Budget : l’Assemblée adopte un collectif rectifié à 50 295 milliards de francs, en baisse de 7,4 %
Les députés ont adopté la loi de finances rectificative 2026, ramenée à 50 295 milliards de francs. Un budget revu à la baisse, sous le poids de la guerre à l'Est et de la chute des financements extérieurs.
Un plénière à l’Assemblée nationale congolaise, à Kinshasa | ©️ droit tiers
AFP
Le 3 juillet 2026, en séance plénière, l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo a adopté le projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, par trois cent quatre-vingt-neuf voix pour, aucune contre et aucune abstention. Le texte, un collectif budgétaire, ajuste en cours d’année le budget initial voté fin 2025. Il est désormais transmis au Sénat pour son examen, avant une éventuelle promulgation par le président Félix Tshisekedi. À ce stade, une seule chambre s’est prononcée.
Le collectif chiffre le budget rectifié à 50 295 milliards de francs congolais, soit environ 21,9 milliards de dollars au taux retenu par le gouvernement. « Ce texte contient un budget présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, à hauteur de 50 295,1 milliards de francs congolais », précisait le compte rendu du Conseil des ministres qui l’avait adopté, le 20 mai 2026. Rapporté à la loi de finances initiale, promulguée fin décembre 2025 à hauteur de 54 336 milliards de francs, le collectif marque un recul d’environ 7,4 pour cent. L’État congolais dépensera cette année moins qu’il ne l’avait prévu.
Cette révision à la baisse n’est pas un choix, mais une adaptation. Le gouvernement l’assume comme tel. « Ce projet de budget rectifié constitue un instrument d’ajustement et de pilotage budgétaire destiné à assurer une meilleure adéquation entre les capacités réelles des finances de l’État », indiquait le même compte rendu. Autrement dit, Kinshasa aligne ses ambitions sur ses moyens, dans un contexte où les recettes attendues de l’extérieur se sont effondrées.
Le premier facteur de ce resserrement porte un nom, la guerre à l’Est. La persistance du conflit dans les provinces du Kivu, avec l’avancée des rebelles de l’AFC/M23, pèse sur les dépenses de sécurité et détourne des ressources d’autres priorités. Après la prise d’Uvira à la fin de 2025, les coûts sécuritaires et diplomatiques ont augmenté. Le second facteur est financier, les ressources extérieures ont chuté d’environ 42 pour cent, une baisse que le gouvernement dit compenser en partie par une hausse de près de 7 pour cent des recettes internes.
Le cadre international ajoute sa contrainte. Le Fonds monétaire international, au terme d’une mission au printemps, attendait du collectif des mesures correctives, après un déficit intérieur dépassé de six dixièmes de point de produit intérieur brut fin 2025. Pour combler une partie du besoin, la RDC compte sur sa première émission d’eurobond, évaluée à 650 millions de dollars, destinée à financer de nouveaux investissements. Le budget rectifié table par ailleurs sur une croissance légèrement relevée, autour de 5,6 pour cent, et sur une inflation contenue.
Reste une inconnue, celle de la répartition. Les grands équilibres du collectif, notamment la part réelle consacrée à la défense, au social et au service de la dette dans cette version rectifiée, n’ont pas été détaillés publiquement à ce stade. Le budget initial 2026 réservait déjà près de 30 pour cent de ses crédits à la défense et à la sécurité, mais rien n’indique automatiquement que cette proportion soit reconduite à l’identique dans le collectif. La ventilation précise figurera dans le rapport de la commission économique et financière, document de référence pour juger des arbitrages.
Ce vote s’inscrit dans une séquence budgétaire dense. En quelques semaines, le Parlement a examiné plusieurs accords de financement et d’emprunt, dont des prêts autorisés par le Sénat fin juin pour des infrastructures. Le collectif budgétaire, lui, ne relève pas de la même logique, il ne s’agit pas d’autoriser un emprunt ponctuel, mais de réviser l’ensemble des recettes et des dépenses de l’État pour l’année. Confondre les deux reviendrait à additionner des instruments de nature différente.
Pour Kinshasa, ce budget rectifié raconte une équation difficile, financer un effort de guerre sans laisser filer les comptes, et cela avec des appuis extérieurs en berne. Réduire la voilure de 7,4 pour cent est un aveu de réalisme autant qu’une contrainte subie. Mais un budget n’est qu’une intention chiffrée, et sa vérité se lira à l’exécution, dans la capacité de l’État à collecter ce qu’il annonce et à dépenser là où il le promet. Le Sénat doit encore se prononcer. Le plus dur, une fois la loi promulguée, commencera ensuite, au guichet des recettes et sur les chantiers.
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