Politique Dialogue en RDC : l’inclusivité se joue avant même la première séance
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Dialogue en RDC : l’inclusivité se joue avant même la première séance

Conditions d'entrée du pouvoir, préalables de l'opposition, groupes armés sans statut, ordonnance signée par le seul président : avant la première séance, c'est la définition même de l'inclusivité qui se négocie déjà.

Dialogue en RDC : l’inclusivité se joue avant même la première séance
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 JUILLET 2026 - 04:26 WAT · 5 min de lecture

Le mot est dans toutes les bouches, et il ne veut pas dire la même chose selon celui qui le prononce. En annonçant, le 17 juillet, un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain », Félix Tshisekedi a posé un principe que personne ne conteste. Mais dès le lendemain, en cadrant le processus, le pouvoir a commencé à en dessiner les bornes. Et l’opposition à en poser d’autres. Avant que la moindre séance ne s’ouvre, avant même que l’ordonnance présidentielle ne soit signée, c’est la définition de l’inclusivité qui se négocie déjà, et elle se négocie par des conditions.

La première vient du gouvernement. Pour son porte-parole, Patrick Muyaya, le dialogue n’est pas une porte ouverte à tous : il suppose un préalable, celui de nommer l’agresseur. « Il faudrait que les Congolais qui viendront dans ces discussions n’aient pas d’ambiguïté ; qu’ils démontrent, par leur déclaration pour certains, qu’ils coupent le lien avec celui qui est le bourreau, le Rwanda », a-t-il déclaré. Dans cette logique, la table doit servir à bâtir un « bloc national » face à l’agression, et n’a pas vocation à accueillir ceux que le pouvoir range du côté de l’ennemi, les « supplétifs ». Le président a, lui, fermé une autre porte : celle de la révision constitutionnelle, exclue du champ des discussions, qui devront se tenir « dans le respect des institutions ».

Cette exigence a une part de légitimité que peu contestent en RDC : l’agression rwandaise et le soutien de Kigali à l’AFC/M23 sont documentés par les rapports des Nations unies, et faire front commun contre elle relève de la cohésion nationale. Mais posée comme critère d’entrée, elle devient aussi autre chose : un filtre. Car c’est le pouvoir qui décide qui a « coupé le lien » et qui ne l’a pas fait, qui condamne comme il se doit et qui reste dans l’« ambiguïté ». Muyaya a d’ailleurs reproché à la CENCO et à l’ECC d’avoir donné, après leur visite à Goma, « l’impression d’être tolérantes » à l’égard de ce qui s’y passe. Quand la condition d’accès dépend de l’appréciation d’une partie, ses détracteurs objectent que l’inclusivité cesse d’être une règle pour devenir une décision.

À ce cadrage, l’opposition oppose ses propres préalables. La Coalition Article 64, qui a reporté sa marche du 22 juillet tout en fixant un ultimatum au 15 août, ne réclame pas seulement d’être invitée : elle pose des conditions de fond. La libération des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites judiciaires à caractère politique, le respect effectif des libertés publiques. Autant de « mesures de confiance et de décrispation » sans lesquelles, estime-t-elle, un dialogue ne peut être ni libre ni sincère. Là où le pouvoir conditionne l’entrée à une déclaration, l’opposition conditionne sa venue à des gestes.

Entre les deux, un espace reste vide, et il est peut-être le plus lourd : celui des groupes armés. Le dialogue est présenté comme le volet interne d’un règlement dont la dimension militaire se traite ailleurs, à Washington et à Doha. Mais aucune parole officielle n’a tranché la question de savoir si l’AFC/M23 de Corneille Nangaa, ou les figures que les Églises rangent sous la « décrispation », dont l’ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par contumace et qui conteste ce verdict, seront consultés, associés, ou tenus à l’écart. Un dialogue qui se dit de cohésion nationale peut-il ignorer ceux qui tiennent les armes à l’Est ? La question n’a pas de réponse, et son silence pèse déjà sur le sens du mot « inclusif ».

Le contexte, lui, ne desserre pas l’étreinte. Les combats ont repris dans les hauts plateaux du Sud-Kivu entre les FARDC et l’AFC/M23 ; l’épidémie d’Ebola reste active dans l’Est ; et les poursuites contre des opposants n’ont pas cessé au moment où le pouvoir appelle au rassemblement. Cette simultanéité nourrit la méfiance de ceux qui doutent de la décrispation, dont les signes concrets se font attendre.

Reste une question de procédure qui les surplombe : qui fixe les règles ? Les critères de participation seront arrêtés par une ordonnance présidentielle, un texte que le chef de l’État signe seul. Ni facilitateur neutre, ni instance paritaire n’arbitre, pour l’heure, la composition de la table. Celui qui convoque est aussi celui qui décide qui vient. C’est la marque des dialogues congolais depuis Sun City, et c’est ce qui, à chaque fois, a permis à la partie adverse de contester leur inclusivité avant même de s’y asseoir.

Rien n’est encore joué : l’ordonnance peut élargir autant que restreindre, et les médiateurs religieux disposent d’un crédit pour peser. Mais le calendrier a son enseignement. Avant la première poignée de main, deux camps ont déjà posé leurs conditions, un troisième ensemble d’acteurs reste sans statut, et c’est une seule main qui tiendra le stylo. L’inclusivité d’un dialogue ne se mesure pas le jour de son ouverture. Elle se décide dans les jours qui la précèdent, et ces jours-là ont commencé.

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B
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