FDLR regroupés à Kitona : Tshisekedi accuse Kagame d’avoir menacé un chef d’État prêt à les accueillir
Devant la diaspora congolaise en Russie le 30 octobre 2026, le chef de l’État a annoncé que Kinshasa regroupe les combattants FDLR sur la base de Kitona, dans le Kongo-Central, à la demande des Américains, en attendant leur transfert ou leur retour volontaire. Il affirme qu’un président africain prêt à en accueillir a été menacé par Paul Kagame, et s’en prend à Joseph Kabila.
De gauche à droite, Félix Tshisekedi, Donald Trump et Paul Kagame, dans le Bureau ovale à Washington avant la signature de l’accord de paix | ©️ Présidence RDC.
AFP
La République démocratique du Congo a commencé à regrouper les combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda sur la base de Kitona, dans le Kongo-Central, a déclaré Félix Tshisekedi le 30 octobre 2026 devant la diaspora congolaise en Russie. L’opération se fait « à la demande insistante des Américains », selon le chef de l’État, dans l’attente d’un transfert vers des pays d’accueil ou d’un retour volontaire au Rwanda.
Kitona, à près de 2 000 kilomètres des Kivus
Le choix du site n’est pas anodin. Kitona se trouve à l’autre extrémité du pays, sur la façade atlantique, à près de 2 000 kilomètres à vol d’oiseau des Kivus où les FDLR opèrent depuis trois décennies. La base y est un centre d’instruction des Forces armées congolaises, qui a reçu en octobre une école de camp. Regrouper ces combattants là les éloigne de la frontière rwandaise et de leurs zones de recrutement.
Un plan finalisé en Allemagne huit jours plus tôt
La mention des Américains renvoie à une séquence précise. Du 20 au 22 octobre, les États-Unis ont réuni à Garmisch, en Allemagne, des planificateurs militaires congolais et rwandais pour finaliser un plan de neutralisation des FDLR. Le regroupement annoncé par le chef de l’État en est la traduction sur le terrain.
Le gouvernement congolais fait état, dans son communiqué du 28 octobre, de plus de 800 redditions de combattants FDLR depuis janvier 2025, et exige en contrepartie un retrait rwandais sans conditions préalables. La même semaine, Washington sanctionnait le ministère rwandais de la Défense et le bras financier de son armée pour leur soutien au M23.
« Un prétexte », et des combattants vieillissants
Félix Tshisekedi a qualifié la question des FDLR de « prétexte » utilisé par le Rwanda, soulignant que ces combattants sont aujourd’hui vieillissants. L’argument est au cœur du différend : Kigali justifie sa présence dans l’est congolais par la menace que représenteraient ces hommes, dont le noyau remonte au génocide de 1994, et Kinshasa présente ses démarches sur les FDLR dans chaque enceinte régionale pour faire tomber cette justification.
Un chef d’État africain menacé, selon le président congolais
Le chef de l’État a affirmé qu’un président africain, qu’il n’a pas nommé, avait accepté d’accueillir une partie de ces combattants sur son territoire, avant que Paul Kagame ne se rende auprès de lui pour le menacer et lui interdire d’aider la RDC.
L’accusation est grave et reste, à ce stade, la parole d’un chef d’État contre un autre. Aucun nom, aucune date, aucun lieu n’ont été donnés. Ni Kigali ni le pays concerné n’ont réagi au moment de la publication. Elle désigne néanmoins le point de blocage du dispositif annoncé : un plan de transfert vers des pays tiers suppose des pays tiers qui acceptent.
Les attaques contre Joseph Kabila
Dans le même échange, Félix Tshisekedi s’en est pris à son prédécesseur, qu’il accuse d’avoir détruit le système de sécurité et de défense du pays. Il a rapporté une confidence que Joseph Kabila lui aurait faite au temps de leur coalition, l’ancien président lui ayant alors dit ne pas aimer les Rwandais, qu’il accusait d’avoir tué son père Laurent-Désiré Kabila. Le chef de l’État a enfin décrit son prédécesseur comme « aujourd’hui multimilliardaire, alors que nous savons comment il était arrivé ».
Aucun élément n’a été produit à l’appui de ces trois affirmations, et Joseph Kabila n’a pas répondu. Elles prolongent une séquence : le porte-parole du gouvernement avait déclaré le 20 octobre que l’ancien président était « venu officialiser la guerre contre le peuple », et le chef de l’État a posé le même jour, à Moscou, une condition d’entrée au dialogue national visant ceux qui n’auraient pas rompu avec Kigali.
Sur l’état du rapport de force, le président estime que la menace reste forte, mais que « l’ennemi rwandais » serait sérieusement en difficulté sous l’effet des sanctions et d’une situation qui se complique sur le terrain.
Rédaction
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