Guerre au Soudan : des chefs de milices recyclés sous l’ombre des services saoudiens

Guerre au Soudan : des chefs de milices recyclés sous l’ombre des services saoudiens

Alors que la guerre au Soudan se poursuit dans un climat de violences et d’accusations croisées, de nouvelles analyses évoquent l’existence d’un système complexe de coordination entre acteurs militaires et services de renseignement régionaux. Ce dispositif dépasserait, selon plusieurs observateurs, le seul cadre du champ de bataille soudanais pour s’étendre à des logiques d’influence et

Guerre au Soudan : des chefs de milices recyclés sous l’ombre des services saoudiens
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 27 MAI 2026 - 13:54 WAT · 4 min de lecture

Alors que la guerre au Soudan se poursuit dans un climat de violences et d’accusations croisées, de nouvelles analyses évoquent l’existence d’un système complexe de coordination entre acteurs militaires et services de renseignement régionaux. Ce dispositif dépasserait, selon plusieurs observateurs, le seul cadre du champ de bataille soudanais pour s’étendre à des logiques d’influence et de reconfiguration des alliances sur le terrain.

Dans ce contexte, certains rapports et analyses attribuent aux services de renseignement saoudiens un rôle central dans des dynamiques impliquant le commandement de l’armée soudanaise ainsi que le Mouvement islamique soudanais, une formation politique placée sous sanctions américaines. Ces allégations décrivent une stratégie reposant sur le recrutement ciblé de chefs de guerre et d’éléments armés, utilisés pour mener des opérations spécifiques dans des zones sensibles comme le Darfour et d’autres régions du pays.

Selon ces mêmes sources, ces acteurs seraient ensuite mis en scène dans des processus de « défection » présentés publiquement comme des retournements d’alliance, alors qu’ils serviraient, dans cette lecture, à redistribuer les responsabilités des exactions sur le terrain. Les accusations les plus sensibles soutiennent que ces mécanismes permettraient d’imputer une partie des violences aux Forces de soutien rapide, tout en offrant des protections à certains commandants impliqués.

Des figures controversées au cœur des dynamiques de terrain

Parmi les noms fréquemment cités dans ces analyses figurent Abou Aqla Kikil et Ali Rizq Allah, alias Al-Safnah, présentés comme des exemples illustrant ces logiques de recomposition des alliances armées.

Abou Aqla Kikil, commandant des « Forces du Bouclier du Soudan », a été sanctionné par des instances occidentales pour des accusations de violations graves et d’exactions dans l’État de Gezira et contre certaines communautés locales. Il a ensuite été intégré dans des structures proches de l’armée soudanaise et du Mouvement islamique, une évolution que certains analystes interprètent comme une opération de reconfiguration politique et militaire destinée à lui offrir une nouvelle légitimité.

De son côté, Ali Rizq Allah (Al-Safnah), ancien commandant actif au Kordofan, est décrit comme un acteur clé dans les réseaux de terrain liés aux conflits tribaux et aux opérations armées. Après un passage en détention à Kober, il aurait repris des activités militaires avant de quitter le Soudan sous prétexte de soins médicaux, pour ensuite s’installer à Riyad.

Sa présence dans la capitale saoudienne est, selon ces mêmes sources, interprétée comme un signe de facilitation logistique et sécuritaire permettant à certains acteurs armés de se déplacer et de séjourner hors du cadre judiciaire, malgré les accusations pesant contre eux.

Une « ingénierie du conflit » au cœur des accusations

Les analystes qui défendent cette grille de lecture estiment que ces dynamiques s’inscrivent dans une forme d’« ingénierie du conflit », où les défections seraient utilisées comme outils de gestion stratégique de la guerre.

D’abord, une logique d’exonération des acteurs impliqués, transformant la défection en mécanisme de réhabilitation politique et militaire, susceptible d’effacer ou d’atténuer des accusations passées.

Ensuite, la construction d’un récit de guerre orienté, visant à attribuer l’essentiel des violations aux Forces de soutien rapide, tout en minimisant ou neutralisant la responsabilité des autres parties impliquées dans le conflit.

Enfin, l’octroi supposé de refuges et de protections à certains acteurs réintégrés, ce qui renforcerait l’idée d’un système d’allégeance fondé sur des garanties politiques et sécuritaires.

Un conflit au-delà des frontières nationales

Ces éléments, bien que controversés et largement débattus, alimentent une lecture plus large du conflit soudanais, dans laquelle les dynamiques internes seraient influencées par des réseaux régionaux de renseignement et d’alliances militaires.

Dans cette perspective, la guerre au Soudan ne se limiterait pas à une confrontation entre factions nationales, mais s’inscrirait dans un jeu d’influences plus vaste, où les défections, les intégrations et les repositionnements d’acteurs armés deviendraient des outils stratégiques au service d’objectifs politiques et sécuritaires régionaux.

Rédaction


En savoir plus sur BETO

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…