Sécurité & Défense Le témoignage d’un déserteur expose le mécanisme d’enrôlement de réfugiés au Rwanda pour combattre en RDC

Le témoignage d’un déserteur expose le mécanisme d’enrôlement de réfugiés au Rwanda pour combattre en RDC

Extrait d’un camp de réfugiés avec 150 autres recrues, formé à Kigali puis intégré au M23, un déserteur révèle le recrutement organisé au Rwanda pour combattre en RDC.

Le témoignage d’un déserteur expose le mécanisme d’enrôlement de réfugiés au Rwanda pour combattre en RDC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 15:05 WAT · 3 min de lecture

Un nouveau témoignage vient étayer les accusations que la RDC et le Burundi portent contre le Rwanda. Le 31 juillet, la police nationale burundaise a présenté à la presse un ancien combattant, Clovis Ndayizeye, qui affirme avoir été recruté dans un camp de réfugiés au Rwanda, formé militairement près de Kigali, puis envoyé combattre dans l’est de la RDC dans des rangs contrôlés par le M23. Son récit recoupe ce que les experts des Nations unies ont déjà documenté.

Selon ses déclarations, Ndayizeye, originaire de Bujumbura, avait fui le Burundi en 2016 pour le camp de Mahama, au Rwanda. Il dit en avoir été extrait en juin 2026 avec d’autres réfugiés, conduit à Kigali et formé par des militaires rwandais, aux côtés d’anciens officiers burundais partis après la tentative de coup d’État de 2015. Le groupe, d’environ 150 recrues, aurait ensuite été transféré au Sud-Kivu pour intégrer le M23, avec un endoctrinement lié au mouvement rebelle RED-TABARA. Il affirme avoir déserté « après avoir constaté qu’il avait été trompé », avant d’être capturé par des combattants Wazalendo, remis à l’armée burundaise déployée dans l’Est, puis rapatrié.

Le gouvernement burundais y voit une confirmation. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, Pierre Nkurikiye, a déclaré que ces révélations corroborent des accusations formulées depuis des années, selon lesquelles des réfugiés burundais installés au Rwanda sont recrutés, entraînés et envoyés dans l’est de la RDC avec l’appui de militaires rwandais et d’anciens officiers burundais. Il a appelé les réfugiés à ne pas céder aux promesses de recrutement et invité les Burundais encore engagés dans les groupes armés à rentrer, assurant qu’ils seraient « accueillis sans représailles ».

Ce témoignage ne surgit pas de nulle part. Le Groupe d’experts de l’ONU a mis en cause le Rwanda pour l’enrôlement de réfugiés du camp de Mahama au profit de l’opposition armée burundaise, et il a établi de longue date le commandement et l’appui rwandais au M23, ainsi que la présence de milliers de soldats rwandais dans l’est de la RDC. Le récit de Ndayizeye s’inscrit dans ce faisceau, celui d’une déstabilisation régionale alimentée depuis Kigali, que Kinshasa dénonce comme une agression.

Le Rwanda rejette en bloc ces accusations, comme il l’a toujours fait. Mais leur répétition et leur convergence avec les constats onusiens en renforcent la portée. La présentation d’un témoin par une autorité partie au conflit appelle prudence, et le récit de Ndayizeye demande à être recoupé. Il rejoint néanmoins un ensemble de faits déjà documentés, quand la parole rwandaise, elle, se limite au démenti.

Pour Kinshasa comme pour Bujumbura, alliés face à Kigali, ce cas illustre une même réalité, celle d’une guerre dans l’Est nourrie de l’extérieur, où des hommes recrutés loin du front sont jetés dans un conflit qui n’est pas le leur. Le sort des quelque 150 recrues évoquées par le déserteur reste, lui, inconnu.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…