Politique En RDC, la C64 ou une tour de Babel face à Félix Tshisekedi
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En RDC, la C64 ou une tour de Babel face à Félix Tshisekedi

La C64 paraît unie contre le changement de Constitution. Mais derrière le « non » commun, quatre agendas s'excluent : les urnes de Fayulu, la présidentielle de Katumbi, le soulèvement voulu par le camp Kabila, le dialogue de l'Église. Bujumbura a révélé les fractures.

En RDC, la C64 ou une tour de Babel face à Félix Tshisekedi
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 6 JUILLET 2026 - 11:22 WAT · 5 min de lecture

Sur le papier, l’opposition congolaise n’a jamais paru aussi unie. Un même sigle, un même adversaire. Mais l’épisode de Bujumbura vient de rappeler que cette union tient à un seul mot, et que ce mot est un « non ».

La coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, la C64, aligne des noms qui, hier encore, ne se parlaient pas. Martin Fayulu et son ECiDé, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Ensemble, Augustin Matata et sa Ligue des démocrates, Delly Sesanga et Envol. Autour, les mouvements citoyens LUCHA et Filimbi, des composantes des Églises catholique et protestante, et le soutien affiché de la plateforme « Sauvons le Congo » de l’ancien président Joseph Kabila. Un front large, soudé par un objectif commun : empêcher la révision de la Constitution qui ouvrirait à Félix Tshisekedi la voie d’un maintien au pouvoir au-delà de son second mandat.

Ce qui les rassemble est un refus. Ce qui les sépare, ce sont les lendemains. Car derrière la même banderole, au moins quatre projets cohabitent, et ils ne mènent pas au même endroit.

Le premier est électoral, et c’est celui de Martin Fayulu. L’homme se veut le gardien d’une pureté constitutionnelle sans marchandage. « La finalité de notre démarche, de notre engagement, de notre combat, c’est que la loi fondamentale soit respectée. Et qu’en deux-mille-vingt-huit, Tshisekedi avec ses deux mandats usurpés, il part », a-t-il résumé. Fayulu refuse tout dialogue « pour les postes ». Son horizon est une échéance, 2028, et une urne.

Le deuxième est une ambition présidentielle, et c’est celle de Moïse Katumbi. Le patron d’Ensemble prépare depuis des années sa candidature au scrutin de 2028. Pour lui, la défense de la Constitution et la neutralisation d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi ne sont pas qu’un principe : ce sont les conditions d’une course qu’il compte disputer. Tout levier qui écarte le président sortant sert aussi son calendrier.

Le troisième projet est d’une autre nature, et c’est là que le front se fissure vraiment. La plateforme de Joseph Kabila soutient la C64, mais son horizon n’est pas une élection. Selon un rapport du Groupe d’experts des Nations unies publié le 2 juillet, « Sauvons la RDC » a appelé à un « soulèvement populaire » dont les objectifs « correspondaient » à ceux de l’AFC/M23, et l’ancien chef de l’État s’est rendu à plusieurs reprises, depuis mai 2025, dans des zones tenues par la rébellion. Un allié qui vise le renversement, quand ses partenaires visent un bulletin, ne combat pas la même guerre. Le paradoxe traverse jusqu’au même label : José Makila, cadre de « Sauvons le Congo » et ancien gouverneur de l’Équateur, plaide, lui, pour une CENI indépendante et des élections en 2028, l’exact contraire d’une insurrection.

Le quatrième projet est celui des Églises, et il ne se laisse enrôler par personne. La Conférence épiscopale et l’Église du Christ au Congo poussent leur propre feuille de route, un dialogue national inclusif assorti de justice transitionnelle. Le cardinal Fridolin Ambongo a jugé le changement de Constitution sans « nécessité, ni urgence, ni opportunité », mais il a aussi prévenu que « toute initiative qui se limite à des arrangements entre politiciens est vouée à l’échec et provoquera d’autres crises ». Autrement dit, l’Église refuse à la fois le projet du pouvoir et un simple partage de postes entre opposants. Elle n’est pas la piétaille d’une marche ; elle veut tenir le stylo.

Bujumbura a mis ces quatre logiques à l’épreuve, et les a révélées. Invités par le président burundais Évariste Ndayishimiye, Fayulu, Sesanga et Kabund ont fait le déplacement, quitte à reporter du 8 au 22 juillet la marche vers le Palais de la Nation. Fayulu a balayé la question de la légitimité du médiateur : « Ça, ça ne nous regarde pas. Ce qui nous regarde, c’est qu’il est président en exercice de l’Union africaine. » Makila, lui, a refusé, dénonçant un « piège » et un médiateur « partie intégrante du conflit ». Le camp Kabila, de son côté, affirme n’avoir pas été formellement saisi. Une même invitation, trois réponses, et déjà trois stratégies à nu.

Le pouvoir a compris l’aubaine. Sa parade consiste précisément à pointer le maillon rebelle de la coalition. Par la voix de Peter Kazadi, l’Union sacrée a accusé la C64 de servir de couverture au « projet de Kigali », en s’appuyant sur les liens que l’ONU établit entre l’entourage de Joseph Kabila et l’AFC/M23. L’argument fait d’une pierre deux coups : il disqualifie l’opposition dans l’opinion et il attise sa ligne de faille interne, entre ceux qui veulent des urnes et ceux qu’on soupçonne de vouloir la rue armée. L’invitation d’un chef d’État lui-même belligérant, à Bujumbura, achève de brouiller les cartes.

Rien, à ce stade, n’a rompu. La C64 reste formellement unie contre la révision constitutionnelle, et ses composantes répètent qu’aucune divergence de méthode n’entame le fond. Le lien qu’établit l’ONU entre Joseph Kabila et la rébellion demeure une conclusion d’experts, contestée par l’intéressé. Et Fayulu jure qu’un report de marche n’est pas un recul, rappelant les mobilisations des 19 mai, 3 et 12 juin.

Reste une mécanique simple. Une coalition qui n’existe que par un refus survit tant qu’on ne lui demande rien d’autre que de refuser. Le jour où il faudra dire oui à quelque chose, un dialogue, un candidat unique, une forme de transition, chacun devra choisir entre l’urne de Fayulu, la présidentielle de Katumbi, le soulèvement prêté au camp Kabila et le dialogue de l’Église. Bujumbura n’a pas fait imploser l’opposition. Il a seulement montré où passeront les fractures, le jour venu.

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B
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