Kasindi : deux centres d’isolement ouverts à la frontière ougandaise, quinze jours après l’alerte du médecin chef de zone
Les centres de santé Lubiriha et La Frontière accueillent désormais les cas suspects d’Ebola au principal poste frontalier avec l’Ouganda, et l’OMS y a livré trois tonnes d’intrants de prévention. Le 19 octobre, le médecin chef de la zone de santé de Mutwanga signalait à BETO qu’il n’existait sur place ni centre de transit ni centre de traitement.
Kasindi : deux centres d’isolement ouverts à la frontière ougandaise, quinze jours après l’alerte du médecin chef de zone
AFP
Deux centres d’isolement pour cas suspects de maladie à virus Ebola sont désormais opérationnels à Kasindi, principal poste frontalier entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda, dans le territoire de Beni au Nord-Kivu. Ils ont été installés au centre de santé Lubiriha et au centre de santé La Frontière, à l’issue d’une mission de terrain de trois jours au cours de laquelle l’Organisation mondiale de la santé a appuyé les autorités sanitaires locales. L’OMS a également livré trois tonnes d’intrants de prévention et contrôle des infections.
L’organisation présente ces deux structures comme une « 1ère ligne de défense essentielle pour une prise en charge rapide et sécurisée », et assigne au dispositif un objectif en trois temps : « repérer rapidement les cas suspects, les orienter sans délai et empêcher toute propagation de la maladie avant qu’elle ne prenne de l’ampleur ».
Ce qui manquait à Kasindi le 19 octobre
L’annonce répond à une alerte que BETO avait documentée le 19 octobre. Ce jour-là, le médecin chef de la zone de santé de Mutwanga, le docteur Germain Kamaliro, relevait que l’hôpital général de référence de sa zone ne disposait ni d’un centre de transit ni d’un centre de traitement Ebola, et que tout patient suspect devait donc être évacué. Il plaidait pour la construction d’une structure à Mutwanga ou à Kasindi. Sa hiérarchie annonçait alors une installation par des partenaires ougandais « dans les tout prochains jours », sans calendrier ni localisation arrêtés.
L’aire de santé de Kasindi comptait à cette date neuf cas, dont quatre décès et cinq personnes isolées. La zone de santé de Mutwanga enregistrait 31 cas positifs, dont quatre guéris, et sept de ses vingt et une aires de santé étaient touchées. Le médecin chef soulignait surtout un basculement : les premiers cas de la zone étaient importés, la transmission y était devenue autochtone, de sorte que le contrôle aux frontières ne suffisait plus à lui seul.
Quinze jours séparent cette alerte de la mise en service des deux centres d’isolement.
Isoler n’est pas traiter
La distinction reste à poser. Un centre d’isolement accueille des cas suspects, le temps du prélèvement et de l’orientation. Il n’a pas la fonction d’un centre de traitement Ebola, où les cas confirmés reçoivent des soins spécialisés. Ce que demandait le docteur Kamaliro en octobre, c’était un centre de transit ou un centre de traitement. Ce qui est ouvert aujourd’hui couvre la première fonction, celle du tri et de l’orientation, sur le point de passage lui-même plutôt qu’à l’hôpital de référence.
Trois tonnes d’intrants, cinq piliers
Les trois tonnes d’intrants de prévention et contrôle des infections sont destinées aux établissements de santé de la zone. L’OMS les décrit comme du matériel servant à « protéger les patients, les soignants et les communautés ». Le Nord-Kivu a payé cher ce poste : à Alimbongo, deux centres de santé ont été fermés et leurs agents placés en quarantaine après la confirmation de cas parmi les soignants.
Les équipes locales ont été formées aux cinq piliers de la riposte :
- la surveillance ;
- la prévention et le contrôle des infections ;
- la prise en charge des cas ;
- la communication sur les risques et l’engagement communautaire ;
- la coordination.
Pourquoi ce point de passage
Kasindi commande les échanges du Grand-Nord avec l’Ouganda. C’est aussi par ces axes que circulent les cas importés : l’OMS attribue la recrudescence observée au Nord-Kivu, après plusieurs semaines de ralentissement, à des cas importés le long du corridor nord-sud. La surveillance aux points d’entrée est l’un des filtres les plus sollicités de la riposte : un rapport du Centre d’opérations d’urgence de santé publique avait recensé 266 159 personnes enregistrées en vingt-quatre heures aux points d’entrée des provinces touchées, pour deux alertes notifiées, toutes deux au Nord-Kivu.

Le dispositif bilatéral négocié entre Kinshasa et Kampala, lui, avait été bâti sur d’autres portes : laboratoires mobiles, experts ougandais et centres de traitement bilatéraux visaient Aru et Kasenyi, en Ituri.
Le Nord-Kivu reste la province la plus meurtrie
Au 25 octobre, l’OMS recensait dans la province plus de 2 309 cas confirmés et 1 293 décès, soit une létalité de 56 %. Les zones de santé de Beni, Katwa, Butembo et Alimbongo figuraient parmi les plus exposées. Mutwanga, dont dépend Kasindi, est voisine de Beni.
Le 28 octobre à Beni, quarante-huit professionnels de santé, épidémiologistes, cliniciens, infirmiers, spécialistes de la prévention et logisticiens, ont achevé une formation de trois jours à l’issue de laquelle deux nouvelles équipes d’intervention rapide ont été constituées. « La confiance est aussi importante que les médicaments », y a déclaré le docteur John Otshudiema, coordonnateur de la riposte de l’OMS au Nord-Kivu. La gestionnaire de l’incident pour l’OMS en RDC, la docteure Catherine Smallwood, y a indiqué que la formation, la simulation et la certification « garantissent que les équipes déployées pourront fournir une réponse rapide, coordonnée et de qualité lorsque chaque minute compte ».
La riposte avance sur d’autres fronts : un vaccin contre la souche Bundibugyo est à l’essai clinique à Bunia depuis le 23 octobre. Ses acteurs se sont réunis à Kisangani le 31 octobre pour une revue intra-action de la dix-septième épidémie.
Rédaction
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