Qui était Carlyto Lassa
Le chanteur et pasteur congolais Carlyto Lassa est mort le 31 août 2026 à Cincinnati, à 65 ans. Révélé par « Maya » de Lutumba Simaro, passé par les Choc Stars, il avait quitté la chanson profane au début des années 2000 pour le gospel et le ministère pastoral.
Carlyto Lassa. Photo transmise à la rédaction.
AFP
Il avait 65 ans. Carlyto Lassa est mort le lundi 31 août aux États-Unis, à Cincinnati, où il participait à une campagne d’évangélisation. Le chanteur Aimé Nkanu a annoncé la nouvelle sur sa page Facebook, reprise par l’ACP puis par Radio Okapi le lendemain matin.
« C’est avec une profonde douleur et une grande consternation que nous confirmons le décès de notre ami et frère, le Pasteur Carlytho LASSA », a écrit Aimé Nkanu.
Les circonstances n’ont pas été établies. « Les circonstances exactes de son décès ne sont pas précisées de manière concordante dans les informations disponibles », écrit Radio Okapi. Beto ne publie donc aucune cause de décès.
La prudence s’impose d’autant plus que cet homme avait déjà été enterré une fois par la rumeur. En mars 2019, une annonce de sa mort circulait sur les réseaux sociaux congolais. Elle était fausse. Son frère Landu Lassa, joint par des vérificateurs, répondait alors en quatre mots : « Il n’est pas mort ni malade. » Cette fois, c’est un confrère musicien qui parle, et deux rédactions congolaises qui reprennent.
Un tailleur de Matadi
Il s’appelait Charles Ndombasi Lassa. Il est né le 15 janvier 1961 dans ce qui est aujourd’hui la province du Kongo-Central, et il a grandi notamment à Kinshasa. Avant la musique, il y eut un métier : il fut tailleur à Matadi.
C’est la voix qui l’a sorti de l’atelier. Dans les années 1980, elle circule dans l’univers du TP OK Jazz, l’orchestre de Franco, où les compositeurs le repèrent. Il travaille dans le sillage de Lutumba Simaro et de Papa Noël Nedulé. C’est une chanson signée Lutumba Simaro qui le fait connaître : « Maya ».
Un titre suffit parfois. « Maya » installe Carlyto Lassa dans l’oreille congolaise et l’y laisse pour quarante ans.
Les Choc Stars
En 1986, il rejoint les Choc Stars. L’orchestre réunit alors une génération qui deviendra une part de la mémoire musicale du pays : Bozi Boziana, Debaba, Defao, Djuna Djanana, Roxy Tshimpaka. Carlyto Lassa y est chanteur et auteur-compositeur.
Dans les années 1990, il s’installe en France et y poursuit sa carrière, comme beaucoup de musiciens congolais de sa génération. En 1996 paraît l’album « Africa na Moto ». Il contient « Makolo ya Masiya », un titre que le public retiendra.
Le tournant
Au début des années 2000, Carlyto Lassa change de vie. Il se convertit au christianisme, quitte la chanson profane et se consacre au ministère pastoral et au chant religieux. En 2001 paraît « La Reconnaissance ».
La rupture est nette, mais la voix ne change pas. Le pasteur chante avec l’instrument du chanteur de rumba, et c’est précisément ce qui a fait sa place dans le gospel congolais. Sa chaîne officielle publiait encore deux titres en février 2026.
Deux mois avant sa mort
Le 23 juin, Radio Okapi le recevait dans son émission « Le Grand Témoin ». L’entretien, mené par Kaki Akiewa, portait un titre tiré de ses propres mots : « ma voix chante la gloire de Dieu ». Il y était présenté comme une ancienne icône de la musique populaire congolaise révélée par « Maya », devenue chantre chrétien.
Rien, dans cet entretien ni dans ses publications, ne signalait une maladie ou une hospitalisation. C’est la dernière apparition médiatique documentée de l’artiste.
Ce que sa mort dit d’autre chose
Carlyto Lassa est mort loin de Kinshasa, comme plusieurs figures de la musique congolaise ces derniers mois. Pierre Moutouari, le chanteur brazzavillois, est mort à Paris le 8 octobre 2025. Junior Kingombe, ancien chanteur du Quartier Latin International, est mort à Paris le 17 juin. En décembre 2024, le batteur Seguin Mignon, de Wenge BCBG, mourait en Inde où son orchestre l’avait fait évacuer après un accident de la route à Kinshasa. C’est l’orchestre qui avait payé, pas un système.
La question de la protection sociale des musiciens congolais est posée depuis longtemps. Le 24 octobre 2024, le ministère de la Culture, Arts et Patrimoines annonçait y travailler. « Le ministère de la Culture, Arts et Patrimoines travaille actuellement sur le statut de l’artiste, une réforme essentielle pour mieux protéger et valoriser les créateurs en RDC », indiquait son communiqué, citant la carte d’artiste, l’assurance maladie et la couverture sociale. La réforme n’a pas été annoncée comme aboutie depuis.
En mars 2025, des musiciens créaient leur propre association. « Unis, nous serons plus forts. Unis, nous serons entendus afin d’améliorer la condition du musicien congolais », déclarait le guitariste Ngouma Lokito, président provisoire de la structure. Carlyto Lassa figurait parmi les artistes avec lesquels il avait travaillé.
La musique dont il vient a pourtant été reconnue au plus haut niveau. En décembre 2021, la rumba congolaise a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, sur candidature conjointe des deux Congo. « La rumba congolaise est un genre musical et une danse populaire dans les zones urbaines de la République démocratique du Congo et la République du Congo », écrit l’UNESCO. Le classement honore le genre. Il ne dit rien de ceux qui le font vivre.
Ce que Beto n’a pas pu vérifier
La cause du décès n’est pas établie et Beto n’en publie aucune. La ville exacte de naissance n’est pas connue : seule la province du Kongo-Central l’est. Aucune réaction du ministère de la Culture, de l’Association congolaise des musiciens ou d’une structure héritière des Choc Stars n’était disponible au moment de la publication, et le site du ministère de la Culture était hors service. Le programme des obsèques, un éventuel rapatriement du corps et le lieu d’inhumation ne sont pas connus. Sa discographie complète n’est pas établie : seuls « Maya », « Makolo ya Masiya », « Africa na Moto » et « La Reconnaissance » sont confirmés par une source attribuable.
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