Sécurité & Défense Humanitaires en RDC : 243 incidents et six morts annoncés pour le premier semestre

Humanitaires en RDC : 243 incidents et six morts annoncés pour le premier semestre

Le coordonnateur humanitaire par intérim annonce 243 incidents et six morts entre janvier et juin. Les éditions mensuelles publiées s'arrêtent à mai et comptent 186 incidents.

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 21:28 WAT · 14 min de lecture

Le coordonnateur humanitaire par intérim en République démocratique du Congo, Damien Mama, nommé le 21 juillet, a livré le 19 août, à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, un décompte du premier semestre : « L’utilisation des drones dans des zones en conflit, expose davantage les populations civiles et les travailleurs humanitaires et complique l’acheminement de l’aide. Entre janvier et juin 2026, 243 incidents ont affecté le personnel humanitaire en RDC, coûtant la vie à 6 travailleurs humanitaires. » Il ajoutait : « Les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter alors que les ressources restent largement insuffisantes », et : « Les attaques contre les travailleurs humanitaires doivent cesser. »

Ces chiffres ne figurent dans aucun document écrit publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires. Ils ont été prononcés dans une vidéo de la coordination humanitaire, consultée le 19 août et publiée en verbatim par l’Agence congolaise de presse. Radio Okapi rapporte le même jour les 243 incidents et les six morts, mais en discours indirect, et ne met entre guillemets que l’appel à faire cesser les attaques.

Cinq mois publiés, un total annoncé sur six

La série mensuelle du Bureau de la coordination des affaires humanitaires porte sur les seules provinces de l’est du pays, quand le décompte du coordonnateur porte sur l’ensemble de la République démocratique du Congo. Elle compte 37 incidents en janvier, 46 en février, 33 en mars et 29 en avril, soit 145 sur quatre mois. L’édition de mai, datée du 8 juin et mise en ligne le 24 juillet, écrit que « le nombre d’incidents affectant les opérations humanitaires est passé de 145 en avril à 186 en mai 2026 », et porte en tête de page 40 incidents pour le seul mois de mai. Les quatre mois publiés font 145 ; augmentés des 40 de mai, ils font 185, et non les 186 que l’édition affiche. Aucune édition ne couvre juin. Le total de 243 laisse donc 57 incidents pour le seul mois de juin, ou 58 si l’on part de la somme des mois publiés. Aucun mois publié depuis décembre 2025, où le Bureau comptait 48 incidents, n’a dépassé la quarantaine.

Ces incidents sont classés par nature de l’acte, jamais par auteur. Depuis janvier 2026, les intimidations, menaces et agressions comptent pour 33 % des incidents, les cambriolages, vols et intrusions pour 32 %, les interférences et restrictions d’accès pour 31 %. Ce sont les intimidations, menaces et agressions qui progressent le plus, de 41 cas cumulés fin avril à 62 fin mai.

L’Aid Worker Security Database, tenue par Humanitarian Outcomes, nomme des auteurs. Elle impute à des combattants du M23 l’enlèvement et la torture d’un agent d’une organisation non gouvernementale internationale à Idjwi, au Sud-Kivu, le 26 mars, et l’enlèvement et le passage à tabac de deux agents de la Croix-Rouge congolaise à Kalembe, en territoire de Masisi, le 30 mars.

L’édition de mai porte en tête, au 31 mai, quatre humanitaires tués, six blessés et un enlevé depuis janvier. Elle situe 35 % des incidents au Nord-Kivu et 31 % au Sud-Kivu, signale un premier incident au Maniema depuis le début de l’année, et répartit les incidents entre les organisations non gouvernementales nationales, 37 %, les organisations internationales, 35 %, et les agences des Nations unies, 28 %. Pour les incidents visant la riposte contre Ebola, elle renvoie à un aperçu mensuel dont elle laisse la référence en blanc : « titre à confirmer, lien à inclure ». Elle signale dix incidents liés au contexte de l’épidémie en Ituri et au Nord-Kivu, dont les attaques des centres de traitement de Rwampara et de Mongbwalu les 21 et 22 mai.

Sur les morts, les éditions publiées arrêtent le compte à quatre au 31 mai, trois au Nord-Kivu et un en Ituri, un décès en février et trois en mars, aucun en avril ni en mai. Les deux volontaires de la Croix-Rouge tués le 16 juin portent le total à six. Trois des six sont identifiés publiquement : Karine Buisset, agente du Fonds des Nations unies pour l’enfance, tuée le 11 mars à Goma, et deux volontaires de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo, Byamungu Mugisho Kabuha et Mugisho Mparanya Romain, tués le 16 juin à Kakumba, groupement d’Irongo, territoire de Walungu, au Sud-Kivu, lors d’une mission liée à la réhabilitation d’un réseau d’adduction d’eau potable.

Le même 19 août, un autre décompte a circulé. Le service d’information des Nations unies, sous la signature d’une rédactrice du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, écrit « plus de 60 attaques contre du personnel humanitaire » et huit humanitaires tués sur les sept premiers mois de l’année. L’Aid Worker Security Database enregistre pour sa part dix incidents jusqu’au 19 juillet, pour douze victimes, dont cinq tuées, six blessées et une enlevée. Toutes ses entrées pour 2026 portent la mention « Pending », c’est-à-dire non vérifiées.

Les deux systèmes ne mesurent pas la même chose. Pour l’année 2025, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires compte 626 incidents et treize humanitaires tués, l’Aid Worker Security Database 72 incidents et seize tués, mais aussi 66 enlèvements et 31 détentions. Le Bureau publie lui aussi un compte d’enlèvements, quarante pour 2025 et un au 31 mai 2026, mais aucun compte de détentions. Pour 2024, le premier compte 428 incidents et neuf tués, le second 27 incidents et neuf tués. Le Groupe d’experts des Nations unies, dans son rapport final du 11 juin, retient une hausse de 46 % des incidents entre 2024 et 2025.

Deux frappes de drones, un seul mort humanitaire documenté

L’Agence congolaise de presse a écrit le 19 août que les six humanitaires ont été tués « lors des attaques de drone dans des zones en conflit ». La formule reprend les mots que le coordonnateur humanitaire emploie, dans la même dépêche, juste avant d’énoncer son décompte. Les sources écrites rattachent un seul de ces six décès à un drone. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires écrit dans son communiqué mondial du même jour qu’« en mars dernier, un travailleur humanitaire a été tué lors d’une frappe de drone contre un immeuble résidentiel en République démocratique du Congo ». L’Aid Worker Security Database classe ce même décès sous la catégorie « aerial bombardment general » et le décrit comme survenu « during a drone attack on her house in Goma ». Les cinq autres décès qu’elle enregistre pour 2026 sont attribués à des tirs d’armes à feu.

Le rapport final du Groupe d’experts, coté S/2026/466, recense deux frappes de drones ayant directement affecté des humanitaires sur la période. La première, le 2 janvier à Masisi centre, au Nord-Kivu, a endommagé des bâtiments civils et administratifs ainsi que la sous-base de l’organisation War Child, avec au moins sept morts. L’annexe 3 du rapport ajoute 42 blessés, en majorité des femmes et des enfants. Le Groupe range cette frappe parmi les opérations de drones des forces armées congolaises qui ont affecté des biens et des populations civiles. L’organisation a déclaré le jour même : « War Child strongly condemns the drone attack on its office today in Masisi, North Kivu, Democratic Republic of Congo. Initial reports indicate that shrapnel has caused civilian casualties in nearby residential areas, though figures remain unconfirmed. »

La seconde, le 11 mars vers 4 heures du matin à Goma, dans le quartier résidentiel de Himbi, a tué l’agente du Fonds des Nations unies pour l’enfance. La mission onusienne fait état de deux autres civils tués. L’analyse technique du Groupe d’experts relève la signature acoustique d’au moins un aéronef sans équipage juste avant les explosions, l’absence de cratère au sol, un cône de fragmentation orienté vers l’avant et le bas, un angle d’attaque estimé entre 25 et 45 degrés, et retient comme hypothèse principale une munition planante d’environ 70 millimètres de calibre, emportant une charge estimée entre cinq et dix kilogrammes. Le Groupe écrit que la munition a été délivrée par une plateforme sans équipage à hélice arrivant par le lac Kivu, qu’une première munition avait explosé dans le lac cinq à dix minutes plus tôt, et que des sources confidentielles confirment la présence d’un second appareil, possiblement en observation. Il note que « M23 military personnel deployed to the scene shortly after the strike and removed all ballistic remnants », soit que des militaires de l’AFC/M23 sont arrivés peu après la frappe et ont retiré tous les restes balistiques.

L’AFC/M23 attribue la frappe aux forces armées congolaises. Le gouvernement congolais, dans son communiqué du 11 mars, situe les faits « en zones occupées », annonce des enquêtes des services habilités et écrit qu’il « ne saurait entreprendre une action qui contrarie les valeurs qu’il a toujours défendues ». Le Groupe d’experts poursuit son enquête sans avoir conclu. Le même communiqué gouvernemental écrit que ces femmes et ces hommes « contribuent à atténuer les souffrances des communautés civiles et à faire progresser la quête de justice pour les victimes, durement éprouvées par les violences, les vies fauchées et les destructions résultant de l’agression de la République démocratique du Congo par le Rwanda agissant avec ses supplétifs de l’AFC/M23 ».

Le représentant spécial adjoint du Secrétaire général, Bruno Lemarquis, déclarait le 11 mars : « Je condamne avec la plus grande fermeté l’usage d’armes et de drones d’attaques qui mettent en danger les populations civiles et le personnel des Nations Unies. Cette escalade de la violence est profondément préoccupante. »

Le Groupe d’experts ne formule aucune recommandation sur les drones. Ses quatre recommandations portent sur la notification préalable des transferts d’armes au Rwanda, la diligence renforcée sur les technologies militaires et duales, la cessation de tout soutien de la force de défense rwandaise au M23 et des forces armées congolaises aux Forces démocratiques de libération du Rwanda, et la traçabilité de l’or. L’engagement selon lequel le Rwanda s’abstient de frappes de drones sur le territoire congolais et la République démocratique du Congo sur le territoire rwandais figure ailleurs : c’est une clause du plan d’étapes initiales arrêté lors de la réunion des 17 et 18 mars 2026 dans le cadre des accords de Washington, dont le Groupe indique avoir consulté un exemplaire. Le même plan engage la seule République démocratique du Congo à s’abstenir de frapper les personnels et les matériels rwandais quittant les zones désignées et à s’abstenir de toute opération offensive contre les positions de l’AFC/M23 à Lubero. Le Groupe écrit qu’au moment de la rédaction, la mise en œuvre était limitée et les échéances non respectées.

Le Groupe documente, pour la période du 1er au 14 avril, au moins neuf attaques de drones conduites par la force de défense rwandaise et l’AFC/M23 contre des positions des forces armées congolaises dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, dont deux au moins, selon des sources des forces armées congolaises et du renseignement citées par le Groupe, avec un appareil à voilure fixe Bayraktar TB2 opéré depuis le Rwanda.

Un plan porté à 2,13 milliards de dollars, financé à 47,65 %

Le plan de réponse humanitaire pour 2026 a été révisé le 16 juillet. Les personnes dans le besoin passent de 14,9 à 18,5 millions, la cible de 7,3 à 10,7 millions dont 5,2 millions au titre de la riposte contre Ebola, et le budget requis de 1 403 721 718 à 2 132 641 156 dollars. Les zones de santé classées en sévérité 4 ou 5 passent de 53 à 76. Sur les quelque 700 millions de dollars supplémentaires, 313 millions couvrent la riposte contre l’épidémie et environ 400 millions l’aggravation de l’insécurité alimentaire et les mouvements de population entre janvier et mai.

Au 20 août, le service de suivi financier du Bureau de la coordination des affaires humanitaires enregistre 1 016 180 001 dollars reçus, soit 47,65 % des besoins révisés. Le coordonnateur humanitaire, la veille, parlait de 47 %.

Sur le milliard reçu, 299 605 194 dollars, soit près de trois dixièmes, ne sont rattachés à aucun secteur. Les taux qui suivent portent sur les 717 millions restants. La logistique est financée à 75,6 %, la santé à 56,2 %, la coordination à 52,6 %. La protection reçoit 40,6 % de ce qu’elle demande, l’eau, l’hygiène et l’assainissement 36,9 %, la nutrition 32,2 %, les abris et articles ménagers essentiels 31,1 %. La sécurité alimentaire, qui pèse à elle seule 1 098 000 326 dollars, soit plus de la moitié du plan, est financée à 25,3 %. L’éducation ferme la marche avec 10 156 694 dollars reçus sur 46 340 883 demandés, soit 21,9 %.

Le tableau de bord humanitaire arrêté au 31 mai comptait 4,7 millions de personnes atteintes depuis janvier, dont 1,6 million au Nord-Kivu, 1,1 million au Sud-Kivu, 730 000 en Ituri, 528 000 au Tanganyika et 8 200 au Maniema. En personnes atteintes, la couverture sectorielle allait de 84,2 % pour la réponse aux réfugiés et 57,9 % pour la santé, à 9,0 % pour l’éducation, 7,4 % pour la lutte antimines, 3,0 % pour le logement, la terre et la propriété, et 2,4 % pour la logistique, secteur qui est aussi le mieux financé du plan, avec 941 personnes atteintes sur 40 000 ciblées.

Trente-cinq minutes aux mains d’un groupe armé près de Djugu

Deux agents du Bureau de la coordination des affaires humanitaires basés à Bunia ont raconté le 19 août l’attaque à laquelle ils ont survécu en juin 2024, au cours d’une mission d’évaluation des besoins dans un village proche de Djugu, en Ituri, qui n’avait reçu aucune assistance depuis 2018.

Le chauffeur Emmanuel Madragule : « Quand je quitte le bureau pour aller sur le terrain, je me prépare à tout. Un accident peut arriver à n’importe quel moment. Un enfant peut traverser la route soudainement. C’est la vie que j’ai choisie. Ce sont des risques professionnels. Je dois les affronter parce que, si je ne le fais pas, les objectifs humanitaires seront-ils atteints ? Et si je ne le fais pas, qui va le faire ? » Sur l’irruption du commandant du groupe armé, il rapporte : « Quand le chef rebelle nous a vus remonter dans le véhicule, il a sorti son arme et a crié », puis l’ordre de descendre du véhicule.

Le chargé d’affaires humanitaires Hubert Amani, sur le même épisode : « Je me suis dit que j’aurais dû rédiger mon testament. Je me disais que c’était fini pour moi, fini pour mon travail, fini pour tout ce que j’étais venu accomplir. J’étais venu aider les gens, et soudain, j’étais devenu une cible. » Il conclut sur la durée : « Pour moi, ces 35 minutes ont été les plus longues de ma vie. »

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a précisé, à propos des deux volontaires tués le 16 juin : « At the time of the attack, both volunteers were wearing Red Cross visibility gear, and the motorcycle they were riding was also clearly marked with the Red Cross emblem, a universally recognized symbol of neutrality, impartiality and humanitarian assistance. » Les deux hommes portaient leurs signes distinctifs et leur moto était marquée de l’emblème.

Le président national de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo, Grégoire Mateso, déclarait le 8 mai à Kinshasa, dans des propos rapportés par l’Agence congolaise de presse : « Cet emblème est un signe de protection, de neutralité et d’impartialité. Il doit être respecté par toutes les parties aux conflits afin que nos volontaires puissent continuer à accomplir leur mission vitale en toute sécurité. Attaquer un volontaire, de la Croix-Rouge, c’est attaquer l’humanité elle-même. »

Le chef du bureau régional du Bureau de la coordination des affaires humanitaires pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, Charles Bernimolin, chiffrait le 19 août, dans des propos publiés par l’Agence congolaise de presse, l’échelle régionale : « Depuis le début de l’année 2026, cinq d’entre eux ont été tués, neuf blessés et 14 enlevés en Afrique de l’Ouest et centrale. La majorité des victimes sont des employés nationaux, dans l’assistance aux populations affectées. » Il ajoutait : « La préoccupation seule ne sauve pas des vies. » Ce total régional de cinq humanitaires tués depuis janvier 2026 est inférieur aux six morts que la coordination humanitaire annonce le même jour pour la seule République démocratique du Congo, et aux huit que le Bureau publie pour ce seul pays sur sept mois. La République démocratique du Congo relève du bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

À l’échelle mondiale, 907 humanitaires ont été tués, blessés ou enlevés en 2025, dont 350 tués. Depuis le début de 2026, le décompte est de 82 tués, 97 blessés et 39 enlevés.

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