Kasumbalesa : Kinshasa promet la « tolérance zéro » contre une fraude douanière chiffrée à 2,5 milliards de dollars par an
En mission au poste frontalier de Kasumbalesa, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku a annoncé une politique de « tolérance zéro » contre des pratiques qui priveraient le Trésor de 2,5 milliards de dollars par an.
Kasumbalesa : Kinshasa promet la « tolérance zéro » contre une fraude douanière chiffrée à 2,5 milliards de dollars par an
AFP
À Kasumbalesa, sur la frontière entre la République démocratique du Congo et la Zambie, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku a réuni le 7 juillet les responsables des services de l’État postés au corridor pour leur signifier la fin d’une tolérance. Devant eux, il a chiffré ce que le pays perdrait chaque année aux irrégularités douanières du poste : près de 2,5 milliards de dollars, soustraits au Trésor public.
Le ministre s’est déplacé avec une délégation de premier rang : Justin Kalumba Mwana Ngongo, ministre de l’Industrie, de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Martin Kazembe, gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, et Pierre Lohohola, directeur général de l’Office congolais de contrôle (OCC). Objectif affiché de la visite, selon le communiqué du ministère du Commerce extérieur : « palper les réalités sur le flux des transactions entre la République Démocratique du Congo et la Zambie », mesurer les blocages et accélérer la dématérialisation des procédures de dédouanement, lancée en décembre 2025 par la Première ministre Judith Suminwa.
La fraude visée porte des noms locaux que le ministère a énumérés : le « Bilanga », le « Bamba roho », le fractionnement des marchandises, la sous-évaluation et la dénaturation des cargaisons, souvent avec la complicité d’agents en poste. Le communiqué résume la position gouvernementale sans détour : « Le Ministre du Commerce Extérieur a, au nom du Gouvernement, sifflé la fin de la récréation, en annonçant la tolérance zéro pour en finir avec les pratiques irrégulières. »
Pour traduire l’annonce en dispositif, Julien Paluku a demandé à la société ITM Border Service, opérateur technique du poste, d’intégrer un module dédié à la surveillance du phénomène « Bilanga ». Il a rendu obligatoire le recours au Guichet unique intégral du commerce extérieur (GUCE) et exigé une meilleure coordination entre les services présents à la frontière, la multiplication des intervenants à un même poste étant régulièrement citée comme un facteur de délais et d’arrangements.
Le gouvernement a assorti la mise en garde d’annonces d’infrastructures. Kinshasa promet la construction d’un poste frontalier à arrêt unique à Kasumbalesa et d’un port sec moderne, présentés comme des leviers pour fluidifier des échanges aujourd’hui engorgés. Le ministre a par ailleurs confirmé le lancement prochain du Régime commercial simplifié (RECOS) entre la RDC et la Zambie, un mécanisme destiné aux petits commerçants transfrontaliers, avec des procédures allégées pour les échanges de faible valeur.
Kasumbalesa n’est pas un poste comme les autres. Principal point de sortie du cuivre et du cobalt du Haut-Katanga vers les ports de l’océan Indien, il concentre une part majeure du commerce extérieur formel du pays, et donc des recettes que l’État peine à capter. Le chiffre de 2,5 milliards de dollars, avancé par le ministère, donne la mesure de l’enjeu budgétaire : il dépasse le dixième de la loi de finances rectificative 2026, arrêtée à 21,9 milliards de dollars et en cours d’examen au Parlement.
Reste la marche entre l’annonce et l’exécution. La « tolérance zéro » se jugera à la capacité de l’administration à sanctionner les complicités internes que le ministère décrit lui-même, au poste comme dans ses propres services. La mission s’est achevée par une visite guidée des installations du corridor.
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