Dossiers spéciaux M23/AFC : entre Nangaa, Makenga et Kigali, les trois fractures qui minent l’agression rwandaise
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M23/AFC : entre Nangaa, Makenga et Kigali, les trois fractures qui minent l’agression rwandaise

On parle de « rébellion ». Le mot est trompeur : dès lors que Kigali arme et commande, c'est une agression d'État déguisée. Et même cet instrument est fracturé : les experts de l'ONU en documentent trois fractures. Grand angle.

M23/AFC : entre Nangaa, Makenga et Kigali, les trois fractures qui minent l’agression rwandaise
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 01:45 WAT · 5 min de lecture

Une scène résume tout. En mai 2025, à Goma, quand l’ancien président Joseph Kabila arrive dans la ville occupée, le chef militaire du M23, Sultani Makenga, est, selon les experts des Nations unies, désarmé par les gardes de Kabila et contraint d’attendre plusieurs heures dans une cour, tandis que le chef politique de l’Alliance Fleuve Congo, Corneille Nangaa, est reçu sans délai. On parle volontiers de « rébellion » pour décrire l’AFC/M23. Le mot est trompeur. Dès lors que Kigali arme, encadre et commande le mouvement, comme le documentent les experts de l’ONU, il ne s’agit pas d’une insurrection congolaise autonome mais d’une agression d’État déguisée. Et même cet instrument-là n’est pas un bloc : le dernier rapport de l’ONU, comme les travaux du Congo Research Group, en documentent trois fractures qui le traversent et le fragilisent.

Les trois fractures de l’agression AFC/M23

  • Le mouvement et son parrain : une dépendance au Rwanda que les experts de l’ONU documentent, et des griefs internes sur le traitement de faveur réservé aux officiers tutsi.
  • Entre les chefs militaires : des rivalités personnelles et des divergences de stratégie au sommet de l’appareil armé.
  • L’aile politique et l’aile militaire : l’AFC de Nangaa, aux ambitions nationales, contre le M23 de Makenga, tourné vers la consolidation à l’Est.

La ligne de faille la plus visible oppose deux hommes et deux projets. Corneille Nangaa, ancien président de la commission électorale passé à la sécession armée, affiche des ambitions nationales et ne cache pas son but, renverser le pouvoir de Kinshasa. Sultani Makenga, lui, veut d’abord consolider le contrôle territorial dans les Kivus et, avec la plupart des cadres du M23, s’oppose à toute opération militaire au-delà du Nord et du Sud-Kivu. Cette divergence n’est pas de tempérament, elle est de nature : l’un rêve d’un pays, l’autre défend une conquête, et un mouvement ne peut pas courir longtemps dans deux directions à la fois.

Le facteur Kabila a rouvert cette plaie plus qu’il ne l’a refermée. L’arrivée de l’ancien président dans l’Est a rebattu les cartes du commandement politique, au point que Corneille Nangaa s’est récemment dit prêt à lui céder la tête de l’AFC/M23, expliquant que Kabila « a toujours été notre chef ». Ce recul apparent du fondateur de l’Alliance en dit long sur la lutte de pouvoir au sommet : la façade d’un commandement uni cache une compétition permanente pour savoir qui parlera au nom de la coalition, et à quelle fin.

Un mouvement qui n’est pas maître chez lui

La deuxième fracture est celle qui achève de trahir la nature du dossier, car elle oppose l’instrument à son commanditaire. Les experts de l’ONU documentent de longue date le commandement rwandais qui structure le M23, et cette tutelle nourrit des griefs internes. Des sources rapportent le ressentiment de certains combattants face au traitement de faveur accordé aux officiers et aux hommes tutsi, signe que la troupe n’est pas la famille homogène que la propagande décrit. Surtout, un mouvement dont la logistique, le renseignement et l’artillerie dépendent d’un État voisin n’est pas libre de ses choix : sa stratégie se décide en partie ailleurs, et le projet politique qu’on lui prête, celui d’une « République fédérale » taillée pour la balkanisation de l’Est, porte selon l’ONU la marque de Kigali autant que celle des hommes qu’il envoie au front. On ne dirige pas seul une guerre que l’on ne finance pas seul, et c’est bien là la définition d’un proxy, non d’une rébellion.

La guerre est aussi un commerce, et le butin divise

La troisième fracture est la plus prosaïque, et peut-être la plus corrosive. L’occupant vit du sous-sol qu’il tient. Les mines de coltan de Rubaya, qui fournissent une part importante du tantale mondial, sont sous son contrôle, et l’administration parallèle qu’il y a installée taxe le minerai, prélevant plusieurs centaines de milliers de dollars par mois, dont une partie remonte, selon les enquêtes, jusqu’à Kigali. Là où il y a de l’argent, il y a des rivalités : les cadres se disputent l’accès aux ressources et leur répartition, et ce butin qui devrait souder l’appareil l’oppose à lui-même. Ce n’est pas un hasard si des centaines de combattants se sont rendus en quelques semaines, signe que l’adhésion tient parfois moins à une cause qu’à une solde, et qu’elle vacille quand le partage se grippe.

Que révèlent, au fond, ces trois lignes de faille ? Que l’unité de l’AFC/M23 est empruntée, non organique. Elle tient par le parrainage rwandais qui l’arme, par le minerai qui la finance et par la peur qui la discipline, pas par un projet partagé ni une chaîne de commandement claire. Ce n’est pas une rébellion qui se divise, c’est une agression dont l’instrument local se fissure, et la nuance n’est pas qu’un jeu de mots : elle dit où se trouve la vraie responsabilité. Cette fragilité n’annonce pas un effondrement immédiat, et il serait imprudent de la confondre avec une victoire. Mais elle change la lecture du conflit : en face, il n’y a pas un adversaire congolais uni, il y a un proxy traversé d’intérêts contraires, et c’est peut-être dans ces failles, autant que sur le champ de bataille, que se jouera l’issue.

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B
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