RDC-Angola : à Dilolo-Luau, la soudure qui décidera du corridor de Lobito
Le corridor de Lobito, ce sont deux réseaux d'âges différents qui doivent se rejoindre à la frontière. Côté angolais les trains roulent depuis janvier 2024 ; côté congolais, la concession vient d'être signée.
RDC-Angola : à Dilolo-Luau, la soudure qui décidera du corridor de Lobito
AFP
Félix Tshisekedi a reçu le mercredi 26 août 2026 à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, son homologue angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, arrivé le matin même avec la Première dame Ana Afonso Dias Lourenço pour une visite de travail. Après un tête-à-tête élargi aux délégations, les deux chefs d’État ont assisté à la signature du contrat de concession ferroviaire du tronçon Dilolo-Sakania et de la convention de collaboration qui l’accompagne, conclus entre la RDC et Mota-Engil.
Félix Tshisekedi a refusé d’en faire un point d’arrivée, en visant les défis opérationnels de la frontière de Dilolo-Luau : « La signature intervenue aujourd’hui n’est pas un aboutissement. Elle marque le commencement d’une responsabilité commune. »
Deux moitiés de corridor, deux âges différents
Le corridor de Lobito n’est pas une ligne unique mais deux réseaux qui doivent se rejoindre. Du côté angolais, la section entre le port de Lobito et la ville frontalière de Luau mesure 1 289 kilomètres. Elle est concédée depuis le 8 novembre 2022, pour trente ans extensibles à cinquante, la remise officielle ayant eu lieu le 27 janvier 2023 à Lobito en présence de João Lourenço, Félix Tshisekedi et du président zambien Hakainde Hichilema.
Cette section roule déjà. L’exploitation commerciale a commencé en janvier 2024. Elle compte douze trains par semaine, un chiffre que le concessionnaire veut porter à vingt d’ici 2027. Le matériel déployé atteint 1 555 wagons et 35 locomotives, pour un effectif de 945 salariés en 2026, dont 97 % d’Angolais. Le financement de la modernisation a été bouclé en juillet 2026, à hauteur de 753 millions de dollars, dont 553 millions de prêt de la Société américaine de financement du développement et 200 millions de la Development Bank of Southern Africa.
Du côté congolais, tout commence. Les 1 004,5 kilomètres entre Dilolo et Sakania viennent seulement d’être concédés, et les 1,258 milliard de dollars annoncés couvrent d’abord les études, la réhabilitation et la modernisation d’une infrastructure qui n’a pas connu d’investissement de cette ampleur depuis des décennies. La concession court sur trente ans, au terme desquels les installations reviennent à l’État congolais.
Le point où les deux réseaux se touchent
Dilolo, dans le Lualaba, fait face à Luau, en Angola. C’est là que le rail congolais rencontre le rail angolais, et c’est de cette jonction que dépend la promesse du corridor. Un train chargé à Kolwezi ne rejoint l’Atlantique que si le passage frontalier suit, avec ses formalités douanières, ses contrôles et ses procédures de transfert.
Le concessionnaire décrit lui-même la fonction de charnière du tronçon congolais. Dans son communiqué au régulateur boursier portugais, Mota-Engil écrit que « cette concession permettra la connexion entre la frontière de la Zambie, à Sakania, et la frontière de l’Angola, à Dilolo, assurant ainsi la liaison ferroviaire de toutes les mines du Lualaba et du Haut-Katanga au port de Lobito ».
La même entreprise se trouve des deux côtés de la frontière. Mota-Engil détient 50 % de la concession angolaise, dont l’échéance est fixée à 2052, et devient à Kinshasa le concessionnaire du tronçon congolais. Ce recouvrement place un opérateur unique sur les deux versants de la soudure.
Un troisième maillon, du côté zambien
Le tracé ne s’arrête pas à Sakania. Le 1er octobre 2024, l’Africa Finance Corporation et les gouvernements angolais et zambien ont signé des accords de concession portant sur une nouvelle voie d’environ 800 kilomètres, destinée à relier la ligne de Benguela-Luacano en Angola à celle de Chingola en Zambie. Le corridor est conçu comme un ensemble régional : la Société américaine de financement du développement en attend une capacité de 4,6 millions de tonnes par an et une baisse des coûts de transport des minerais critiques pouvant atteindre 30 %.
João Lourenço a insisté sur ce caractère partagé : « Le Corridor de Lobito n’appartient ni à l’Angola ni à la RDC. C’est un projet transnational qui apporte des bénéfices à tous les pays du continent et contribue également à l’économie mondiale. » Il a ajouté : « Avec la signature à laquelle nous venons d’assister aujourd’hui, le Corridor de Lobito sera désormais viabilisé dans toutes ses extensions. »
Le rail, mais aussi le pétrole et le courant
L’entretien des deux présidents n’a pas porté que sur le chemin de fer. Selon la Présidence de la République, ils ont abordé la coopération bilatérale, la situation sécuritaire régionale et les projets communs dans les hydrocarbures et l’électricité.
Félix Tshisekedi a rappelé l’usage qu’il attend de cette infrastructure : « Notre ambition n’est pas de construire un simple corridor d’évacuation des matières premières. Nous voulons bâtir un corridor de production, de transformation et de création de valeur. » Reste à faire circuler les trains d’un pays à l’autre, ce que la signature de mercredi rend possible sans encore le garantir.
Christian Okende
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