Kasaï : des enseignants retenus à Tshikapa depuis juin, des élèves sans cours depuis la rentrée
Un transfert de comptes bancaires engagé en juin retient des enseignants loin de leurs écoles à Kamonia, Tshikapa et Luebo. Un enseignant est mort devant un guichet.
Cérémonie de signature de la convention de collaboration pour une gestion rationnelle et harmonisée de la mise à la retraite des enseignants éligibles en RDC. Photo droit aux tiers.
AFP
Des élèves de trois territoires du Kasaï n’ont pas eu cours depuis la rentrée du 1er septembre 2026. Leurs enseignants sont retenus à Tshikapa depuis le mois de juin, où ils attendent d’accéder à des comptes bancaires ouverts à leur nom.
Un enseignant est mort la semaine dernière devant les guichets d’une banque.
Trois territoires, trois mois de salaire
Les territoires concernés sont Kamonia, Tshikapa et Luebo.
À l’origine du blocage se trouve une opération administrative : l’identification des enseignants et le transfert de leurs comptes de la maison de transfert Finca vers Advans Banque, engagée en juin 2026.
Trois mois de rémunération n’ont pas été versés depuis. Les comptes ont été ouverts, mais les fonds restent inaccessibles.
« On nous parle à la banque de comptes dormants, de comptes non crédités ou de restrictions… Des termes que nous ne comprenons pas », déclare un enseignant bloqué à Tshikapa.
Il ajoute : « Qu’on nous paie d’abord avant que nous ne rentrions. »
Le coût d’attendre son propre salaire
Les enseignants venus des villages supportent eux-mêmes les frais de leur attente : logement, restauration et déplacement, sur trois mois, dans une ville qui n’est pas la leur.
Un enseignant venu de Kasadisadi est mort jeudi dernier devant les guichets d’une banque. Les circonstances de son décès n’ont pas été précisées, et son nom n’a pas été rendu public.
C’est le second décès de ce type documenté au Kasaï. Nous avions rapporté la mort de six enseignants dans un accident sur la route de la banque, à 65 kilomètres de leur village.
Une rentrée que la paie a vidée
La conséquence est mesurable dans les classes. Les élèves de plusieurs écoles de ces trois territoires n’ont pas eu cours depuis le 1er septembre, parce que leurs maîtres sont à Tshikapa.
Le nombre d’enseignants retenus et le nombre d’écoles fermées n’ont pas été communiqués.
Les autorités éducatives locales n’ont pas répondu.
Ce que le changement de banque devait résoudre
Le transfert d’une maison de transfert vers une banque est présenté, dans la réforme de la paie des agents de l’État, comme un progrès : il doit rapprocher le point de paiement de l’agent et réduire les intermédiaires.
Dans les trois territoires concernés, il a produit l’inverse. Les enseignants ont quitté leurs villages pour la ville où se trouve le guichet, et n’en sont pas repartis.
Le même mécanisme produit ailleurs des arriérés : au Haut-Lomami, des enseignants comptent trois mois de rémunération non versée, et un mouvement de grève a été dispersé à Mbandaka au début de la rentrée.
Ce qui n’est pas établi
Ni Advans Banque ni Finca n’ont expliqué publiquement les motifs de blocage des comptes. La décision qui a ordonné ce transfert, son autorité et son calendrier officiel ne sont pas connus.
Le Service de contrôle et de la paie des enseignants n’a pas réagi.
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