Évasion massive et impunité : Firmin Mvonde sonne l’alarme sur les dérives du système carcéral congolais
Le procureur général près la cour de cassation Firmin Mvonde
AFP
C’est une alerte judiciaire d’une extrême gravité. Le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a adressé une instruction ferme, datée du 13 juin 2025, à l’ensemble des Procureurs généraux près les Cours d’appel de la République. Il y dénonce la présence alarmante dans la nature de nombreux détenus, condamnés ou en détention préventive, qui se seraient illégalement soustraits à leur incarcération.
Parmi les lieux pointés du doigt, le Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK) est particulièrement visé. De nombreux fugitifs seraient issus de cet établissement, souvent surnommé « Makala ». Les individus en question seraient poursuivis pour des infractions graves : meurtres, tortures, atteintes à la sûreté de l’État, vols à main armée, notamment les tristement célèbres « Kuluna ».
Dans sa correspondance confidentielle référencée N/D.021/437/PGCCAS/MVM/2025, le Procureur général exhorte les parquets à « intensifier les recherches » de ces personnes en fuite, à les « replacer sous les liens de la détention » et à les poursuivre pour évasion. Il exige par ailleurs que lui soient transmis des rapports détaillés sur les cas traités, afin d’établir un tableau clair des responsabilités et de tirer les « conséquences de droit ».
La circulaire a également été transmise pour information aux plus hauts responsables sécuritaires du pays, dont le Commissaire général de la Police nationale congolaise, l’Administrateur général de l’Agence nationale de renseignements (ANR) et l’Inspecteur général de la Police judiciaire des parquets, tous à Kinshasa/Gombe.
Cette sortie du Procureur général intervient dans un contexte de méfiance croissante envers l’administration pénitentiaire congolaise, régulièrement pointée du doigt pour des cas de corruption, de complicité passive ou active dans les évasions, et de graves dysfonctionnements dans la sécurisation des prisons.
Cela s’était passé dans la nuit du 1er au 2 septembre 2024. Ce soir-là, la prison centrale de Makala à Kinshasa avait été le théâtre d’une tentative d’évasion d’une ampleur inédite, qui s’était soldée par un véritable carnage. Ce centre pénitentiaire, le plus grand du pays, avait sombré dans une nuit de chaos, alimentée par une coupure d’électricité, des cris, des tirs, et une panique généralisée.
Des dizaines de détenus avaient tenté de forcer les grilles, profitant de l’obscurité, tandis que des coups de feu retentissaient. Selon des sources internes et des vidéos relayées sur les réseaux sociaux, une violente répression s’était abattue sur les prisonniers, entraînant un bilan humain dramatique.
Alors que les autorités avaient, dans un premier temps, évoqué deux morts seulement, les témoignages concordants de détenus, d’ONG et de familles avaient rapidement établi une vérité plus sombre : au moins 129 personnes avaient perdu la vie, certaines par balles, d’autres piétinées, étouffées ou brûlées lors des incendies provoqués pendant la tentative d’évasion. Des cas de viols sur des détenues avaient également été rapportés.
Officiellement, les autorités avaient nié toute évasion, mais plusieurs sources faisaient état de plusieurs dizaines, voire des centaines d’évadés. Le climat de suspicion avait été renforcé par la surpopulation extrême de la prison : construite pour accueillir 1 500 personnes, Makala hébergeait alors près de 15 000 détenus.
Face à l’ampleur du drame, le gouvernement avait promis une enquête, tout en suspendant temporairement les transferts vers la prison. Des voix s’étaient élevées, notamment celles des organisations de défense des droits de l’homme, pour dénoncer un usage excessif de la force et réclamer des investigations indépendantes.
Dans les jours qui avaient suivi, le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, avait ordonné une recherche active de tous les détenus évadés, en instruisant les parquets généraux de les appréhender et de les remettre sous les verrous, tout en exigeant des rapports circonstanciés sur chaque cas.
Aujourd’hui, plusieurs mois après les faits, l’onde de choc de cette nuit tragique continue de se faire sentir, relançant les débats sur la gestion pénitentiaire, les conditions de détention inhumaines et la nécessité urgente de réformer en profondeur le système carcéral en République démocratique du Congo.
Gilbert N.
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