Loi référendaire: le mirage d’un consensus national!
Sous le vernis technique d’une « harmonisation » législative, le pouvoir tente de rassurer. Devant l’Union sacrée samedi, Félix Tshisekedi a annoncé l’équipe du dialogue, écarté tout mandat supplémentaire et traite Joseph Kabila de « peureux ». Mais la quête d’un texte « unifié » sonne creux face à un hémicycle fracturé. Les sénateurs héritent d’une lourde responsabilité historique.
Loi référendaire: le mirage d’un consensus national!
AFP
L’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi portant modalités d’organisation du référendum marque un tournant aussi prévisible qu’inquiétant dans le paysage politique de la République Démocratique du Congo. Sous le vernis technique d’une « harmonisation » législative menée par la commission politique administrative juridique, le pouvoir en place tente de rassurer : rien ne changerait sur le fond, le référendum restant confiné aux strictes balises constitutionnelles comme la cession de territoire ou la révision des institutions. Pourtant, cette quête affichée d’un texte « unifié » sonne creux face à la réalité d’un hémicycle fracturé et d’une nation profondément divisée.
En politique, le timing est une déclaration d’intention. Choisir ce moment précis pour accélérer un tel dispositif légal, alors que l’Est du pays est mis à feu et à sang par des conflits armés persistants et étouffé par un état de siège interminable, relève au mieux d’une déconnexion des priorités, au pire d’un agenda caché.
L’opposition, à l’instar du groupe parlementaire Ensemble dirigé par Christian Mwando, ne s’y est pas trompée en dénonçant un « passage en force ». En claquant la porte de l’hémicycle, une partie des élus a mis en lumière l’absence flagrante de compromis républicain. Comment envisager un dialogue national sincère, pourtant indispensable pour cimenter la cohésion nationale face aux agressions extérieures, quand le régime choisit la voie de la verticalité législative ?
Le chef de l’État a pourtant parlé. Samedi, devant cette même Union sacrée, Félix Tshisekedi a annoncé la mise en place dès cette semaine de l’équipe chargée de préparer le dialogue national, six semaines après l’ordonnance qui l’institue, et écarté toute intention d’aller au-delà de son mandat constitutionnel. Il a demandé à ses élus d’en expliquer le processus à leurs électeurs. La réunion s’est tenue à huis clos et la présidence n’a diffusé ni communiqué ni transcription : ces propos sont rapportés par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, qui cite une source présente.
Voilà une parole qui devrait suffire à dissiper le soupçon. Elle n’y suffit pas, et pour une raison simple : on ne rassure pas sur la durée des mandats en accélérant au même moment l’outil qui permettrait d’y toucher. Une promesse verbale n’est pas un verrou juridique, et c’est précisément un verrou que le Sénat a le pouvoir d’écrire.
Le même jour, le président de la République a porté contre son prédécesseur sa charge la plus directe depuis que Joseph Kabila a pris, le 12 octobre à Goma, la tête du Front pour la refondation de la nation. « Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux », a-t-il déclaré, estimant que l’ancien chef de l’État a été « contraint de sortir du bois sous la pression pour donner la coloration congolaise à cette agression », et que Paul Kagame a pris trente ans d’avance sur la RDC en la diabolisant dans toutes les capitales du monde.
Ce diagnostic est celui d’un pays agressé de l’extérieur et trahi de l’intérieur. Il appelle exactement le contraire d’un texte emporté dans un hémicycle vidé. Quand un chef d’État affirme que son prédécesseur a retourné les armes contre la nation, il a besoin de tous les Congolais qui ne l’ont pas fait, y compris de ceux qui ont claqué la porte vendredi.
Les craintes exprimées par la société civile et des députés indépendants comme Nicolas Iracan résonnent avec une acuité particulière. Ouvrir la boîte de Pandore du référendum dans le contexte congolais actuel fait peser le risque d’une modification constitutionnelle « sans limite ». L’histoire récente de la région nous enseigne que ces réformes, initialement présentées comme de simples ajustements techniques, se transforment souvent en outils de déverrouillage des mandats ou de refondation des règles du jeu au profit exclusif du pouvoir établi.
Jean-Claude Katende, de l’ASADHO, résume le sentiment général d’une partie de la population : le régime de Félix Tshisekedi semble persévérer dans une direction qui privilégie la survie politique à la stabilité institutionnelle.
La proposition de loi vogue désormais vers le Sénat pour une seconde lecture. Les sénateurs héritent d’une lourde responsabilité historique : être la chambre de tempérance et de sagesse capable de freiner cette course effrénée. La RDC n’a pas besoin d’un énième triomphalisme arithmétique au Parlement, mais d’une paix durable et d’un consensus inclusif.
Persister dans cette démarche unilatérale, c’est fragiliser un édifice démocratique déjà chancelant. Pour éviter que le pays ne sombre dans de nouvelles crises de légitimité, le pouvoir doit impérativement prêter l’oreille aux alertes de l’opposition et de la société civile, sous peine de voir le rêve d’unité nationale se briser définitivement sur l’autel des ambitions partisanes.
Christian Okende
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