473 millions pour le développement, 960 pour les casques bleus : les trois budgets de l’ONU en RDC
473 millions pour le développement, 960 pour les casques bleus : les trois budgets de l’ONU en RDC
AFP
Le chiffre a été présenté à Kinshasa le 15 juillet 2026. Le système des Nations unies a dépensé 473 millions de dollars en RDC au cours de l’année 2025, au titre de son Cadre de coopération pour le développement durable, celui qui court de 2025 à 2029. La somme paraît considérable. Elle représente 35 % de ce que l’ONU avait elle-même estimé nécessaire pour tenir ses engagements cette année-là, soit 1,35 milliard de dollars. Autrement dit, deux tiers du programme n’ont pas été financés.
Ces 473 millions ne sont pas ce que l’ONU coûte en RDC, ni ce qu’elle y dépense. Ils sont un pot sur trois, et c’est le plus petit.
Le premier pot est celui du maintien de la paix, et il est presque deux fois plus gros. Par sa résolution 79/304, adoptée le 30 juin 2025, l’Assemblée générale a ouvert 960 753 200 dollars de crédits pour la MONUSCO au titre de l’exercice courant du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, dont 869 127 200 pour le seul fonctionnement de la mission. Pour l’exercice suivant, adopté le 30 juin 2026, le montant est de 958 318 000 dollars. La trajectoire est légèrement descendante, moins 3,4 % puis moins 0,25 %, dans un budget mondial du maintien de la paix qui, lui, passe de 5,38 à 5,1 milliards, en recul de 10 %.
Le deuxième pot est humanitaire, il fonctionne par contributions volontaires, sur l’année civile, et il est le plus mal servi. Le plan de réponse humanitaire 2025 réclamait 2,538 milliards de dollars. Il en a reçu 709 millions, soit 27,9 %. Celui de 2026, ramené à 1,4 milliard, est financé à 55,4 % à la mi-juillet, pour cibler 7,3 millions de personnes sur 14,9 millions jugées dans le besoin.
Le troisième pot est celui du développement, et c’est celui des 473 millions. Il finance ce dont on parle le moins, l’emploi, l’inclusion financière, la formation. L’ONU en revendique 31 414 emplois créés, 110 683 personnes ayant accédé à des services financiers numériques, 15 025 ménages entrés dans le circuit financier, 4 700 jeunes et femmes formés.
Additionner ces trois montants n’aurait aucun sens, ils ne relèvent ni du même budget, ni du même exercice, ni du même mode de financement. Le premier repose sur des contributions obligatoires des États membres, les deux autres sur le bon vouloir des bailleurs. Mais les mettre côte à côte dit quelque chose de la hiérarchie. Pour un dollar consacré au développement en RDC en 2025, l’ONU en a engagé deux pour y maintenir des soldats.
Où va, précisément, ce milliard de maintien de la paix. Les comptes de l’exercice 2024-2025 le disent. Sur 893 millions de dollars effectivement dépensés, 412,7 millions sont allés au personnel militaire et de police, soit 46,2 %, 268,6 millions au personnel civil, soit 30,1 %, et 211,8 millions aux coûts opérationnels, soit 23,7 %. Les pays qui fournissent des soldats sont remboursés par l’ONU, à un taux unique porté à 1 474,68 dollars par personne et par mois à compter du 1er juillet 2026. La mission emploie par ailleurs 1 174 Congolais, 152 cadres et 1 022 agents des services généraux, effectif porté à 1 232 dans le budget 2026-2027. Quelle part de la dépense reste dans le pays, aucun document onusien ne le ventile.
Il faut aussi distinguer ce qui est autorisé de ce qui est déployé, l’écart étant considérable. Le Conseil de sécurité a autorisé 11 500 militaires, 600 observateurs, 443 policiers et 1 270 personnels d’unités constituées. Au 19 juin 2026, la mission comptait 7 940 militaires et 294 observateurs, soit près d’un tiers de moins que le plafond, et 855 policiers. Côté civil, 1 475 personnes en poste au 31 mai pour environ 2 116 postes budgétés. Le rapport du Secrétaire général en donne la raison sans détour, ce sont « les mesures d’urgence de trésorerie » qui pèsent sur les effectifs.
La trésorerie, justement, est le nerf de tout le reste. Devant la Cinquième Commission, le 30 juin 2026, le contrôleur de l’ONU Chandramouli Ramanathan a filé une image que peu de diplomates oublieront. « Nous avons un bateau qui prend l’eau, presque au bord du naufrage, et ce que vous avez fait, c’est boucher certains de ces trous, pour nous donner une chance d’atteindre un rivage et de commencer à réparer le bateau progressivement. » Un an plus tôt, il l’avait dit plus sèchement, « pas d’argent, pas de mise en œuvre. Il n’y a pas assez de liquidités ».
La mission, elle, se retire. Le Sud-Kivu a été évacué le 30 juin 2024, le bureau de Bukavu fermant après plus de vingt ans de présence, sept bases rendues, une équipe résiduelle de 34 civils. La résolution 2808, adoptée à l’unanimité le 19 décembre 2025, proroge le mandat jusqu’au 20 décembre 2026 et recentre la zone d’opérations sur le Nord-Kivu et l’Ituri. Le vocabulaire retenu par le Conseil, « retrait progressif, responsable et durable », dit assez la prudence. La mission a changé de tête, l’Américain James Swan ayant été nommé représentant spécial le 5 mars 2026, après le départ anticipé de Bintou Keita à la fin novembre 2025.
Ce retrait, la RDC l’a réclamé. Devant l’Assemblée générale, le 20 septembre 2023, Félix Tshisekedi avait tranché. « L’accélération du retrait de la MONUSCO devient une nécessité impérieuse pour apaiser les tensions entre cette dernière et nos concitoyens », déclarait-il, jugeant « illusoire et contreproductif de continuer à s’accrocher au maintien de la MONUSCO pour restaurer la paix en RDC ». La rue avait parlé avant lui. En juillet 2022, les émeutes anti-MONUSCO de Goma, Butembo et Beni avaient fait quinze morts et soixante et un blessés, dont cinq casques bleus, selon un bilan conjoint du gouvernement et de la mission.
Il faut nommer correctement ce qui s’est passé ensuite, car la confusion est fréquente. Le 30 août 2023, à Goma, c’est l’armée congolaise qui a réprimé une manifestation réclamant le départ de la MONUSCO, faisant quarante-trois morts et cinquante-six blessés selon le bilan officiel, au moins cinquante-six morts selon Amnesty International, qui a réclamé des poursuites contre de hauts gradés. La mission n’était pas l’auteur de ce massacre, elle en était le motif.
Reste la question que ces trois budgets posent ensemble. En 2025, l’ONU a trouvé un milliard pour ses soldats en RDC, obtenu 27,9 % de ce qu’elle demandait pour nourrir et soigner, et dépensé 35 % de ce qu’elle avait prévu pour construire. Les 473 millions présentés à Kinshasa le 15 juillet ne mesurent donc pas un effort. Ils mesurent un reste.