Grand angle La carte russe

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ENCLAIR. Trois mois jour pour jour depuis son arrivée à la tête de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu est à la base d'une refondation dans les relations entre Kinshasa et ses partenaires tant régionaux qu'internationaux. 

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AFP

La Rédaction
Kinshasa - 22 MARS 2017 - 22:23 WAT · 5 min de lecture

Il a 71 ans, et ça ne se voit même pas. Sourire rogue, une calvitie qui charme, Léonard She Okitundu pose aux côtés de son homologue zambien Harry Kalaba des Affaires étrangères. Le temps capturé ici pourrait bien paraitre anodin. Mais, voilà, il symbolise en soit une nouvelle manière de faire; celle de la nouvelle diplomatie congolaise.

Léonard She Okitundu pose aux côtés de son homologue zambien Harry Kalaba

Car, 24 heures avant, la Zambie s’est retrouvée impliquée dans une chicane entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et son opposition, personnifiée pour l’occasion par Moïse Katumbi. L’ancien gouverneur du Katanga, transfuge du pouvoir, avait eu le temps de s’afficher dans la capitale zambienne et provoquer ainsi l’ire de Kinshasa. Une lettre de l’Ambassadeur congolais en poste à Lusaka aurait même sanctionné le différent. Pour une fois, la diplomatie congolaise allait réagir au quart de tour. Le nouvel homme qui l’incarne fait passer le message: nous ne lâcherons plus rien.

En février déjà, à peine quelques jours après son arrivée comme remplaçant de  l’indéboulonnable

Raymond Tshibanda, dans un gouvernement aux contours penauds, Léonard She Okitundu avait choisi de riposter de la même manière lors qu’une autre polémique, autour des funérailles de Tshisekedi, avait cette fois-là touché Kinshasa. Le Chef de la diplomatie congolaise n’avait pas attendu longtemps pour s’envoler vers Bruxelles, y rencontrant son homologue Didier Reynders, éteignant ainsi le brasier qui s’y préparait.

A son retour, il a de suite galopé vers l’Afrique australe, histoire de réchauffer quelques amitiés traditionnelles au régime de Kinshasa, en pleine tourmente depuis l’année dernière. A Luanda, ou encore à Pretoria, She Okitundu y sera reçu en pompe, et en coulisses.

Autres faits d’armes, la double participation aux sommets de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADEC en anglais), dont le second a marqué un changement drastique de ton en faveur du Pouvoir congolais. En effet, cette organisation qui reste un des plus grands contributeurs en faveur de la paix en République démocratique du Congo, grâce notamment à la fameuse Brigade d’Intervention intégrée à la MONUSCO et qui a mis fin à la rébellion du M23, a simplement fusillé les opposants congolais, leur demandant poliment « d’obtempérer » dans la querelle autour de la désignation du Premier ministre au sein des discussions pour l’arrangement particulier.  La réaction de Félix Tshisekedi, le président du Rassemblement qui sortait pourtant d’une tournée africaine, rouspétant contre la SADC, n’aura fait que prouver la réussite de la diplomatie congolaise auprès de cette organisation.

Kinshasa change de cap, She Okitundu à la manœuvre

Léonard She Okitundu et Antonio Guterres, le SG de l’ONU.

Le temps de faire un clein d’oeil, Léonard She Okitundu était déjà à New York, défendant de nouveau le Pouvoir contre tous, à la tribune du Conseil de sécurité de l’ONU. Un Pouvoir qui doit cependant faire face à une situation de plus en plus basse aux yeux de la Communauté internationale. Les nouvelles fosses communes découvertes la semaine dernière dans une région du Kasaï où la sécurité ne cesse de se dégrader et où l’armée n’arrive définitivement pas à choisir le bon ton pour faire face à des miliciens Kamwina Nsupa qui montent de plus en plus en puissance…ajoutée à l’enlisement et le retard lié à l’application de l’accord signé le 31 décembre dernier, en plus d’une population congolaise bougonnant de plus en plus… Kinshasa lutte et boit la tasse même.

Cependant, Kinshasa ne fléchît pas. L’ancien directeur de Cabinet du président Joseph Kabila (2003 à 2006) a engagé la partition finale de ce changement de cap mercredi à New York où il y est toujours, scellant un rapprochement de taille entre la RDC et la Russie.

Un « cadeau »,  un coffret des minerais rares de la RDC, a d’abord été offert à Serguei Lavrov, le chevronné ministre russe des Affaires étrangères, à peine quatre ans moins âgé que lui, mais qui s’y connaît assurément en « prise de tête avec l’occident » depuis bientôt 13 ans (il dirige la diplomatie russe depuis 2004). Par la suite, une conférence de presse conjointe et une réunion bilatérale seront suivies entre les deux pays.

« Au menu de cette audience en têteà-tête à huis clos, puis élargie en bilatérale aux délégations, le réchauffement de l’axe Moscou-Kinshasa dans le cadre des relations internationales notamment à l’ONU, la réactivation des accords communs pour booster les investissements, le commerce, les domaines miniers, de l’énergie, de l’agriculture, militaire, culturel et l’éducation« , notes les Affaires étrangères congolaises dans une communication à POLITICO.CD.

Cette séance couronne pour l’heure un message clair de la part de Kinshasa: nous pourrons nous tourner vers l’Est. Comme en 2006 avec les fameux contrats chinois, le Pouvoir congolais démontre, une fois de plus, qu’il peut se tourner vers des partenaires traditionnellement opposés aux puissances de l’Ouest qui n’ont cessé de le bousculer face aux velléités d’aller outre la démocratie pour s’accrocher au pouvoir. Un changement de cap mené pour l’instant avec brio par le « She » Okitundu. Il faudra néanmoins être patient pour en évaluer les fruits à long terme.

Litsani Choukran,
Le Fondé

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B
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