À Goma occupée, la rue a scandé « Fatshi Béton » pour les Léopards
Sous l'occupation du M23, Goma a célébré la qualification des Léopards en scandant « Fatshi Béton ». Récit d'une nuit où une ville quadrillée par les armes s'est muée en tribune du Congo debout.
Quand l’arbitre a sifflé la fin de RDC-Ouzbékistan, Goma n’a pas attendu la permission de personne pour exploser. Dans une ville tenue depuis janvier 2025 par le M23 et, selon les experts de l’ONU et Kinshasa, par les forces rwandaises qui le soutiennent, des habitants ont quitté leurs maisons pour envahir les avenues. Au rond-point des Signers, dans le quartier Katindo, le long du boulevard Kanyamuhanga, les klaxons et les chants ont pris le dessus sur la peur.
Un cri est monté, repris de rue en rue : « Fatshi Béton », du surnom du président Félix Tshisekedi. Sous l’occupation, célébrer une équipe de football devenait un geste politique. « Les Congolais ont bravé la peur pour célébrer la victoire des Léopards en face des rebelles du M23 », a écrit le journaliste Daniel Michombero. « « Fatshi Béton », scandaient-ils, comme pour affirmer qu’il est impossible de diviser la RDC. »
La scène, rapportée par plusieurs témoins et par la presse, avait quelque chose d’un défi collectif. Goma, capitale du Nord-Kivu, et Bukavu, au Sud, comptent plusieurs millions d’habitants et vivent depuis plus d’un an sous la coupe de la rébellion, dans une région qui reste l’une des plus graves crises de déplacement du continent. Et pourtant, le temps d’une nuit, le maillot des Léopards a transformé des rues quadrillées par des hommes en armes en tribune à ciel ouvert.
Les responsables congolais y ont vu un symbole. « Goma et Bukavu restent sous occupation », a écrit la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner. « Mais le Congo reste un. Le Congo est debout. » L’ancien gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, devenu ministre, a salué « la joie de revoir le Béton arriver » et résumé l’instant à sa façon : « Quand le football devient l’unité de mesure de l’unité nationale. »
Toutes les images de cette nuit ne sont pourtant pas des images de joie. Une vidéo diffusée sur les réseaux par le compte @JohnNgombua1 affirme que des éléments du M23 ont arraché des drapeaux congolais et molesté des habitants en représailles. Cette accusation, qui émane d’une seule source, n’a pas pu être vérifiée de façon indépendante et reste à confirmer. Si elle l’était, elle rappellerait à quel point, à Goma, brandir ses couleurs demeure un risque.
Reste l’image d’une ville qui, sous occupation, a choisi de chanter. Les Léopards joueront l’Angleterre le 1er juillet, à des milliers de kilomètres de là. À Goma, on aura déjà gagné quelque chose cette nuit : le droit, le temps d’un match, de crier tout haut le nom du pays.