Sécurité & Défense « La mort était partout » : Human Rights Watch documente les crimes du M23 et de l’armée rwandaise

« La mort était partout » : Human Rights Watch documente les crimes du M23 et de l’armée rwandaise

« La mort était partout » : Human Rights Watch documente les crimes du M23 et de l’armée rwandaise
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 16 JUILLET 2026 - 12:34 WAT · 5 min de lecture

Des camps où l’on recrute de force, jusqu’à des enfants de douze ans, des exécutions sommaires par dizaines, des détentions arbitraires et des disparitions. C’est le tableau que dressent deux rapports récents de Human Rights Watch sur la conduite de l’AFC/M23 et des forces rwandaises dans l’est de la RDC. Fondés sur des centaines de témoignages, ils documentent des faits que l’organisation qualifie de crimes de guerre, et que le mouvement rebelle comme Kigali rejettent.

Le plus accablant, publié le 10 juin 2026 sous le titre « La mort était partout », repose sur les récits de 102 anciens détenus. Il décrit un système de recrutement forcé alimentant deux camps d’entraînement du Nord-Kivu, Rumangabo et Tshanzu. Les recrues, soldats congolais capturés, miliciens, policiers mais aussi civils, y étaient conduites par camions après avoir été raflées sur les routes, dans les hôpitaux, les églises ou les écoles. « Le M23, soutenu par le Rwanda, gère des camps d’entraînement où les recrues ont subi sévices et torture, parfois jusqu’à la mort », résume Clémentine de Montjoye, chercheuse à Human Rights Watch. Selon l’organisation, des centaines de personnes, peut-être davantage, seraient mortes des conditions de détention, des coups et des exécutions dans ces camps au cours de l’année 2025. À Kinshasa, HRW a rencontré à la prison de Makala trente-quatre détenus, dont quatorze enfants, recrutés de force puis remis aux forces congolaises.

Un second rapport, publié le 14 mai, se concentre sur la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, occupée par les rebelles entre décembre 2025 et janvier 2026. Human Rights Watch y a documenté 62 cas d’exécutions sommaires et d’homicides illégaux, huit viols et douze disparitions forcées, en précisant que ces chiffres ne représentent qu’une fraction du total. L’organisation avait auparavant établi qu’au moins vingt et un civils, très probablement bien davantage, avaient été exécutés sommairement à Goma en février 2025, dans les jours suivant la prise de la ville. Les journalistes et militants de la société civile ont eux aussi été visés, menacés, détenus au secret ou contraints à l’exil.

Le rôle du Rwanda est au cœur de ces constats. Les anciens détenus disent avoir reconnu des soldats rwandais lors des rafles et parmi les instructeurs des camps, à leurs uniformes, leur équipement et leur incapacité à parler français ou swahili. Pour Human Rights Watch, l’ampleur de la présence militaire rwandaise et son emprise sur les opérations du M23 atteignent le seuil juridique de l’occupation, ce qui pourrait engager la responsabilité pénale des responsables rwandais. Un constat qui rejoint celui de la mission d’établissement des faits de l’ONU, laquelle concluait en septembre 2025 que le M23 avait agi avec l’entraînement, le renseignement et le soutien opérationnel des forces rwandaises, et que « le Rwanda est responsable des violations directement commises par ses forces armées » sur le sol congolais.

Les mis en cause contestent. Human Rights Watch indique avoir écrit au chef du M23, Bertrand Bisimwa, au porte-parole de l’AFC, Lawrence Kanyuka, et au ministre rwandais de la Défense, sans recevoir de réponse. Le gouvernement rwandais a, de son côté, rejeté le rapport en le jugeant « sélectif » et en niant toute implication de son armée dans le recrutement forcé, les détentions ou les exécutions, affirmant qu’aucun enquêteur ne s’était rendu sur les lieux décrits. Aucune de ces accusations n’a, à ce stade, fait l’objet d’un jugement, et les qualifications de crimes de guerre sont celles des organisations de défense des droits humains et de l’ONU, non d’un tribunal.

L’honnêteté commande de rappeler que les abus ne sont pas le monopole d’un camp. La même mission onusienne a conclu que les forces armées congolaises et leurs supplétifs wazalendo avaient, eux aussi, commis des meurtres de civils, des viols et des pillages, les Wazalendo recrutant également des enfants. Les groupes armés comme l’ADF et la CODECO continuent, de leur côté, de massacrer des civils dans l’est. Toutes les parties au conflit, à des degrés et avec des responsabilités propres, sont mises en cause pour des violations graves.

Reste la question de la justice. Le procureur de la Cour pénale internationale a relancé fin 2024 son enquête sur les crimes commis au Nord-Kivu depuis 2022, sans se limiter à un camp. Le Conseil des droits de l’homme a créé une commission d’enquête, et les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise et plusieurs de ses commandants. Human Rights Watch réclame des poursuites, des sanctions supplémentaires et des chambres spécialisées au sein de la justice congolaise. « Il est déchirant d’assister, une nouvelle fois, à la déshumanisation des civils par ceux qui détiennent le pouvoir et manquent à leurs responsabilités », a déploré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk. Dans l’est de la RDC, les rapports s’accumulent, les fosses aussi, et la reddition de comptes, elle, reste à venir.

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B
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