La guerre invisible du Rwanda pour contrôler les richesses minières de la RDC
Capture d’écran d’une vidéo de NBC News montrant des militaires rwandais camouflés au milieu des M23 ©️NBC News
AFP
Une enquête exclusive de NBC News publiée ce vendredi 6 juin révèle que le Rwanda mène une guerre clandestine en République démocratique du Congo (RDC), soutenant et dirigeant la rébellion du M23 pour s’emparer des gisements de terres rares parmi les plus riches au monde.
Des documents confidentiels obtenus par NBC News, ainsi que des images satellites et des témoignages de soldats, confirment que Kigali a armé, entraîné et commandé des milliers de ses propres troupes, déployées en territoire congolais sous couvert du M23. Ce groupe rebelle, qui prétend défendre les droits de la minorité tutsie, a choqué la communauté internationale début 2025 en prenant les plus grandes villes de l’est de la RDC. Mais derrière ce spectacle, les véritables acteurs se trouvent à Kigali.
Des preuves accablantes d’une implication directe
Les rapports confidentiels des services de renseignement, ainsi que des images de vidéosurveillance, retracent la stratégie militaire du Rwanda : création de bases militaires à 65 km de la frontière, déploiement de mortiers guidés, de systèmes de défense aérienne et de tranchées fortifiées. Selon des sous-traitants militaires congolais, plus de 5 000 soldats rwandais seraient actuellement présents en RDC.
Interrogé par NBC News, un porte-parole du gouvernement rwandais a refusé de commenter ces informations, se bornant à répéter que le Rwanda n’a « aucune ambition territoriale » en RDC. Pourtant, un rapport interne des Forces de défense rwandaises (FDR) que nous avons obtenu confirme que des soldats rwandais ont bien été capturés lors d’attaques contre des positions congolaises, alors qu’ils portaient les insignes militaires de Kigali.

Des funérailles sous haute surveillance
Malgré les efforts de dissimulation, les images satellites ne laissent aucun doute : un cimetière militaire rwandais s’est agrandi de plus de 900 tombes depuis 2021, avec un pic macabre entre fin 2023 et début 2024, lorsque l’armée congolaise a intensifié ses frappes de drones.
Un ancien soldat rwandais, interrogé par NBC News sous anonymat, décrit un climat de peur et de surveillance. « Mon cousin est mort le 31 décembre 2024. On vous emmène au cimetière, on vous montre le cercueil, puis vous devez rentrer chez vous et vous taire », a-t-il confié. NBC News a vérifié 91 cas de familles rwandaises qui, bravant la peur, ont publié des avis de décès de proches tués dans l’est du Congo.
Une guerre pour le contrôle des minerais
Cette guerre cachée a un coût humain colossal : des millions de Congolais déplacés et des villages rasés pour faire place aux positions fortifiées du M23 et des RDF. Selon un rapport divulgué en janvier 2024, des milliers de réfugiés ont été chassés de camps improvisés autour de Goma, désormais occupée par les forces rwandaises et le M23.

Malgré ces révélations, les gouvernements occidentaux, bien qu’ils aient reconnu publiquement l’implication rwandaise, continuent de fournir une aide militaire et humanitaire à Kigali. Selon nos informations, les États-Unis sont en train de négocier un accord qui permettrait aux millions de déplacés congolais de rentrer chez eux, tout en offrant au Rwanda un accès aux minerais rares de l’est du Congo — un moyen pour Kigali de tirer profit de la guerre sans jamais avoir à en rendre compte.
NBC News poursuit ses investigations et dévoilera prochainement de nouveaux éléments sur cette guerre secrète qui menace la stabilité de toute la région des Grands Lacs.
Odon Bakumba