITO/ William Ruto, Karma is a Bch!**
EDITO/ William Ruto, Karma is a Bch!**
AFP
Il fut un temps, pas si lointain, où les Congolais rêvaient sincèrement de fraternité avec le peuple kényan. C’est à Nairobi que Mbilia Bel, icône vivante de la rumba, composa l’un de ses plus grands succès. C’est aussi là, dans cette même capitale, que le Général Defao bâtit l’essentiel de sa carrière, chantant le Congo tout en vivant au rythme swahili de l’Est africain.
Le lien était plus qu’émotionnel. Il était historique, culturel, politique. C’est encore à Nairobi que l’ancien président Uhuru Kenyatta, dans une manœuvre diplomatique audacieuse, contribua à sceller l’union stratégique entre Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi — union qui allait bouleverser l’histoire politique de la RDC.
Et que dire du domaine économique ? C’est encore sous l’ère Kenyatta que Nairobi mit la main sur la BCDC, doyenne des banques commerciales congolaises. Un geste que Kinshasa accepta sans broncher, dans un esprit de confiance et d’ouverture. Puis vinrent les soldats kenyans, déployés à Goma sous mandat de l’EAC, pour, pensait-on, ramener la paix dans l’Est du Congo. Encouragée par ce souffle panafricain, la RDC rejoignit la Communauté d’Afrique de l’Est, pensant s’être trouvée des frères. Mais un homme, un seul, décida d’abattre ce pont : William Ruto.
Quand le mépris devient doctrine
Avant même d’être élu président, Ruto avait déjà montré les dents. Son mépris pour les Congolais était assumé, public, grotesque. Devant une audience hilare, il se moqua du Congo, prétendant que notre peuple ne possède « même pas de vaches ». Un mépris colonial, teinté d’ignorance et d’arrogance.
Une fois au pouvoir, il tourna ostensiblement le dos au legs diplomatique d’Uhuru Kenyatta. Il ne marcha pas sur les traces de la paix : il s’y essuya les pieds. Au lieu de continuer à renforcer les liens avec Kinshasa, Ruto choisit l’alliance toxique avec Paul Kagame, l’agresseur notoire de la RDC, soutien structurel du M23.
Très vite, la mission militaire kényane dans l’Est du Congo perdit toute cohérence. Il ne s’agissait plus de neutraliser les groupes armés, mais de gagner du temps. Le commandant en chef kényan sur place finit par se retirer, dénonçant ouvertement les contradictions politiques de Nairobi. Et ce fut alors une pluie de trahisons.
Le 17 décembre 2023, en pleine journée, à Nairobi, Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, et Bertrand Bisimwa, chef politique du M23, tinrent une conférence de presse pour annoncer, tranquillement, leur volonté de renverser le gouvernement légitime de la RDC.
C’est comme si des opposants radicaux à Emmanuel Macron organisaient un point presse à la Maison Blanche pour dire : « Nous allons renverser la République française ». Mais William Ruto, lui, trouva cela normal. Il déclara, sans ciller : « On ne peut pas interdire cette conférence parce que le Kenya est un pays démocratique. »
Le Karma, ce vieux chien fidèle
On dit souvent que le karma, c’est comme une carte SIM prépayée : tôt ou tard, il te rappelle à l’ordre avec ton propre crédit. En d’autres termes, tout ce que l’on envoie dans l’univers revient, chargé, amplifié.
Aujourd’hui, c’est Ruto lui-même qui est rattrapé. La rue kényane est en feu. La jeunesse, trahie, révoltée, descend massivement pour réclamer sa démocratie confisquée. Le même homme qui se vantait de garantir les libertés civiles bâillonne maintenant les médias, fait tirer sur les manifestants et réprime à tour de bras. Le Kenya, jadis modèle démocratique, devient le théâtre d’un autoritarisme rampant.
Ruto ne s’est pas arrêté au Congo. Il est aujourd’hui accusé d’avoir fourni des armes à des milices au Soudan, dans le but de déstabiliser un gouvernement légitime. Exactement le même schéma qu’en RDC. Le président kényan viole sans complexe la charte même de l’EAC, soutient des groupes armés, et défend des causes qui alimentent les conflits plutôt que de les résoudre. En se rangeant aux côtés de Paul Kagame, ce vieux dictateur rwandais aux mains pleines de sang, William Ruto a trahi son peuple, son pays et l’idéal panafricain.
Aujourd’hui, le Kenya paie le prix de ces compromissions. Ruto voulait jouer aux stratèges régionaux. Il récolte désormais le feu de sa propre jeunesse. Ce peuple qui croyait au renouveau, au progrès, au panafricanisme. Ce peuple qui refuse désormais de voir son avenir échangé contre des deals obscurs et des alliances criminelles.
La jeunesse kényane a compris : il ne s’agit plus seulement de protester contre la vie chère. Il s’agit de récupérer une démocratie confisquée, de chasser un régime qui pactise avec les dictateurs, au prix de la stabilité du continent tout entier.
Et dans ce combat, les Congolais observent. Avec douleur. Mais aussi avec lucidité. Parce que les peuples se parlent. Les trahisons se savent. Et l’Histoire, elle, n’oublie jamais.
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Litsani Choukran,
Le Fondé.